Notice biographique:
«En 1878, La Revue de Montréal publiait une nouvelle due à la plume dune femme nommée Laure Conan. Le fait était nouveau dans le monde des lettres canadiennes alors en formation. Quune femme, à cette époque, osât sortir du foyer où la retenaient ses fonctions et les bons usages, et bien plus, quelle osât en sortir pour entrer dans le monde ambigu de la littérature était chose tout à fait extraordinaire. Car la nouvelle en question, Un amour vrai, était absolument différente de tout ce qui avait été écrit chez nous en fait de littérature féminine. Jusqualors, seules les religieuses avaient eu, semblait-il, le droit décrire, et encore, uniquement des ouvrages de piété et de spiritualité.
Qui était cette femme assez audacieuse pour ouvrir chez nous au sexe faible les portes de la littérature ?
Laure Conan est un pseudonyme, dorigine inconnu dailleurs : le pseudonyme de Félicité Angers. Félicité Angers est née à La Malbaie en 1845, dune vieille famille du comté de Charlevoix. Elle descend dun gentilhomme dAngers, anobli par Louis XIV, et établi à Québec vers 1660. Famille de vieille souche, où elle puisera vraisemblablement la sève dun profond patriotisme, mi-sentimental, mi-lucide, un patriotisme qui est une des grandes constantes de son uvre.
Après une enfance sérieuse et studieuse (elle étudie avec succès au couvent des Ursulines de Québec où lon conserve encore avec fierté le cahier dhonneur où elle se mérita si souvent le privilège décrire des compositions, ma foi, assez réussies !), elle se retire dans sa famille où une vie sans histoire se déroule dans le paysage enchanteur de La Malbaie. Elle a pour livre de chevet, Mes prisons de Sylvio Pellico, où elle retrouve avec émotion les accents pieux et patriotiques du poète italien avec lequel elle se sent en parfaite harmonie. Personne dans son village ne peut supposer que cette jeune fille, qui déjà semble se retirer de la vie du monde et ne sintéresse quà ses fleurs, aura un jour laudace décrire des romans.
Et pourtant, limpossible se produit. En 1878, Félicité envoie un manuscrit à Montréal et, probablement à sa grande surprise, il est accepté et publié. Nous disons probablement car, en effet, un mystère plane sur cette vocation littéraire. Pourquoi, sans crier gare, Félicité Angers a-t-elle décidé soudainement de devenir Laure Conan ? Plusieurs critiques se sont intéressés à la question ...
Quoi quil en soit durant lannée 1878, Laure Conan remplace Félicité Angers, et cest sous ce nom quil faut désormais la suivre. Rien de plus significatif que sa mince biographie. Dès l882, publication de son meilleur ouvrage, Angéline de Montbrun. En 1886, elle écrit une brochure patriotique, Si les canadiennes le voulaient, qui témoigne beaucoup plus par son existence que par son contenu. En effet, cette brochure semble être laboutissement dune évolution. Au début de sa carrière, Laure Conan, dans ses deux premiers ouvrages, reste confinée au monde intérieur de la douleur féminine. Elle lanalyse avec subtilité, elle la décrit avec sobriété et surtout elle lui ouvre, dans Angéline de Montbrun les portes dune sublimation authentique dans une spiritualité vraiment forte, toute inspirée par la Rédemption. Mais avec cette brochure patriotique, lunivers intérieur de Laure Conan entre en action. Et cette action, elle la veut éminemment patriotique, concrète, positive. Cest pourquoi on peut considérer Laure Conan comme à lavant-garde de toutes ces femmes qui ont milité pour lémancipation de leur sexe. Que ses idées nous fassent aujourdhui sourire, peu importe. Lessentiel demeure que la première, Laure Conan ait compris le rôle essentiel de la femme en matière politique et que surtout elle ait manifesté, tout au long de sa longue carrière, un souci daction positive en matière patriotique. Et nous pensons quil serait malséant de discuter la faiblesse de cette action. Laure Conan nen est pas la seule responsable. Elle fut victime des idées de son temps. De là limportance, quand on lit les uvres de cette romancière, de la juger en fonction de son époque et non en fonction de la nôtre - ce qui ne contribuerait quà jeter le discrédit sur une des plus authentiques carrières décrivain de notre littérature.
Car Laure Conan est avant tout une femme de lettres, avec ce que lexpression a de plus noble et de plus respectable. Après 1886, elle sorientera définitivement vers le roman historique, moyen qui lui permettra, selon elle, de donner libre cours à son patriotisme en exaltant le courage des anciens. En 1891, elle publie À luvre et à lépreuve. De 1893 à 1898, elle est directrice de la revue La voix du Précieux-Sang où elle écrit plus de quatre-vingt articles. En 1900, paraît LOublié. Dès lors, son activité se partage entre ses uvres et une collaboration à plusieurs périodiques et revues. Voici quelques titres : Physionomies de saints (1913) ; Silhouettes canadiennes (1917) ; en 1919, deux courtes nouvelles sous forme de journal intime, La vaine foi et Lobscure souffrance.
En 1920, Laure Conan se laisse tenter par le théâtre. Elle dramatise LOublié, pièce écrite sous le titre de Aux jours de Maisonneuve, et jouée la même année par des amateurs au Monument National. Mais Laure Conan nétait pas dramaturge. Aussi son essai fut-il malheureusement un échec. Il faut lire ses lettres à M. labbé Lionel Groulx, le suppliant de tenter une autre expérience : incapable de penser que linsuccès soit dû à sa dramatisation, elle accuse les acteurs et les costumes. Cette pièce, restée inédite et conservée à La Malbaie, parmi les souvenirs de M. Roland Gagné qui a heureusement sauvé de la destruction plusieurs souvenirs de Laure Conan, manifeste en effet peu de valeur dramatique pour quon sy arrête. Mais cest la tentative qui est intéressante, car elle nous présente un autre aspect de Laure Conan écrivain.
Enfin, vers 1921, Laure Conan, vieillie (elle a 76 ans), interrompt ses activités. Cependant, elle mûrit en elle un dernier projet. Elle a encore quelque chose à dire à un public qui maintenant la vénère et la respecte. Un mot de lhistorien Garneau la poursuit depuis longtemps : «Que les canadiens soient fidèles à eux-mêmes.» Aussi, encouragée par ses amis, elle entreprend, malgré son âge et sa maladie, son dernier roman. Ce sera La Sève immortelle, publiée en 1925, un an après sa mort.
Ce dernier roman de Laure Conan na pas laccent de ses premières uvres ; il se ressent des circonstances où il a été écrit. Mais personne ne peut lire avec indifférence ce dernier message dune grande canadienne éprise didéal pour son pays. Et dans ce dernier livre, on retrouve toutes les caractéristiques de son uvre : un tableau historique du lendemain de la défaite de Sainte-Foy ; un attachant personnage féminin, Thérèse dAutrée, un conflit patriotique où le héros, Jean de Tilly, hésite entre labandon et la fidélité à la Nouvelle-France, et enfin, une soumission totale à la souffrance, alors que le héros déclare, et cela en accord avec tous les autres personnages de Laure Conan : «Je nai pas le droit dêtre heureux».
Le crédit de Laure Conan, dans notre littérature, très éclatant au début mais plus estompé aujourdhui, est entièrement mérité. Non pas tellement par ses qualités littéraires que par les valeurs intrinsèques de son uvre. Première femme-auteur au Canada, Laure Conan est encore la pionnière du roman danalyse chez nous ; elle est aussi une grande vulgarisatrice de notre histoire et, à travers cette double trame à la fois psychologique et historique, elle a tissé une chaîne qui se présente à nous comme un témoignage douloureux et convaincu de la souffrance et de la résignation chrétienne. Et si une partie de son uvre est aujourdhui passablement oubliée, il reste que des romans comme Angéline de Montbrun et LOublié seront longtemps conservés au patrimoine de notre littérature. »
Micheline Dumont dans la revue Lectures, vol.7, no 3, novembre 1960, pages 67-69.
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Oeuvres de Laure Conan
Références sur Laure Conan
Mise à jour le 17 mai 1999
Claire Fafard
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