Trou de mémoire

 

Roman publié en 1968 dans lequel Aquin mène plus loin, sous forme de quatre récits, la technique de l’écriture éclatée. D’ailleurs l’auteur dit lui-même qu’il s’agit là «d’une suite enchevêtrée de récits qui permettent de réévaluer complètement les événements de la première partie...Tout est axé sur l’attente de ce qui va arriver par le fait de la transformation des événements (d’un récit à l’autre), de la modification de l’identité de celui qui raconte, du déroulement ininterrompu, repris .»

Sans tenir compte des références complexes qui relient les quatre récits, on peut résumer le roman en disant que son héros, P. X. Magnan, est un révolutionnaire, pharmacien et écrivain de son état, qui viole et tue Joan Ruskin, la soeur de sa maîtresse d’origine canadienne anglaise. Après ce meurtre, il essaie, en écrivant, de combler en vain l’absence de celle qu’il a tuée.

Il est facile de voir là une métaphore de l’histoire tourmentée du Québec et de ses relations avec la société canadienne anglaise: narrations entremêlées, doubles, et points de vue contradictoires font référence, par analogie, à l’histoire du Québec comme société colonisée, et à la conquête de la Nouvelle-France assimilée à un viol. De cette mort destructrice de l’ordre ancien des choses sortira un monde nouveau.

Extrait:
On peut lire ici, si on va derrière le miroir voir le sens second des situations, la plainte d’une culture colonisée qui ne sait pas si elle peut vivre d’une vie autonome. Il s’agit de R.R. la Québécoise qui devient consciente de sa liaison trouble et stérile avec Joan l’Anglaise.

«Je suis fatiguée, je voudrais céder au sommeil, à toi, à nos étreintes orgueilleuses et renoncer à jamais à la lucidité intolérable qui me vient comme un fantôme. Tout ce qui est lucide doit mourir; tout ce qui aime rêve d’une nuit totale, d’une nuit d’induction qui commence tôt et ne finit pas. Ma nuit insomniaque et sans espoir m’accable. Mais je suis seule, dépossédée, triste par conséquent; je ne sais pas si la vie sans toi m’est nécessaire, si ton absence ne signifie pas mon arrêt de mort.»

Retour à la notice biographique de Hubert Aquin
Oeuvres de Hubert Aquin
Références sur Hubert Aquin