Notice biographique: Hubert Aquin est né à Montréal, pas très loin du Parc Lafontaine, d’une famille modeste. Il fait ses études primaires à l’école Jean-Jacques Olier, son cours classique à l’Externat Sainte-Croix et au Collège Sainte-Marie (établissement scolaire dirigé par les Jésuites), et ses études universitaires à l’Université de Montréal où il obtient une licence en philosophie en 1951. Après trois ans d’études à l’Institut d’Études politiques de Paris, il retourne au Montréal (1954) où il devient écrivain, réalisateur de radio et animateur de télévision pour Radio-Canada. De 1959 à 1960, il est scénariste et réalisateur à l’Office national du film.
En 1960, alors qu’il travaille aussi à la Bourse de Montréal, il devient membre du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) dont il deviendra vice-président en 1963 pour la région de Montréal. De 1961 à 1971, il est directeur de l’importante revue Liberté, dont il démissionnera avec fracas: il ne supporte pas le silence de la revue à la suite de la Crise d’Octobre 1970, silence dû aux généreuses subventions du gouvernement fédéral. En juillet 1964, il est arrêté pour port d’arme illégal: la police l’avait à l’oeil, car il avait déclaré quelques mois plus tôt qu’il prenait le maquis pour protester contre les conditions politiques et sociales que le gouvernement fédéral faisait subir au Québec. On le soupçonnait d’activités subversives.
C’est en prison, à l’Institut psychiatrique Albert-Prévost, dont il sortira après quatre mois, qu’il écrivit son premier roman, Prochain épisode, publié en 1965, et qui aura l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel de la littérature québécoise.
Les années qui suivent verront un Aquin encore plus incapable de s’adapter aux structures politico-sociales de son milieu. Il sera explusé de Suisse en 1966 à la suite des pressions, dit-il, exercées par la Gendarmerie royale du Canada auprès du gouvernement suisse. En 1968, il coupe les ponts avec le RIN: il voit dans l’union du RIN et du Mouvement Souveraineté-Association de René Lévesque (union qui deviendra plus tard le Parti québécois) la mort à long terme de l’idée d’indépendance au Québec, une forme de suicide politique collectif.
De 1967 à 1974, pendant qu’il poursuit ses activités littéraires et politiques, il est professeur de littérature au Collège Sainte-Marie, à l’Université du Québec à Montréal, à la State University of New York à Buffalo et à l’Université Carlton d’Ottawa.
En 1968, paraît Trou de mémoire, en 1969, L’Antiphonaire, et Neige noire en 1974. Années de production et de reconnaissance officielle: prix du Gouverneur général du Canada (1969) qu’il refuse; prix de la Province de Québec (1970); prix David (1972); prix de La Presse (1974) et Grand prix littéraire de la Ville de Montréal (1975).
En août 1976, après avoir été dix-huit mois directeur littéraire des Éditions La Presse, il démissionne en accusant son directeur, Roger Lemelin, d’être un agent colonisateur du Québec.
Il se suicide le 15 mars 1977. Il a laissé une note dans laquelle il affirme qu’il a vécu intensément et que "tout est maintenant terminé."
Ses principaux textes politiques et polémiques connurent une édition posthume en 1977 sous le titre de Blocs erratiques.
Quelques impressions globales:
Hubert Aquin était un artiste qui a vécu tragiquement son rôle dans une société dont l’histoire politique et économique est aussi une tragédie, celle de l’impuissance (n’oublions pas que nous sommes dans les années 50 et 60...). Ne reste-t-il à l’artiste que la tâche de compenser par son oeuvre littéraire pour une tâche socio-économique que son peuple ne parvient pas à mener à terme?
Aquin fait partie des quelques rares artistes québécois qui sont des références historiques. Chez lui, intensité, liberté, lucidité et art s’allient pour donner une oeuvre "fulgurante, inachevée et desaxée" (Jean-Ethier Blais).
Avec Gaston Miron, par exemple, c’est un artiste engagé politiquement qui ne voit de salut que dans la rupture avec l’ordre ancien des choses au Québec, et dans la création d’un nouvel ordre social et culturel. Il est impatient et ne comprendra peut-être qu’avant de mourir que la tâche est au-dessus de ses seules forces à lui: Aquin n’a pour ainsi dire rien mené à bien ou publié après 1974, il ne parvenait pas à poursuivre son nouveau roman Obombre...
Ils sont rares les écrivains dont la vie résume les ambiguïtés, les culpabilités et les souffrances d’un peuple, et dont la mort est le prix à payer pour l’aider à avoir confiance en lui-même.
Les distorsions de la trame chronologique du récit et les dédoublements des personnages et de leurs actions font des romans d’Aquin des ouvrages d’une complexité croissante, à la manière, dirait-on, des complexités et contradictions de la vie elle-même de l’individu et de la société. Depuis Prochain épisode, à la facture osée mais presque classique du roman, jusqu’à Neige noire qui est écrit sur les marges du théâtre et du film, il y a continuité dans la complexification des héros et des situations: l’auteur et son lecteur sont à la limite de la nouveauté déconcertante. Incapable d’aller plus loin dans cette technique de l’éclatement du récit, des personnages et de leurs milieux, incapable d’inventer les moyens littéraires qui lui auraient permis d’aller plus loin, peut-être ne restait-il à Aquin que l’ultime porte de sortie?
Hubert Aquin est un auteur dont l’oeuvre difficile restera à cause de son art et de sa pertinence.
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Rédaction: Armand Daigneault Codification: Robert Blanchard
Hubert Aquin Auteurs par ordre alphabétique Littérature québécoise Le monde de Félix CyberScol
Mis à jour le 12 mai 1998 Claire Fafard ©CyberScol