Agaguk
(1958 : première édition)
Roman, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1992Grand Prix de la Province de Québec
Description :

Agaguk est le sixième livre d'Yves Thériault et certainement celui qui a le plus contribué à rendre célèbre son auteur. En 1958, Agaguk est édité simultanément à Québec (Institut littéraire du Québec) et à Paris (Grasset). Dans les cinq années suivantes, il est traduit en sept langues. C'est un roman québécois qui a connu l'une des plus larges diffusions, a été le plus étudié dans les établissements d'enseignement, et a été l'objet d'analyses de toutes sortes, sociologiques, psychanalytiques, littéraires, thématiques, structuralistes. (Cfr. Références)
Dans Textes et documents, Thériault lui-même affirme n'avoir consacré que deux semaines à sa rédaction. Depuis longtemps, sa documentation était complétée et ses personnages, choisis. Agaguk est un roman du Nord et a contribué à faire connaître, aussi bien aux canadiens qu'aux européens, un milieu géographique et culturel plus ou moins ignoré d'eux. Ce roman présente donc un intérêt documentaire important.
Agaguk (1958) est le premier roman de sa trilogie esquimaude. Ce roman est couronné par le Grand Prix de la Province de Québec. Il est suivi de Tayaout, fils d'Agaguk et, six ans plus tard, par Agoak : l'héritage d'Agaguk.
Description :
Agaguk, fils du chef inuit Ramook, veut quitter sa tribu et aller vivre seul sur la toundra avec Iriook qu'il a choisie comme épouse. Le couple réalise son projet mais ne peut pas couper complètement les liens avec le monde extérieur. C'est ainsi qu'Agaguk doit revenir vers son village pour troquer des peaux, trophées de ses chasses, contre des objets de première nécessité en ce pays au climat impitoyable : fusils, balles, kérosène, sel pour conserver la viande. Il entre en contact avec un trafiquant sans scrupule, Brown, qui veut exclusivement échanger de l'eau-de-vie. Brown extorque Agaguk qui, selon une morale primitive, se venge de ce vol en le tuant. Agaguk retourne à sa toundra sans parler à personne de cette malheureuse aventure, pas même à sa femme. Celle-ci lui annonce, quelque temps après, qu'elle est enceinte, au grand bonheur d'Agaguk.
Durant l'hiver, Agaguk se rend au poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Là encore, il est très déçu de l'intransigeance de l'employé McTavish qui exploite les autochtones au nom des intérêts de la Compagnie. Agaguk noie sa déception dans un alcool frelaté obtenu dans un débit clandestin.
Quelques mois plus tard, naît Tayaout, son premier fils bien-aimé, objet de sa fierté et de ses plus grands espoirs.
L'assassinat de Brown amène au village un policier, Henderson, qui doit enquêter malgré le silence complet de la tribu. Y aura-t-il un membre du groupe qui se fera délateur en échange de cadeaux de ce blanc ?
A l'été, Agaguk décide d'aller chasser le phoque plus au nord. Il consent à ce qu'Iriook et Tayaout l'accompagnent. Bien des dangers les guettent.
Au village, Henderson sent se refermer sur lui l'hostilité silencieuse et implacable des Inuits. Ayallik, le délateur potentiel, est tué par ses congénères. En essayant de fuir, Henderson, est sauvagement assassiné.
Au même moment, un loup mythique, solitaire, blanc aux yeux jaunes, tente de s'approcher de la hutte d'Agaguk et semble vouloir attaquer Tayaout. Agaguk y voit un mauvais esprit, et se jure d'en triompher. Il réussit à tuer ce loup, mais est affreusement mutilé au point de n'être plus reconnaissable.
Iriook doit prendre la relève de son mari pour des tâches et des initiatives réservées aux hommes selon la tradition. C'est elle qui, désormais, assurera la survie de la famille. Cela modifiera les relations entre elle et Agaguk. Ramook, le père d'Agaguk, pour échapper à la justice des Blancs, essaie de faire incriminer son fils pour le meurtre du policier Henderson. Agaguk échappe au stratagème. C'est vraiment Iriook qui le sauve grâce à son attitude confiante et à son habileté verbale face aux policiers-enquêteurs, comportements contraires au modèle traditionnel de soumission des femmes esquimaudes face aux hommes.
Tout au long du roman, le cheminement d'Agaguk et d'Iriook vers de nouvelles valeurs et une morale plus évoluée apparaît comme évident. Le fait qu'Agaguk ait été défiguré par le loup blanc l'aide à échapper aux policiers car il est méconnaissable, mais l'amène aussi à un rapport d'égalité avec sa femme.
L'amour et la tendresse atténuent son instinct primitif de domination. C'est à travers la prise de parole d'Iriook que le couple évolue.
Iriook profite de ce nouveau rapport de forces pour plaider la vie de sa fille à naître : dans ce pays du froid, la survie du groupe exige l'élimination des bouches soi-disant inutiles à nourrir. Agaguk, après un combat intérieur, accepte les arguments de sa femme et consent à garder le bébé-fille. D'une façon immédiate, il est merveilleusement récompensé.
Quelques études sur Agaguk:
BERUBE, Rénald ,«La fuite et le retour aux sources dans Agaguk d'Yves Thériault», Cahiers Sainte-Marie, No 4, avril 1967, p.75-85. BESSETTE, Gérard , «Le primitivisme dans les romans de Thériault», Une Littérature en ébullition», Éditions du Jour, 1968, p.151-175. BROCHU, André , «L'instance critique», Montréal, Leméac, 1974 : « Thériault et la sexualité » et « Individualité et collectivité dans Agaguk, Ashini, et Les Commettants de Caridad », p.133-205. GAY, Paul ,«Un bas-relief violent : Agaguk », Lectures, janvier 1959, p.131. LACROIX, Yves ,«Lecture d'Agaguk», Voix et Images, vol. V, No 2, (Hiver 1980), p.245-269. BERUBE, Rénald ,«La fuite et le retour aux sources dans Agaguk d'Yves Thériault», Cahiers Sainte-Marie, No 4, avril 1967, p.75-85. BERUBE, Rénald ,«Lecture d'Agaguk », Voix et Images, vol. V, No 2, (Hiver 1980), p.245-269. LARIN, Robert ,«Essai de psychocritique d'Agaguk d'Yves Thériault», Voix et Images du pays, VII, p. 13-49. MAILHOT, Laurent ,«Cours radiodiffusés sur Thériault : Agaguk», CBF, 1970-1971. PERRON, Paul ,«Théorie actantielle et processus idéologique : Agaguk d'Yves Thériault », Voix et Images, vol. 4, No 2, décembre 1978, p. 272-299. ROBIDOUX, R, et A. RENAUD,,«Le Roman canadien-français du XX e siècle», Éditions de l'Université d'Ottawa, 1966. Sur Thériault : Agaguk, p. 92-103. THERIAULT, Yves ,«Pourquoi j'ai écrit Agaguk», dans Conférences, saison artistique 1958-1959, Club musical et littéraire de Montréal, vol. C-4, p. 45-63.
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