À perte de monde
Poésie,
aux Écrits des forges, 2000.
Dessin de la page couverture est de Nicole Lacroix-Thibault.
Description:
À perte de monde, premier livre de Rosalie Lessard, regroupe des poèmes écrits entre 15 et 17 ans.
Fenêtre ouverte sur une crise intérieure, Cauchemars dépeint une rupture vitale, un refus du monde, de la réalité, une brûlure. L'impossibilité de vivre en pleine lumière est la thématique choisie pour décrire ce refus du réel. La lumière blesse, érode, découvre, révèle sans qu'il soit possible de s'en protéger : «enfant de voyage/blessé de lumière» Et : «chambre noire éclairée/cachette d'enfant perdue». La fuite ou le désespoir ne sont pas pour autant des solutions viables. Il faut empoigner cette froideur qui paralyse les gestes et le coeur. «Meurtrissures au cou/gel au coeur/avancer».
Hiver décrit cette période de glaciation, de repli sur soi. Comment vivre dans ce vertige de glace, «accoudée au banc de neige», «détachée du temps», «emmaillotée de rien» ? L' « étoile polaire/dure de glace » peut-elle être d'un quelconque secours, quand tout «germe de désir» a été balayé par la poudrerie ? Et pourtant, la voix et le sang «comme annonce du reste» nous disent que tout n'est pas joué.
Unes. Au fond des tiroirs traînent des «miettes de tendresse», un espace pour l'autre, pour «opérer un trou dans l'hiver».L'autre, c'est aussi l'Amour, la lumière retrouvée, l'éblouissement du désir, le "trop plein de matins", la sortie de l'enfance. Encore le manque mais plus le désert : «sereine dans le manque/rien qu'une trace d'eau/à la fin des yeux». Même la perte et la douleur enrichissent la mémoire : «au dos d'une année de parfums/sans corps/fragilité goutte à goutte d'un souvenir».
Mot à mot en appelle à la poésie, aux mots, à leur pouvoir de dénouer les crises, de reconstituer l'absence. Je t'ai tu et/mes mots de disparition blanche/ m'ont emportée.
Dans Entre deux mèches de cheveux, le monde est enfin rattrapé, fondé à l'intérieur de soi, remodelé, transfiguré, aimé. «Je dévale les forêts de vivre/en chute de rouges/défaite en terre/mordue de joie/et me roule/couleur tombée/à ma soif/prête à l'usage de mes ans».
L'hiver et la lumière sont réconciliés comme ces «parcelles de neige/ensoleillée dans [l]a langue» dans Blancheur.
Les poèmes, brefs et denses, au rythme brisé, sont traversés de moments de profonde solitude, d'élans vers l'absolu, d'authenticité. Les thématiques de l'imaginaire, du désir, de l'idéal et de l'isolement sont esquissées, hurlent la douleur et l'espérance d'une voix jeune.
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Oeuvres de Rosalie Lessard