Le Vent Majeur
Roman, VLB Éditeur, 1995.

Description :

Le vent majeur est un roman taillé d’une seule pièce dont l’écriture sans fioritures rend la lecture accessible, sans obstacle. C’est un livre magnifique où l’auteure, Madeleine Gagnon, nous convie à assister à la construction d’une artiste. Joseph Sully Jacques est un petit garçon donné par ses parents à des cousins plus fortunés. L’extrême pauvreté du Québec des années d’avant-guerre et de la deuxième guerre mondiale elle-même rendait de telles pratiques fréquentes. Le petit garçon ne s’en trouvera d’ailleurs pas plus mal, jusqu’à la catastrophe, lorsque, à peine sorti de l’enfance, il assiste au viol de sa mère adoptive par une sombre brute qu’il assassinera pour défendre la seule figure maternelle qu’il ait jamais connue.

L’existence entière de l’enfant basculera à ce moment, lors de ce meurtre commis pour protéger l’une des personnes aimées et aimantes qui l’entourent. Peu après, le jeune garçon sera confronté à ce qu’il nomme des visions. Elles ne le quitteront plus jamais. Le travail de l’imaginaire, amorcé par l’enfant afin de réaménager une réalité trop difficile (mort de sa mère naturelle, viol de sa mère, assassinat du violeur) sera la piste qui le mènera à l’art, à la peinture. Les visions le hantent, l'empêchent de fonctionner. Elles le mèneront aux consultations chez un psychiatre qui révélera à la famille l’énorme talent de l’enfant. La mort du père adoptif de Joseph précipitera l’adolescent dans l’âge d’homme, dans une carrière sérieuse, trop grande pour lui. La recherche de l’amour, le besoin de comprendre, de donner un sens à la vie parfois absurde le mèneront à l’hôpital des esprits où il rencontrera une jeune pianiste virtuose rendue invalide par un eczéma purulent. C’est l’amour véritable qu’il rencontre. Tous deux guériront, Joseph d’abord, Véronique ensuite, mais leur amour immense se vivra longtemps dans l’absence. Un enfant, David, que Joseph élèvera seul, donnera un sens à la longue quête de l’artiste. Après de longues années de désespoir, l’artiste réussira à concilier tous les messages contradictoires que la vie lui envoie, la vie, la mort, l’amour et l’abandon s’entremêlant dans une recherche de sens et une démarche artistique qui réconcilie l’artiste avec son histoire.

Extrait:

«Joseph eut froid. Quand parurent en cohorte ses frères et soeurs étrangers, fils et filles donnés ou gardés de Chaëmus et de Marie ; quand il revit le dernier séjour abitibien pour enterrer Chaëmus et qu’il entendit les chants et les rires noyés dans le whisky et la bière ; quand il se revit en train d’écrire sa vie d’enfance, prisonnier d’un petit motel dans la tempête qui rageait dehors ; quand toute cette froidure de solitude vint le recouvrir comme un manteau gelant et que, parallèlement, sur une autre portée, s’alignèrent les personnages de l’hôpital des esprits, Joseph sut que la fin des remémorations était venue.»

Le vent majeur, p. 199

Critique:

La réception critique de ce livre a été favorable. On a salué la limpidité du style, la qualité de la narration, l’oeuvre entière dans son originale démarche. L’auteure touche quelques cordes sensibles, les fait vibrer avec parcimonie, mais si justement que nous vibrons longtemps encore après avoir terminé la lecture de ce roman.

Le personnage principal, un homme, est fondamentalement investi par l’auteure dont la démarche féministe n’entrave pas (et éventuellement favorise) l’appréhension de sentiments masculins, d’une sensibilité masculine souvent tue, qui s’exprimera tout le long des lettres à l’absente. Des critiques se sont demandés : « Serions-nous en train d’assister à un nouvel investissement, par les femmes, du monde masculin et du masculin du monde ?»

Réginald Martel, La Presse, Montréal, 12 novembre 1995.

Plus qu’un portrait individuel d’artiste, ce livre décrit la société québécoise en mutation, des tabous, interdits et diktats des années 1940 en passant par la révolution tranquille pour aboutir aux années soixante-dix et le début des années 1980, une société "bouleversée par une déconstruction culturelle dans laquelle on en est à chercher maintenant, avec des tâtonnements presque décourageants, les ferments d’une identité neuve " (Ibid).

 

Notice biographique de Madeleine Gagnon
Oeuvres de Madeleine Gagnon
Références sur Madeleine Gagnon