LA PART DE L'OMBRE

Éditions de l'Hexagone, Montréal, 1996

Ce titre reprend les trois recueils:

L'Ange du matin (1952),
Parler de septembre (1970),
L'Arrière-Saison (poèmes inédits datés de 1995).

Selon l'analyse d'Éva Kushner, publiée dans le Dictionnaire des oeuvres québécoises chez Fides, ce que l'oeuvre a de particulier c'est qu'elle contient : «une poésie véritablement philosophique. La spiritualité qui en est le climat n'est donc pas une facilité que le poète se donne, ni une chance d'évasion; c'est une exigence de sa vision poétique.  Une autre caractéristique de cette poésie, c'est l'absence quasi totale du niveau épisodique. Parce qu'elle se situe dans un présent qui englobe déjà, par une sorte de fulgurance, tout instant de plénitude et d'intensité, certains énoncés de Dumont apparaissent comme les fragments d'une vie essentielle, collective, vraie pour tous.»

Le poème pour Fernand Dumont, ne se situe pas dans l'inconscient, mais dans la conscience. Il est l'expression d'une recherche où l'homme, loin de s'abandonner aux force obscures de son être, essaie de les faire passer à la conscience.

Jean Royer, dans un article publié dans le journal Le Devoir du 11 mai 1997, mentionne: «La poésie de Fernand Dumont ne sera pas revendicatrice ni éclatée, mais elle prendra le ton interrogatif du philosophe, au plus près des mots, dans la justesse du langage et la gravité de la réflexion. Cette poésie n'a pourtant rien de tranquille et le feu couve sous la cendre. La question de l'unité de l'être, de sa densité, de sa parole fondée au terreau de l'enfance, les questions de l'amour et de la mort, de la présence de la femme et de la naissance, de la foi au langage et de l'espérance en l'homme la traversent.»

L'ANGE DU MATIN

Éditions de Malte, Montréal, 1952
Première oeuvre poétique et première publication de Fernand Dumont.
L'Ange du matin comprend 56 courts poèmes.

Selon Jean Royer, dans ce recueil: « le poète parle d'enfance et de commencement. Il part à la conquête de son intériorité. Il cherche l'essentiel qui engloberait une vérité personnelle. Il a la nostalgie de l'éternel et s'élance vers une transcendance. Ce poète philosophe évoque déjà la mort, qui rendra à l'éternité les jours et les mots qu'elle lui aura prêtés. Le ton de cette poésie métaphysique ne peut être que sec et précis, froid et distant, dans sa source d'interrogation. » Le Devoir, 11 mai 1997

PARLER DE SEPTEMBRE

Éditions de l'Hexagone, Montréal, 1970

Toujours selon Jean Royer,  « Dans sa maturité, le poète tend vers la parole et l'appartenance humaine, même si persiste dans sa poésie le climat de la spiritualité. ...Le poète dialogue avec le monde grâce à la quête de la parole, qui passe par l'enfance et par le corps de la femme. D'autant que son histoire personnelle devient celle d'un peuple tout entier dont il combat le silence. Dans ce recueil, Fernand Dumont est bien un poète des années 1970, cherchant à nommer le Québec et à interroger le destin collectif. La parole est considérée comme une arme de combat ou tout au moins un moteur de l'identité tant collective que personnelle.»

PARLER ENCORE

Rien n'est en place à part mon enfance
Peut-être aussi le corps de la femme
Et Dieu encore
Mais il parle si peu
Ma main toute seule dans la nuit blanche
Ce n'est pas assez pour trouver le chemin
Pour tenir debout contre la pierre
Qui me pousse en avant
Je referai le tout des amours premiers
Il doit rester des vallées
D'où la parole se lève
p.25

LA FEMME L'ETE

Femme
C'est dans tes yeux que je cherche mon lieu
Comme on secoue les branches des pommiers
Quand vient l'automne
Ta parole est très loin sous la terre
Nous parlons pour attendre le soir
Pour toucher le sol et ne point crier
Dieu n'aveugle pas ta face
Que je sache que tes yeux aussi se referment
Epelle avec moi les premiers mots
De ton terrible héritage
Le secret de l'été et celui de la femme
Qui rendent si lourde ton haleine
Et si froides
La douceur du monde et ton éternité
p. 60

L 'AUBE

La terre vit de toute sa hauteur
Emue de n'être que la terre
Tout est semblable à soi
Et si fidèle à l'évidence
Le soleil vient de tourner le chemin
De ton ombre il va refaire ses désirs
La nuit frissonne et se couche
C'est Dieu qui s'éveille ou l'oiseau
A moins qu'ils ne parlent ensemble
Ou que ce soit la brise qui mente
Ou le grand coup de lumière
Qui met sa tête sur mon épaule
p.70

L'ARRIÈRE-SAISON

Éditions de l'Hexagone,

Troisième recueil inédit qui «compose une sorte de dialogue avec les deux premiers titres. Je fais le tout de l'être en sa clarté, écrit le poète, cherchant à réconcilier l'enfant pensif des autres années et le compagnon de langage qui le relaie. Le ton devient familier et la réflexion sur le destin plus directe. La sérénité conclut pourtant encore le doute et l'inquiétude de l'homme devant la mort...Cette poésie reste fidèle à l'humanisme chrétien et à la recherche de l'unité de l'être, à la victoire de l'espérance sur la mélancolie et de la parole sur le silence. Elle nous redonne le sens de notre présence au monde, dans ses aveux qui participent de l'inconsolable tendresse qui nous unit et nous éclaire.»
Jean Royer, Le Devoir, 11 mai 1997.

«Avec L'arrière-saison, Fernand Dumont effectue un retour sur son oeuvre en se livrant à un testament poétique. Il abandonne sa retenue habituelle pour laisser place à une liberté lyrique qu'il ne s'était jamais permise jusque-là. Ce recueil a vraisemblablement été conçu comme un dialogue avec la jeunesse (L'ange du matin) et la maturité (Parler de septembre) qui appartiennent au passé. Oeuvre de constat tout autant que de confidence, ce plus récent recueil, inédit, reprend et prolonge les motifs à l'origine de ce qui constitue au fond un même poème continu depuis le temps de l'ange....»
Jacques Paquin, Lettres québécoises, hiver 96, no. 84, p 38-39

 

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