D'avant-hier et d'hier
(Raymondouilleries)
Autobiographie
Publié en 1999, 214 pages.
Description:
Les années d'enfance de Raymond Cloutier se sont écoulées au rythme de la vie de ses grands-parents maternels. Tout devait être immuable. Et puis un jour, tout est arrivé : le premier tracteur, l'électrification rurale, la mécanisation de la ferme. Les changements se sont multipliés.
L'auteur présente sa vision de l'époque. Les Raymondouilleries se veulent un clin d'oeil à la vie à la fois tendre et dure. Les parents n'ont rien négligé pour que leur marmaille retienne les leçons pertinentes. Les Raymondouilleries sont un apprentissage de l'écriture. Pourtant l'auteur, économiste, a bien dû écrire un volume de deux cent cinquante pages par année pendant ses vingt-sept ans de carrière. Aujourd'hui il écrit pour le plaisir. Un roman est déjà en chantier.
Extrait:
Le document est bâti autour d'épisodes, de descriptions de lieux, d'événements qui remontent à la surface. Je suis un conteur qui se laisse emporter par un mot, ouvre parfois de longues parenthèses pour finalement reprendre, un peu plus loin, le fil du récit qui devient ainsi moins linéaire.Je suis né à une époque charnière. Par exemple, les vieux outils que l'on voit dans les musées, je les ai connus. Même s'ils n'étaient plus utilisés couramment, ils étaient encore sur la ferme, souvent dans les greniers. Je m'en suis fait expliquer le fonctionnement par le grand-père ou un oncle.
L'adoption du tracteur s'est faite lentement. On considérait qu'il était là pour suppléer aux efforts des chevaux. On n'avait pas entièrement confiance en cette machine qui n'était pas autonome et ne pouvait pas agir suite à une commande vocale. En fait, les robots automates auraient peut-être été mieux accueillis. Toute la légende de Ménard, ce grand cheval cagneux, osseux, mais combien intelligent, est là pour en témoigner.
Ma génération a vécu entre deux mondes. Pendant les années de collège et d'université, tant à La Pocatière, Laval et Guelph, de vieilles bâtisses exiguës nous abritaient pendant qu'au même moment s'érigeaient les murs des nouveaux édifices dont nous ne profiterions jamais. Ils étaient pour ceux qui nous suivraient.
Le règne de Duplessis, les bleus vs les rouges. Mon père, pour des raisons que je m'expliquais mal, était du bon bord, celui des bleus, c'est à dire du Parti national fondé par Duplessis. Aux élections provinciales, le poll se tenait chez nous. Ça rapportait quelques sous. Nous les devions au Dr Fernand Lizotte, député du comté, notre médecin de famille.
La révolution tranquille, quand on l'a vécue, on ne savait pas qu'elle était une révolution. Elle arrivait dans la normalité des choses. Duplessis lui-même avait commencé à évoluer. À preuve, les bourses de son gouvernement versées à travers l'œuvre des vocations des diocèses.
Pour en arriver à faire ouvrir les collèges et les couvents à l'enseignement laïque, Duplessis a cédé aux exigences du clergé qui voulait contrôler l'utilisation des fonds que le gouvernement était prêt à pomper dans l'éducation. J'ai compris en lisant Conrad Black ce que je dois à Duplessis et aux gouvernements qui ont suivi. Sans ce système de bourses, l'éducation gratuite dont j'ai bénéficié n'aurait pas été possible.
Un phénomène que je n'ai pas vu ailleurs, la fermette de 4 arpents que nous avions à L'Islet. Elle nous permettait d'avoir du lait, des œufs, de la viande de porc, de bœuf, de volaille. Une douzaine de poules d'été et une douzaine d'hiver nous fournissaient des oeufs à l'année. De sorte qu'à certaines périodes nous avions des oeufs alors que les voisins, cultivateurs, n'en avaient pas. Quand nous le pouvions, nous leur vendions quelques oeufs de nos surplus.
Je ne fais pas oeuvre historique; je fais oeuvre de mémoire, celle d'un enfant; ses impressions retrouvées à l'âge adulte, transformées, sans doute, comparées à ce qu'elles ont été en réalité. J'écris tout en mêlant le réel et l'imaginaire. La vérité est là telle que mes yeux d'enfant ou d'adolescent l'ont vue.
Ma préoccupation est de faire un récit plaisant à lire; j'ai vu des gens réagir avec intérêt aux épisodes que j'ai déjà racontées de vive voix. La saveur d'un conte oral doit être transmise dans le conte écrit sans quoi celui-ci sera insipide et sans intérêt. De conteur que j'étais, je dois devenir écrivain.
L'écriture me permet d'élargir mon auditoire et j'espère que les lecteurs seront aussi amusés que l'ont été mes auditeurs.
Vous saurez me dire si j'ai réussi.Je raconterai donc :
1.La naissance de Raymond
2.La petite enfance
3.La ferme des Caron
4.Le temps des fêtes
5.La maison de L'Islet
6.Les étés chez Lucien
7.La Bûche
8.Automobiles
9.Père et mèreEn annexe apparaît une chronologie couvrant une période de 61 ans de 1937 à nos jours. Des photos ont été ajoutées.
Le chapitre sur la ferme des Caron est un des plus longs parce que la famille de ma mère a eu une influence marquée sur toute ma vie. Dans les autres chapitres, vous trouverez aussi des épisodes qui se rattachent à la vie sur la ferme Caron.
Le chapitre PÈRE ET MÈRE apparaît à la fin parce que, placé ainsi, il fait mieux comprendre ce que je suis devenu au fil des ans.
L'ancien temps, j'essaie de le raconter avec les mots et le style du temps.