LA FORCE D'UNE VIE
Description:

EXTRAIT :
Le vingt-trois juin 1957 Paul-Émile Chamberland plonge au bout du quai de Les Écureuils. L'auteur nous raconte comment il a vu et senti la mort l'englober. Il cite: "...des personnes, vêtues de blanc, voyagent, s'approchent de moi, tripotent des simagrées, à gauche, à droite, et repartent. Toutes semblent paniquées. Parmi elles, un homme vint à moi; spécialement pour moi. Le seul vêtu d'une longue soutane avec col romain. Il m'enveloppe d'une bienveillance, presque divine; ah! il me dit peu de chose; je suis déjà trop faible. Candidement, il me chuchote à voix basse de la vie d'abord, puis d'un départ et d'une arrivée en paix devant l'Éternel. Cela m'apparaît si beau, si grand et si loin à la fois. C'est une révélation quasi inaccessible à mon état d'âme angoissée. Doucement, il me susurre.
- Si vous aviez le choix, préféreriez-vous mourir ou vivre? Deux mois sur la corde raide, à balancer entre la vie et la mort, pour finalement basculé de ce côté ici de la vie, le corps paralysé et couvert de plaies de lit.Je ne réservai que ce dernier: - Vivre!..."
Il vit une longue période de santé chancelante dans un isolement presque total. Il décrit cette solitude dans un poème: "...Il est six heures et cinq la nuit se couche au lever du jour, je voudrais dire, le train siffle, la rivière est en retard, mes rêves ont migré, la rivière passe encore, j'ai l'âme qui flotte...] [...Ça fait longtemps qu'il est six heures et cinq, j'ai besoin de tout dire, le temps s'effeuille dans l'aube, mais aucun cheveux doux me tendent l'oreille..." Il combat pour vivre normalement malgré toutes les barrières psychologiques érigées par une mentalité qui lui indique quotidiennement le chemin de l'institution pour personnes en phase terminale.
Quarante-deux ans plus tard, il est toujours bien vivant et grand-père de deux petits-enfants. Comment a-t-il bien pu faire? Il apporte des preuves que la vie n'est pas fait seulement de malheurs... Il résume sa vie par un autre poème. En voici un aperçu: "...Il naquit au temps des poètes, avec l'été indien dans les feuilles...] [...Il a fait quelques pas hors de l'enfance, puis très vite s'est arrêté pour travailler dans la faiblesse d'un silence et moudre le temps...] [...Il récolte le murmure des blés. L'abondance des saisons déambule en ses yeux, au rythme de ses veines...] [...S'il savait peindre, il dessinerait ruisseaux et champs de fleurs vaporisées de larmes des anges, griffonnerait des vagues sur la baie des regards. Sa parole est frisson d'eau sur la mousse; elle batifole les aurores...] [...Repu au creux de l'ombre, il demeure silencieux comme les roses quand elles mangent la terre..."
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