DES LENDEMAINS POUR FRANCIS

Publié aux Éditions Libre Expression, 1988.
Maintenant disponible à prix réduit chez l'auteure au 1-819-562-3088.

Description:

Des lendemains pour Francis

Ce livre nous parle des liens de l'amour. Ceux qui se tissent entre un homme et une femme, ceux qui naissent entre eux et leurs enfants. Déjà dans Mona Ginette Bureau nous avait raconté la lutte de sa fille contre le cancer. Puis dans Je t'aime, la vie elle a dépeint l'ultime combat de l'adolescente qui devait cependant les quitter. Dans Des lendemains pour Francis Ginette Bureau retrace les moments difficiles qui ont suivi cette perte. Comment son mari et elle se sont retrouvés, comment ensemble ils ont à nouveau relevé le pari de l'amour malgré leurs peines, leurs inquiétudes et même malgré leur silence. Cela amène Ginette Bureau à s'interroger sur le sens de la vie à deux tout autant que sur leur rôle de parents alors que leur fils, Francis, devient adolescent. À son tour il ira vers son destin: quel héritage lui auront-ils légué?

L'histoire de cette famille est à la fois exceptionnelle et toute simple. Ginette Bureau traite des défis propres à tous les parents et à tous les couples. Elle parle sans détour des transformations que provoquent en nous les expériences de la vie, et l'on ne se surprend pas qu'elle ait dédié son livre «à toutes les filles de la terre».

Des lendemains pour Francis: c'est l'aventure de l'amour humain qui se poursuit d'une génération à l'autre.

Quatrième de couverture

Paroles de l'auteure:

"La mort d'un enfant, pour une mère c'est comme une grossesse à rebours. La vie continue. Sous quelle forme, je ne le sais pas, mais j'ai senti Mona présente, très proche pendant neuf mois. Comment un couple se relève-t-il d'un tel défi?"


Extrait:

Automne 82

Francis vient d'avoir dix-huit ans. L'âge si attendu par ton père, à en croire la sacrée phrase qui clôture chaque discussion avec ce fils depuis un certain temps:
-- Quand t'auras dix-huit ans, tu décideras.
Si bien que je craignais cet anniversaire. D'ailleurs, je crains presque tout, ces temps-ci, même de dépenser de l'argent. C'est dû sans doute au fait qu'à l'automne on paye les comptes de l'été. Je demande donc à ton père de m'aider à trouver le petit quelque chose qui plairait à Francis pour souligner sa majorité. Sans dire un mot, il s'en va au sous-sol. Chacun d'eux a un don pour deviner ce que l'autre désire. À la dernière fête de Dad, quand j'ai demandé à Francis la même question, il m'a répondu: «Un chien.» J'ai hurlé: «Un chien? Mais t'es malade! -- Je sais ce dont mon père a besoin.» Et nous avions trouvé un gros toutou blanc. Quand j'ai vu Dad à quatre pattes par terre avec le chiot, j'ai constaté que Francis avait visé juste. Bien sûr, il y a eu les innombrables recommandations pour ne pas gâter le chien. Mais de la joie sur son visage quand le chien s'est mis à le suivre à la trace partout où il allait, j'en ai vu beaucoup et souvent.
Dad remonte du sous-sol avec une clef et un large sourire. Il met la clef dans une enveloppe et écrit: «Mon fils, si tu trouves la serrure où tourne cette clef, la chose t'appartient. HAPPY BIRTHDAY FRANCIS. We were very proud eighteen years ago and we still are!»
Francis saute de joie: son père vient de lui léguer sa moto.
Plus l'automne avance, plus ton père se rebiffe. Parce que le froid s'en vient, parce qu'à l'école on ne parle que de négociations, parce qu'on prend des votes de grève. Le gouvernement reprend ses promesses d'un salaire meilleur, menace même de récupérer les avances déjà accordées. L'argent n'a jamais été la grande priorité dans la vie de ton père, mais laisse-moi te dire que cette décision l'affecte profondément. Tout à coup, Dad se sent diminué comme son salaire. C'est comme si le Premier ministre, le député, la commission scolaire, ses patrons immédiats lui criaient que tout ce qu'il a fait depuis des années avec les enfants de notre ville ne vaut pas grand-chose. Il se sent dévalorisé personnellement. J'ai beau lui dire qu'on coupe présentement partout dans les salaires, dans les budgets, dans les services. Coupures, coupures. Le gouvernement a exagéré ses promesses pour s'allier un bon nombre de travailleurs, et maintenant on coupe à grands coups. Partout.
À la maison, Dad exprime sa révolte face à la mollesse des travailleurs, qu'on forcera à rentrer au travail par une loi spéciale. Plus on le menace, plus il nous semble menaçant. Lui, il a donné ses meilleures années à sa profession, et même si son travail lui apportait beaucoup de satisfaction au moment où il l'accomplissait, ce rabaissement après coup le blesse profondément. Dans sa fierté, dans son intégrité, dans son honneur, dans sa responsabilité. Et il nous communique sa tension:
-- Si au moins Francis et toi faisiez votre part.
Je contacte le Centre de la main-d'oeuvre pour trouver un emploi rémunérateur. Je m'informe pour Francis aussi. Il faudrait qu'il trouve un travail après ses cours pour arriver à payer au moins ses dépenses. Je lui donne son allocation de la semaine en lui faisant un petit sermon: pas de cigarettes avec cet argent, pas de folles dépenses avec notre argent. Pour comble, Francis ne présente pas de bons résultats, et à chaque bulletin je crains davantage la crises à cause des heures d'études écourtées, à cause des jeux de cartes dans le sous-sol enfumé du voisin, à cause du manque de travail sérieux, du manque d'intérêt, du manque d'ambition. Du manque de motivation de la part du grand fils qui se permet une relâche extérieure en attendant que ses propres buts s'éclaircissent. Tous ces signes m'avertissent que la limite n'est pas loin et les menaces de Dad achèvent de m'en convaincre:
-- Je ne paierai jamais pour qu'il ne fasse rien au collège.

Pages 117-118


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Oeuvres de Ginette Bureau