Publié aux Éditions Denoël, Paris, 1998, 333 pages.
Description:
C'est l'histoire d'Edward, un magnifique abyssin et de sa maîtresse. Cette jeune photographe vit à Paris où on peut respirer les arômes des bons plats. Elle prend délicatement soin de son chat adoré et Edward veut lui rendre la pareille. Que fera-t-il pour rendre sa maîtresse plus heureuse ? Ce livre vous le racontera et, après lecture, vous ne verrez plus les chats de la même manière.
Marc Lessard
(...) Un roman d'amour sur fond de polar, avec un zeste de gastronomie, des esquisses historiques, beaucoup d'odeurs et de caresses et le regard fidèle mais lucide d'Edward sur l'étrange race des bipèdes (sans plumes).
Quatrième de couverture
À Sherbrooke, vendredi le 18 décembre 1998, l'auteure Chrystine Brouillet a présenté son dernier roman «Les neuf vies d'Edward.»
Claire Fafard (conceptrice du site Littérature québécoise) et Marc Lessard (collaborateur) ont rencontré l'écrivaine à cette occasion.
Photo Imacom-Daguerre, Claude Poulin
Source d'inspiration:
Le chat de l'écrivaine, Valentin est sans doute l'animal de compagnie le plus célèbre de la littérature québécoise contemporaine. L'auteure s'en est inspirée, par exemple, pour décrire Léo, le chat de son héroïne Maud Graham et dans Les neuf vies d'Edward, il joue un rôle de premier plan. (...) À son arrivée à Paris, La Québécoise a craqué pour un abyssin tellement maigre qu'il ressemblait à E.T.? «Il me faisait pitié. Il avait été souvent battu avant de se retrouver chez l'éleveur. Il a pleuré pendant un an puis, voyant qu'il n'avait rien à craindre, il s'est abandonné à mon affection», raconte l'auteure. Il y aura dix ans en avril de cela. Depuis ce temps, Valentin fait la joie de sa maîtresse... et est devenu source d'inspiration, comme en témoigne éloquemment Les neuf vies d'Edward. (Source: Lise Lachance)
EXTRAITS:
Elle s'était éveillée avant lui. Elle l'avait regardé puis elle avait refermé les yeux pour mieux sentir son ventre chaud contre le sien. Elle avait respiré son odeur, juste au-dessous du cou, et s'était répété, comme tous les matins depuis leur rencontre, que ces moments de sérénité s'accordaient avec l'espoir et la naïveté de l'aube. Delphine restait allongée sans bouger, refusant de tirer Edward de son sommeil, profitant de son inconscience pour l'observer, pour se repaître de sa beauté, s'en délecter. Comme elle aimait l'interminable ligne qui fermait ses yeux, brodée de cils blonds aussi fins que les akènes des pissenlits fanés quand ils s'envolent dans les champs, comme elle aimait cette ligne qui cachait l'insondable mystère des grands yeux céladon; elle la reposait de la douce exaspération que cette égnime, précisément, entretenait chez elle. Quand Edward plongeait son regard dans le sien, Delphine y voyait des sphinx souriants, désireux, et certains même pressés de lui poser leur question.
page 9
Muscade aurait peut-être hésité à grimper à l'arbre si Edward ne l'y avait incitée. Il avait sauté du balcon pour la rejoindre en empruntant le même chemin que le jour où il avait fugué. Il n'irait pas aussi loin aujourd'hui; l'arbre qui ombrageait toute la cour lui convenait parfaitement. Il attira l'attention de Muscade en jouant avec une araignée, elle s'approcha de lui et il l'attrapa par le cou pour s'amuser avec elle comme le faisait sa mère peu de temps auparavant. Muscade n'avait pas encore cinq mois et s'ennuyait des cabrioles avec sa famille. Son maître lui lançait des boules de papier et des peluches aux formes étranges mais rien ne valait une poursuite endiablée avec un copain. Edward l'effrayait un peu car il était plus gros qu'elle mais il repostait très mollement à ses coups et il ne grondait pas. Quand elle fit ses griffes sur le tronc du tilleul, il l'imita en s'étirant pour lacérer l'arbre un peu plus haut. Elle bondit au-dessus de ses pattes, se retourna, mutine, pour savoir s'il surenchérissait. Mais bien sûr! Il sauta à quelques centimètres de sa tête. Elle s'immobilisa, surprise, puis le contourna et monta jusqu'à la première branche sans s'arrêter. Dans la fourche, elle regarda au sol; comme tout était différent vu d'en haut! Elle aurait dû se décider avant à grimper à l'arbre. Edward la rejoignit et s'installa sur une autre branche, satisfait; sa ruse fonctionnait parfaitement. Il agita mollement sa queue pour témoigner d'une rassurante nonchalance, puis il reprit son escalade. La chatonne l'imita aussitôt, s'enhardit. Edward l'observa, revivant ses expériences en Nouvelle-France avec les érables qui poussaient au fond du terrain de Sébastien Morin. Il avait coursé un écureuil mais le rongeur s'était envolé vers l'arbre voisin, l'avait fixé une seconde, narquois, avant de regagner prestement le sol. Edward avait miaulé pour attirer l'attention de Sébastien Morin mais celui-ci sciait son bois pour l'hiver et n'avait rien entendu. Edward avait tenté de reculer mais ses pattes ne lui obéissaient plus. Il s'était figé dans une fourche en se demandant pourquoi il n'avait pas flairé le piège. Heureusement que la femme qui vivait chez son maître depuis deux mois avait l'oreille aussi fine qu'un chat; elle était sortie de la maison et s'était plantée sous l'arbre en lui murmurant une sorte de mélopée qui avait fini par le détendre. Il s'était décidé à affronter le vide et avait enfoncé ses griffes dans le tronc, reculé craintivement avant de se retrouver dans les bras de l'Indienne. Jamais il n'avait tant aimé se perdre dans cette chevelure où brillaient quelques perles. Anora n'avait pas raconté sa mésaventure à Sébastien car elle trouvait que les hommes parlaient trop, les Indiens comme les Blancs, et savait que son amant l'avait choisie pour son silence si apaisant. Anora aurait problablement réussi à rassurer Muscade avec son chant indien mais elle était reséte dans la quatrième vie et Edward se cala, encercla la branche du tilleul qui le supportait en attendant la suite des événements. Au bout de quinze minutes, Muscade se lassa de contempler les toits où elle avait toujours eu envie d'aller se balader et cette cour où elle mangeait parfois de gros papillons. Il n'y avait même pas eu un oiseau pour la distraire. La pie qui la narguait depuis deux semaines s'était envolée à son approche. Ce jeu n'était pas si distrayant et Muscade se souvenait de la pâtée qui traînait dans sa gamelle. Elle se retourna pour descendre mais la branche s'agita dangereusement et Muscade cessa de gigoter, paralysée par la peur.
pp. 170-171-172
Critiques:
(...) L'abyssin au pelage fauve et aux superbes yeux verts en est à sa neuvième vie. Sa dernière. (...) Roman d'amour fantaisiste sur fond de polar, l'ouvrage nous restitue le regard d'Edward sur les bipèdes que nous sommes. Ce regard traverse le présent pour englober le passé, les époques auxquelles a vécu le bel abyssin. Comme d'habitude, aucune approximation chez Chrystine Brouillet qui dévore des tonnes de livres pour se documenter sur les sujets qu'elle aborde. Elle recourt même aux services d'un ami, Gilles Langlois, qui agit comme recherchiste. La somme de travail qu'elle a dû mettre pour asseoir son histoire sur des données historiques et scientifiques très précises en a rendu l'écriture difficile. Elle parle donc d'un rapport amour-haine avec cette oeuvre dont le sujet est, par ailleurs, joyeux. Le lecteur ne sent aucunement cette tension. Tour semble couler de source dans cette langue élégante qui est devenue la marque de commerce de Chrystine Brouillet, l'excellente conteuse. Le Soleil, Lise Lachance, Québec
Mario Roy nous résume: «Edward a neuf vies. C'est le cas de tous les chats, mais celui-là a des souvenirs précis de chacune d'entre elles et sait bien profiter, dans cette neuvième existence qui est la sienne, de la somme d'expérience qu'il a ainsi accumulée... Chat et bouffe, vignettes historiques et intrigue policière: il est imposssible de ne pas reconnaître Chrystine brouillet dans ce nouveau roman qu'elle publie chez Denoël (...) «C'est une sorte d'hommage à mon chat Valentin», ajoute-t-elle. Edward, donc, a bien entendu une maîtresse qui se prénomme Delphine, qui vit à Paris - mais connaît bien Montréal puisqu'elle y a déjà vécu - , est photographe de son état, a deux amies, Audrey et Géraldine, et aime les hommes, beaux de préférence. Comme cet Américain, par exemple, un type bien étrange menant une vie qui l'est davantage encore...Ce fil-ci, il ne convient pas de le tirer car c'est là que réside l'intrigue et on ne dévoile pas ces choses-là. (...) «C'est mon éditeur qui m'a certainement fait le plus beau compliment: il m'a dit que, au fil des pages, on finissait par oublier qu'Edward n'est qu'un chat!» dit Chrystine Brouillet. (...) Edward a donc côtoyé beaucoup de gens parmi ses neuf vies; entre autres une Rachel, Juive française vivant sous l'Occupation. «Ce passage a été le plus difficile à écrire, un véritable casse-gueule! C'est une période trouble de l'Histoire qu'il ne faut aborder qu'avec précaution», dit l'auteure. «J'ai lu vingt livres, peut-être, pour écrire ce qui équivaut à peu près à 25 pages. En plus, j'ai amassé (avec Gilles Langlois, mon recherchiste, un ange!) une tonne de documentation sur la fabrication des chapeaux parce que Rachel est chapelière... » Pour le lecteur, Les neuf vies d'Edward apparaît simplement comme un récit dont l'écriture est paraticulièrement soignée et évocatrice; un récit chaleureux dans lequel court la vie de ces êtres à deux ou quatre pattes qui se lient d'amitié ou d'amour, qui se cherchent et parfois se comprennent, humains et bêtes ayant plus en commun qu'on ne le pense généralement. La Presse, Mario Roy, Montréal

Oeuvres de Chrystine Brouillet
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