La Professe

Roman,
Éditions JCL, Chicoutimi,
Collection Roman-Vérité, 184 pages, 1995
Québec Loisirs

Description :

La professe ouvre la voie au roman qui relate une histoire basée sur des faits vécus. L'auteur, originaire de la Gaspésie, fut lui-même témoin de cet événement qui fit scandale à l'époque et dont les sympathiques personnages, aujourd'hui, sont probablement encore en vie.

Sainte-Anne-des-Monts, Gaspésie. Directrice du département d'adoption,une religieuse s'éprend d'un bébé orphelin. La mère du petit, décédée à la naissance de ce dernier, avait suplié la religieuse de s'occuper de son fils comme si c'était le sien. La jeune religieuse songe à trouver de bons parents à l'enfant, mais s'y attache et trouve l'idée de le placer moins pressante. Elle-même orpheline, elle avait été élevée par des religieuses. Obligée par sa communauté à trouver des parents adoptifs à l'enfant rapidement, elle décide plutôt de s'enfuir avec lui.

Boudrias a croisé cette religieuse, comme les autres membres de sa communauté, avant son départ. "Quand j'étais jeune, ça se parlait, mais c'était un peu tabou. Les détails de cette histoire m'ont été racontés..."

Les lieux sont ceux de l'action même, et les noms de certains personnages sympathiques sont restés dans le récit.

Des gens, ayant lu le livre, voient dans cette histoire touchante la base d'une minisérie ou d'un film.


Extrait :

«Pour en découvrir davantage, Richard a bien essayé de faire parler le docteur Lévesque pour savoir quand et comment il avait fait la connaissance de Madeleine; autant essayer d’ouvrir une huître avec une cuillère à soupe. Ou bien il a détourné la conversation sur un autre sujet, médical de préférence, ou bien il a fait la sourde oreille. Devant ce mutisme, le docteur Cloutier s’est incliné. Mais ce matin, il se promet bien d’explorer la deuxième piste avec plus de ruse et de tact. Beaucoup de faits troublants concernent ces deux personnages et sa mère. Il en connaît juste assez pour être intrigué, mais pas assez pour trouver la solution.

— Avez-vous votre permis de pêche au moins?

Cette question tombe à pic. Naturellement distrait, élevé dans la grande ville, il a complètement omis ce détail.

— Pour pêcher sur le quai ou sur la mer, lui avait pourtant dit monsieur Vallée, ce n’est pas nécessaire, mais dans les lacs, c’est obligatoire.

Devinant par la grimace et le haussement d’épaules la négligence de son patron, elle fait deux pas de cha-cha en direction de son bureau et téléphone à monsieur Gagné. Bien que par tradition il n’ouvre son magasin qu’à 9 heures depuis 30 ans, il consent à préparer le permis de pêche. Se sentant en forme, Richard court les mille pieds le séparant du 5-10-15 Chez Gérard, dont l’enseigne disproportionnée lui rappelle celle d’Archambault Musique, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. «C’est pour mieux attirer les touristes», lui a déjà expliqué monsieur Gagné, le propriétaire. Dans ce vrai bazar, on trouve des produits pharmaceutiques, des cadeaux de valeur et aussi des babioles aux couleurs criardes en provenance de Taïwan avec l’inscription «Souvenir de la Gaspésie».

Il a juste le temps de payer 1,10 $ pour le permis que monsieur Vallée arrive au volant d’une vieille camionnette «International» dont le moteur tourne comme un rouet, mais dont la carrosserie est négligée depuis quelques années.

— Comment ça va, docteur? Avez-vous pris un bon déjeuner? Hum..., pour moi, vous n’avez pas mangé grand-chose. C’est pas grave, on arrêtera à la boulangerie pour prendre une couple de buns chaudes qu’on mangera en montant. Y va faire beau en baptême aujourd’hui. On annonce du soleil. Ça devrait mordre. Le calendrier du pêcheur indique bon pour tout l’avant-midi.

À la boulangerie, monsieur Vallée examine le jeune homme dont le teint pâle témoigne du peu de temps passé au soleil. Ses épaules sont frêles, ses mains longues et blanches ressemblent à celles d’un pianiste, se dit le boulanger. Les cheveux longs débordent du collet d’une chemise rouge et noir à carreaux, déboutonnée et pendante par-dessus le pantalon. Il ressemble plus, juge-t-il, à un hippie qu’on nous montre à la télévision qu’à un médecin. Et cette calotte bleu, blanc et rouge du nouveau club de baseball des Expos de Montréal par-dessus une crinière noire ne lui donne en rien l’allure des garçons du village, plus physiques et mieux bâtis que lui. Mais, estime-t-il, il a un genre...

Ils grimpent dans la camionnette et les voilà en route pour une partie de pêche que l’un et l’autre souhaitent fructueuse.»

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Oeuvres de Gervais Boudrias