Perles et chapelet

Publié aux Éditions JCL, 1999, 543 pages.
Roman à saveur historique


Description :

Les années « perles » sont celles de la décennie 1920, alors que l'Occident, sortant des privations de la Première Guerre mondiale, croque à belles dents dans la vie et ses plaisirs. Jeanne Tremblay, jeune artiste peintre, est jolie, talentueuse, sans gêne et assoiffée de liberté. Elle est une « flapper » : ces jeunes filles des années folles qui ont coupé leurs cheveux, qui fument et boivent dans la rue. Jeanne se lie d'une profonde et étrange amitié pour Sweetie, une Américaine de son âge arrivant à Trois-Rivières pour retrouver ses racines francophones. Plus les années se succèdent, plus Jeanne devient autodestructrice et angoissée face au temps qui passe et qui trouble ses sentiments à l'égard de Sweetie.
Les années « chapelet » sont celles des catastrophiques années 1930 et sa crise économique. Louise, soeur aînée de Jeanne, fait tout en son pouvoir pour que son restaurant, Le Petit Train, ne fasse pas faillite au coeur de cette cité ravagée par le chômage et le désespoir. Personnage pieux et vertueux, Louise finit tout de même par tomber amoureuse d'un chômeur, célibataire comme elle. Mais, comme dans le cas de sa soeur Jeanne, elle déjouera tout le monde en décidant brusquement de se rendre au bout de son rêve.
Entre les deux soeurs, d'apparence si différentes, leur frère Roméo tente tant bien que mal de les protéger des dangers les guettant.



PREMIER EXTRAIT :

Les flappers d'ici sont semblables à celles de Montréal. Belles, jeunes, libres et délicieusement superficielles, enclines à la coquetterie vantarde. Elles fument, boivent et flirtent. Et pas nécessairement dans cet ordre. Elles aiment le jazz bruyant et les vedettes de cinéma au maquillage criard. Elles ne seront jamais comme leur mère ou leurs soeurs. De quoi me rendre de plus en plus fière d'être des leurs. Tiens, déjà ? Sweetie monte sur l'estrade pour prendre la place du pianiste noir.
Elle se lance ! Les touches paniquent ! Les mains, les doigts, les jointures, les ongles virevoltent ! Et un coup de paume pour la bonne cause ! Les gens approchent de la petite scène. L'inconnue joue les yeux fermés et la tête renversée. Les musiciens, après le choc initial, essaient de la dérouter en changeant le rythme. Le batteur s'essouffle ! La trompette fait couac ! Le contrebassiste tire la langue ! Le banjo casse une corde ! Et toujours la petite blanche tient le coup ! Éreintés, ils lui laissent un solo. Sweetie se lève et danse un charleston en jouant d'une seule main. Elle tourne sur elle-même et rattrape le clavier en deux secondes. Un clin d'oeil aux musiciens et la machine repart sur un Tiger Rag toutes griffes dehors. À la fin Sweetie lance de grosses bises et vient me rejoindre en allumant une cigarette.
(pages 173 et 174)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE : La première partie de Perles et chapelet regorge de descriptions de scènes de fêtes se déroulant chez les jeunes des années folles, alors que le jazz était une musique neuve et rebelle. Celle-ci nous montre Jeanne heureuse dans son élément, alors que son amie Sweetie, pianiste dans une salle de cinéma, ne peut s'empêcher de faire la démonstration de son talent à chaque fois qu'elle voit un piano. La description saccadée de Jeanne, accentuée par des points d'exclamations, représente le rythme du jazz et la vie sans contraintes qu'elle menait.



DEUXIÈME EXTRAIT :

Louise demeure seule dans son restaurant et tue le temps à faire semblant. Elle sent soudain qu'elle a de nouveau douze ans et s'amuse comme une fillette. Elle dépose une assiette et des ustensiles sur une table, et, calepin en main, salue un client invisible et écrit sa commande avec un crayon qui n'existe pas. Elle remercie de la tête, part et revient avec un verre vide. Dans la cuisine, elle fait semblant de tourner un steak dans une poêle et de couper une tomate. Elle cesse pour répondre à un coup de téléphone imaginaire. Elle aimerait qu'un véritable client entre et la trouve ridicule dans ce jeu enfantin. Mais il n'y a personne. Toujours personne.
Elle s'active, répond à d'autres spectres. Soudain, elle s'immobilise, ferme les yeux et imagine une nuée de jeunes gens venus pour flirter autour d'un Coca-Cola. Elle se revoit les surveillant sans cesse pour qu'ils ne se prennent pas les mains. Elle a dans sa tête une collection impressionnante de moments précieux se rattachant à son restaurant, un album de photos imaginaire de tous les visages des anciens habitués. De beaux visages heureux que le temps a transformés en figures aigries par la crise. Il survivra, ce restaurant ! Il le faut ! C'est sa vie ! S'il meurt, que deviendra-t-elle ? Même si Louise doit connaître mille semaines à cinquante sous, la porte restera ouverte aux clients.
(pages 433 et 434)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE :Gérante d'un restaurant situé au cœur d'un quartier ouvrier en pleine crise économique, Louise Tremblay se laisse bercer par quelques rêves la ramenant aux belles années de la prospérité. Ces souvenirs ravivent son espoir de survivre aux temps difficiles.


CRITIQUES :

« Bien au delà des personnages et du contexte, c'est toute la sensibilité et la simplicité de l'auteur que l'on retrouve ici avec bonheur. Mario Bergeron sait comment raconter une histoire sans s'embourber dans des procédés de style qui autrement rendraient la lecture fastidieuse. Que l'on n'en conclue pas pour autant que l'écriture est dépourvue de richesse. Un style limpide et une narration efficace valent bien des prouesses littéraires des auteurs de grande littérature. Bergeron, lui, préfère se rapprocher de ses lecteurs, histoire de créer une complicité avec eux et de toujours maintenir l'intérêt. Et là-dessus, son travail est sans faille. Il faut saluer au passage le souci de la description toujours présente dans l'œuvre de Mario Bergeron. Par moments, on a l'étrange mais fascinante impression de se retrouver dans les rues de la ville, à une époque où les trains y passaient encore. Une telle balade dans l'histoire aurait pu être quelconque si elle eût été faite en compagnie de personnages insipides. Dans Perles et chapelet, c'est tout le contraire. Ici, les personnages sont forts, savoureux, riches et surtout, particulièrement attachants. »

Martin Francoeur, journal Le Nouvelliste (Trois-Rivières) samedi le 17 avril 1999

«Au-delà du roman et des événements relatifs aux personnages de cette saga, on retrouve le fruit de nombreuses recherches de Bergeron sur la mode, la politique, la musique et même des extraits de journaux de l'époque que l'auteur, romancier-historien, a insérés dans son texte. C'est donc le Trois-Rivières du début du siècle que le lecteur découvre à travers les aventures de la famille Tremblay (...) pour apprendre l'histoire de façon agréable.»

Pierre Vennat, journal La Presse, 1 août 1999

«Dans son roman, Bergeron ne s'embarrasse pas de longues descriptions de sentiments, il décrit sans fard des scènes de la vie quotidienne, surtout pour expliquer ce qu'était la vie des Canadiens français à cette époque.»

Jean-Marc Tremblay, journal Le Réveil au Saguenay, 19 septembre 1999

«Le roman mérite d'être lu pour la recherche historique du Trois-Rivières et du Québec d'hier que l'auteur maîtrise parfaitement.»

Karine Parenteau, journal Le Sorteux (Shawinigan), numéro de septembre 1999

«Aller au bout de soi, occulter le mur que dresse le jugement des autres au milieu de notre vie, je crois que c'est le rêve que tous les membres de la famille Tremblay finissent par accomplir. Un beau roman !»

Réjeanne Larouche, magazine littéraire Nuit Blanche, automne 1999.

«Un deuxième tome tout aussi palpitant que le premier et tout aussi solidement documenté. Il y aura six tomes à cette saga trifluvienne. Un pur délice ! ! !»

Louise Turgeon, journal Internet Planète-Québec, 19 octobre 1999

«L'auteur réussit fort bien à décrire l'emprise de la religion sur le Québec du début du XXe siècle. L'omniprésence du catholicisme se faufile même dans un problème d'arithmétique - belle trouvaille - que la nièce de Louise doit résoudre. (...) Ce roman fait preuve d'une originalité qui mérite d'être soulignée. Perles et chapelet pourrait, un jour, être transposé au petit écran. D'ici là, vous aurez l'occasion d'en capter toutes les nuances, étalées sur plus de cinq cents pages.»

Paul-François Sylvestre, Journal l'Express (Toronto), 12 septembre 2000

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