Le Petit Train du bonheur

Publié aux Éditions JCL, 1998, 369 pages.
Roman à saveur historique


Description:

Entre 1900 et 1915, le jeune Roméo Tremblay, de Trois-Rivières, grandit au même rythme que sa ville et les changements de la société. Alors que tout le monde s'émerveille des progrès techniques du nouveau siècle, Trois-Rivières demeure une petite ville presque champêtre, jusqu'à ce qu'un grand incendie la détruise, en juin 1908. Dès lors, le visage de la ville natale de Roméo change, devenant une cité industrielle importante.
Protégeant sa petite soeur Jeanne qu'il aime profondément, admirant son père Joseph et son frère Adrien, Roméo rencontre, à l'adolescence, un étrange et mystérieux vagabond surnommé Gros Nez. Fasciné par cet homme qui a le droit d'être libre et d'aller où bon lui semble, Roméo, devenu jeune marié, prend la grande décision d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs qu'à Trois-Rivières : il s'engage comme soldat volontaire pour participer à la Première Guerre mondiale.
Dans ces chroniques du quotidien, tout nous ramène à la vie du début du siècle, à ses joies simples, à ses croyances naïves, à ses espoirs, à sa soif de vie et, enfin, à ses illusions bien légitimes.



PREMIER EXTRAIT:

À la rentrée scolaire de 1904, Roméo a eu la joie d'avoir sa première maîtresse d'école, mademoiselle Rose, aussi jolie que son prénom si féminin. Mais Roméo et ses compagnons de classe ont joué de déveine quand elle est devenue enceinte et a été obligée de quitter son emploi immédiatement pour attendre son bébé en compagnie de son mari. Le rêve d'avoir une vraie mademoiselle face à Roméo n'aura duré qu'un seul mois.
L'école a fait appel à un frère pour la remplacer, le puisant sans doute dans une maison de retraite pour le jeter en pâture aux gamins, n'ayant jamais vu un frère aussi vieux, d'autant plus que son prénom d'Adjutor semblait issu d'un siècle lointain.
Le frère Adjutor sent la boule à mites et est affecté par toutes les maladies du monde. En octobre, il a eu une grippe si gigantesque que chacun de ses éternuements bruyants était suivi d'un râlement mortuaire effrayant même les plus braves des écoliers. En novembre, Roméo l'a vu pencher de jour en jour et, à la première neige, les rhumatismes se sont emparé de lui, l'obligeant à donner ses leçons en s'appuyant avec une grande peine sur une canne. En décembre, il s'est mis à faire des sommes instantanés pendant les examens, situation en or permettant à chacun des élèves de tricher en toute quiétude, rêvant de devenir premier d'une classe de trente premiers.
Dans la cour d'école, les gars parient sur la date où le frère Adjutor tombera raide mort devant eux. Certains n'osent pas s'en mêler, jurant qu'il est déjà décédé depuis longtemps.
(page 99)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE : Garçon sensible et craintif, Roméo deviendra malade à tant entendre parler ce frère enseignant de mort et de souffrances. Il craindra surtout que ses microbes ne tuent sa petite soeur Jeanne.



DEUXIÈME EXTRAIT:

Gros Nez se balade en équilibre sur les rails. Je l'ai déjà vu braver un train arrivant à moyenne vitesse, se jetant sur le côté quelques secondes avant que le monstre ne le happe, riant de son coup comme un enfant venant d'avoir dix sur dix dans sa dictée. Je l'ai aussi vu partir de bon matin, s'accrochant à un wagon après avoir pris un grand élan.
On dit aux bambins de s'éloigner des trains. Souvent, dans le journal, on apprend la triste nouvelle d'un enfant écrasé par un cheval de fer. Mais avec le temps, les jeunes deviennent intrépides. À mon âge, Adrien s'amusait avec les wagons tandis que je me rongeais les ongles à le regarder faire. Mais Gros Nez est habile comme une jeunesse. Il a dû se mesurer aux trains toute sa vie. Parfois, on voit ses semblables pendus à un fourgon, comme une montre dans la poche d'un pantalon. Ils descendent un peu avant la gare, totalement sales de suie de charbon et de vent étouffant. Certains vont à la Wabasso ou au moulin de fer pour se trouver du travail. Puis ils repartent de la même façon trois mois plus tard.
Gros Nez saute de rail en rail avec son flasque entre les mains. En me posant une question sur mes amours, il me lance l'objet que j'attrape in extremis. Je le lui retourne après une gorgée. Avant de prendre une bonne rasade, Gros Nez a le temps de chanter et de continuer ses fantaisies sur la voie. Un train roule doucement. Le quêteux reste planté au milieu du chemin, défiant le conducteur criant ses avertissements. Gros Nez le nargue en s'accrochant d'une seule main à un wagon. Je cours vers lui en agitant les mains. Quand il me voit, il retombe sur ses pattes comme un matou, continuant à me demander des nouvelles, comme si rien ne s'était passé.
(pages 262 et 263)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE : Devenu adolescent, Roméo cherche de plus en plus à avoir des moments intimes avec Gros Nez le vagabond, avec qui il se sent plus à l'aise qu'avec son père Joseph. Les rails du chemin de fer représentent pour l'homme cette liberté que Roméo ne peut trouver dans son milieu familial.


CRITIQUES:

<< La rigueur historique dont a fait preuve Mario Bergeron dans l'écriture de ce roman donne une dimension fascinante à son oeuvre. Sous forme de chroniques légères du quotidien, ses petites histoires se déroulent toujours sur une toile de fond étonnamment réaliste. L'auteur n'hésite pas, en effet, à donner des détails savoureux sur la vie que l'on pouvait mener à Trois-Rivières au début du siècle.>>

Martin Francoeur, journal Le Nouvelliste (Trois-Rivières) 3 avril 1998

<< D'une page à l'autre, j'ai l'impression de voir un film, de voir toujours des images. Je vois Roméo qui grandit avec sa famille. Je vois son attachement pour sa petite soeur Jeanne. Toute cette chronique du début du siècle, c'est vraiment comme au cinéma.>>

Paule Therrien, Radio CBJ de Radio-Canada, 6 juillet 1998

<< Mario Bergeron écrit de façon linéaire et surtout très visuelle cette chronique de la vie d'une famille dans un quartier ouvrier.>>

Christiane Laforge, journal Progrès-Dimanche (Chicoutimi) 19 juillet 1998

<< Quel beau personnage que ce Roméo, si sensible et attachant ! J'ai lu sa merveilleuse histoire avec un grand plaisir. Dès les premières pages, j'ai découvert un roman très émouvant écrit avec une simplicité teintée d'humour.>>

Nicole Dandurand, membre du comité de lecture de Québec Loisirs,
cahier de l'automne 1998 de Québec Loisirs

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Oeuvres de Mario Bergeron
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