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Douze heures dans la vie d'un objet Audrée É. Salut, je me présente : Opto et voici ma sur jumelle : Métrisse. Nous sommes une jolie paire de lunettes carrées. Nous avons été fabriquées dans une énorme industrie à Hong-Kong. Vous savez, nous vivions au paradis avant que la petite famille Leblanc vienne troubler la vision de notre brillant avenir. Ça vous dirait si je vous racontais les douze heures les plus intrépides qui ont un peu bouleversé notre destiné? Si oui, lisez bien ce récit! Tout a commencé quand nous étions en un seul morceau (c'est à dire après notre fabrication). Pendant que nous roulions sur le tapis-roulant, Métrisse et moi avons fait connaissance. Puis, notre conversation fut brusquement interrompue par une descente d'enfer! Empilées les unes par-dessus les autres dans une boîte de carton très inconfortable, nous avons quitté le pays pour un monde meilleur : le Canada. La traversée fut très longue et plusieurs d'entre nous avaient le mal de mer, mais nous ne nous sommes jamais découragées car nous savions tous que le grand jour était demain. En effet, nous avons fait une entrée remarquable ce matin. Mais après tant d'excitation, j'ai l'impression d'être crevée. Ça doit être la même chose pour ma soeur Métrisse. Au moment où nus allions piquer un petit somme, on frappe à la porte. Quoi encore?! Pas moyen d'être en paix une seule seconde dans cette boutique! Les clients sont les suivants : un homme, une femme et un gamin du nom d'Étienne. Tous portent des lunettes, à l'exception d'Étienne. Le pauvre, ça n'a pas l'air de lui plaire. Quoique, c'est vrai qu'il ne méritait pas ça. Ça ne fait rien, comme il n'y a rien à faire par ici, nous allons nous arranger pour partir avec lui. Métrisse et moi faisons briller nos verres. Ça marche! Étienne se dirige vers nous. Je sens Métrisse frémir. A-t-elle froid ou est-ce seulement l'excitation? Je n'en sais rien, son visage ne dégage aucune expression. Quelques minutes s'écoulent. Certains disent que le temps passe vite. Eh bien, nous avons des petites nouvelles pour eux! Nous nous posons sur le nez d'Étienne. Wow! Ça fait vraiment changement. Ses parents échangent de drôles de regards. Ils n'ont pas l'air certains de leur coup. Puis, ils finissent par accepter! Hé! Mais qu'est-ce qui se passe? Nous sommes enfermées dans une petite boîte juste assez grande pour nous deux. Bref, il fait noir, très noir. Noir comme chez les loups. Nous avons la chair de poule et il fait très froid. Si ça continue, nous allons en sortir enrhumées. Nous sommes enfin arrivées à destination. La nuit ne tarde pas à arriver. Étienne nous dépose précieusement dans son sac à dos. Métrisse dort déjà. Je devrais l'imiter car demain viendra vite. Zzzzzzzzzzz . Aie! Que se passe-t-il? " Nous sommes en route vers l'école, voyons! Mais dis donc, où avais-tu la tête hier soir? " me répond Métrisse qui a l'air en pleine forme et de bonne humeur. Il faut dire que je me suis levée du pied gauche ce matin. La journée va être longue!! Nous entrons dans le bus. Étienne s'assoit à l'arrière. C'est sympa d'être ici! Tout le monde est gentil, sauf le petit gros qui se dirige vers nous en frappant tout se qui se trouve sur son passage. Je me demande ce qu'il peut bien vouloir à Étienne Je sens la peur qui envahit l'esprit de mon jeune maître. Si ça continue, sa tête va exploser. - File-moi ton argent de
poche, minus! " lui dit le petit garçon grassouillet. Sinon,
tu vas le regretter! Rendu à l'école élémentaire, tout alla pour le mieux. Cela dit, on peut facilement entendre les moqueries de certains élèves. Pauvre Étienne! Il rejoint ses amis. Ce sont tous des intellectuels. Maintenant, c'est pauvres nous! Au Japon, tous ceux qui étaient de cette espèce se faisaient casser la figure. Espérons que ce soit différent par ici. La cloche signale que le premier cours est entamé. Direction : le cours de mathématique! La journée file en douceur. Le français, les sciences et la géographie défilent devant nos yeux. Arrive finalement l'éducation physique. Au programme : plongeon synchronisé. Super! Étienne se dirige vers le vestiaire. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons tous les trois sur le plongeon de dix mètres. Pour la première fois de ma vie, je me rends compte que que j'ai le vertige. " 5, 4 " Non, non, je ne veux pas mourir! " 3, 2 " Pitié, je ne veux pas mourir! " 1 Partez! " Au secouuuuurs je ne veux pas me noyer vivante! Plouk! Trop tard, j'ai déjà perdu connaissance! Lorsque j'ai repris mes
esprits, la première phrase qui m'est venue à l'esprit
est : Et c'est le 14 septembre 2001, abandonnée au beau milieu de nulle part, seule et sans vivre, que j'ai patiemment attendu que mes dernières heures sonnent. |