Chronique littéraire de Yves Nadon

septembre 2001

Septembre revient, et moi aussi avec quelques perles. Bonne rentrée!

ROMANS

Les héros
Robert Cormier
Médium, l’école des loisirs, 2001.

À partir de 14 ans.

 

Ce livre-ci est le dernier de Cormier puisqu’il est mort l’année dernière. Dommage car je chéris chacun de ses titres dans ma bibliothèque, et j’ai un plaisir immense à les prêter à de nouveaux lecteurs. J’ai encore à rencontrer un lecteur qui n’aime pas.


En 1941, Francis revient de la guerre, blessé et défiguré. Il revient avec un but précis : se venger.
Une histoire à la Cormier, sucrée et amère. Une œuvre, une écriture unique, une histoire bouleversante.
Lisez ce que Stéphane Baillargeon en disait dans Le Devoir cet été :


Robert Cormier, ça vous dit quelque chose? Pas étonnant. La banque de données compilant les quinze dernières années de presse au Québec ne mentionne son nom qu'à deux reprises, pour des recensions de son livre De la tendresse, paru en 1999 à l'École des loisirs. L'histoire effrayante d'un jeune tueur en série racontée de manière «détachée», pour ainsi dire immorale.

Chaque fois, Robert Cormier est banalement présenté comme «un écrivain américain». C'est le cas. N'empêche, le nom intrigue un peu, non?, surtout de ce côté-ci de l'Amérique française.

Alors voilà ce que révèle une autre plongée dans le cyberespace. Ce Robert Cormier naît en 1925, à French Hill, une banlieue franco-canadienne de Leominster, Massachusetts. Le petit Robert, deuxième enfant d'une famille de huit, décide très tôt, au seuil de l'adolescence, qu'il vivra par et pour les mots. Après ses études universitaires, il se fait d'abord rédacteur publicitaire pour une radio de sa petite ville, puis journaliste et editor au Fitchburg Sentinel, où il travaille un bon quart de siècle.

En même temps, Robert Cormier publie des nouvelles dans des magazines comme le Saturday Evening Post et surtout des livres pour les adolescents, «des romans superbement construits» qui lui valent rapidement les éloges de la critique internationale. The Chocolate War, paru en 1974, connaît un important succès populaire et est maintenant considéré comme un des meilleurs livres pour la jeunesse du XXe siècle aux États-Unis.

Ce n'est déjà pas banal. Pourtant, il y a encore plus intéressant, vu d'ici. Tous ses romans, ou presque, se déroulent à Frenchtown, le quartier francophone de la ville imaginaire de Monument, en Nouvelle-Angleterre. Ses personnages portent des noms familiers à tous les Québécois (Leblanc, Garnier, Chevalier... ). Certains d'entre eux, surtout les plus vieux, s'expriment encore en français.

Bref, avec tout ça, on se demande pourquoi aucun éditeur québécois n'a mis la patte sur cette oeuvre. Shame on you, comme on dit là-bas. On se dit aussi qu'il faudrait vite interviewer cette perle rare, lui rendre visite, lui tirer le portrait. Seulement voilà, il est trop tard: Robert Cormier est mort il y a quelques mois, en novembre 2000. Shame on us...

Les Héros, écrit en 1998, paraît donc à titre posthume en français, toujours à l'École des loisirs. «Je m'appelle Francis-Joseph Cassavant, dit l'incipit, je viens juste de rentrer à Frenchtown, le quartier français de Monument, la guerre est finie et je n'ai plus de visage.» Bang. Le ton coup-de-poing est donné et sera maintenu pendant tout le texte, dans cette langue simple, belle, toujours juste, une sorte de «prose journalistique», selon une formule autoexplicative de l'auteur.

Francis a été défiguré sur un champ d'honneur de l'Europe nazie. Il s'est jeté sur une grenade pour couvrir ses camarades. Son geste lui a valu la Silver Star, la médaille des héros.

Le récit s'organise autour d'un va-et-vient temporel. On apprend qu'en 1941, à 15 ans, l'orphelin Francis a trafiqué son extrait de naissance pour s'enrôler dans l'armée américaine. On comprend qu'il voulait fuir la belle Nicole Renard et en même temps lui prouver son courage. On découvre qu'un certain Larry LaSalle, qui a lui aussi reçu une SilverStar, a été mêlé à cet enrôlement forcé en bousillant, un soir, la vie de Nicole. On suit le survenant qui erre dans sa ville avec une seule obsession: se venger de Larry. «Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie», dit une phrase de F. Scott Fitzgerald placée en exergue du roman.

On est loin du vécu à la petite semaine. Le réalisme de Robert Cormier n'a rien à voir avec ce qu'il nommait lui-même «la réalité télévisuelle», l'objectivité de pacotille. Le monde qu'il décrit est dur, laid et cruel. Les petites histoires y fusionnent dans la grande. Et ni l'une ni l'autre n'échappe à la loi du pire.

Dans ce cloaque, chacun fait des choix et en subit les conséquences. Tout le roman s'organise finalement autour d'un court moment de péché où la vie de Francis et Nicole bascule. La rédemption finale ne survient qu'au prix d'immenses sacrifices. Mais toujours, au long de ce récit de guerres extérieure et intérieure, l'antihéros des Héros, seul, défiguré, cette ombre d'homme, se bat pour conserver sa dignité humaine, se retrouver lui-même.

Robert Cormier a écrit une tragédie qui laisse comme une plaie dans l'âme. Son dernier livre aura été mon premier. Et je vais vite m'envoyer les autres sous le coco illico, parce que, franchement, la rencontre a été exceptionnelle.

Le neveu du magicien
L’armoire magique
Le cheval et son écuyer
Le prince Caspian

C.S. Lewis
Folio junior, Gallimard Jeunesse. 2001.

À partir de 9 ans.

Enfin !!! Un éditeur a décidé de traduire ces classiques de la littérature anglo-saxonne. Il reste quelques livres à suivre, leur nombre étant de sept en tout.


Impossible de résumer mais ces quatre livres racontent les aventures d’enfants, pas toujours les même, qui entrent par hasard dans le monde de Narnia, pays fabuleux et magique. Chaque livre est différent.
Une écriture légère et d’une autre époque, mais c’est ce qui fait tout le charme.
Ça se déguste.

Ange des marais noirs
David Almond
Folio junior, Gallimard Jeunesse, 2001.

À partir de 10 ans.

C’est ma voisine de 10 ans qui m’a mis sur la piste : le livre traînait sur ma table et elle l’avait lue. Notre conversation m’a convaincu que je devais le lire.
Trois enfants abandonnés fuient et aboutissent aux Marais noirs où Ange, une jeune fille, semble les attendre…
Un texte poétique, touchant, sur le thème de l’amitié. Beau.

Le bonheur est au bout de l’élastique
Louise Rennison
Gallimard Jeunesse, 2001.

À partir de 14 ans.

Bridget Jones pour ados. Point.
De la rigolade.

Moi, Lili Graffiti
Paula Danziger
Folio cadet, Gallimard Jeunesse, 2001.

À partir de 8 ans.

Bon, c’est un Lili Graffiti, c’est une série, c’est illustré par Tony Ross, c’est bon, léger et les élèves aiment.
Drôle et attachant.

Mademoiselle Zazie veut un bébé…
Thierry Lenain
Première lune, Nathan, 2001.

À partir de 5 ans.

Ah, bien, là…Ah, ah, ah !!
-Viens, on va faire un bébé, dit Zazie à Max. Et ce gros ventre, le lendemain, est-ce vraiment un bébé ?
C’est mignon, rigolo, le tout servi par une plume fine et délicate.
Un petit bijou !

DOCUMENTAIRE

Le ver de terre, ami du jardinier
Valérie Tracqui
Mini Patte, Milan, 2001.

À partir de 5 ans.

Cette collection est assez extraordinaire. Tous les titres sont à conseiller : un graphisme exemplaire, des photos précises et claires, un texte aéré, des explications simples.
J’ai appris. Fascinant.

 

ALBUM


Rencontre
Jane Yolen
Carré Blanc, les 400 coups, 2001.

À partir de 9 ans.


C’est ma collection, je la dirige, alors pour l’objectivité…

Voici l’histoire de l’arrivée de Colomb en Amérique, mais raconté par un des Indiens qui l’a reçu.
Yolen est une grande auteure qui possède une plume poétique : elle sait raconter. Les illustrations de Shannon sont superbes. Des notes explicatives à la fin nous expliquent des choix de l’auteur et de l’illustrateur.
Une histoire pour réfléchir et questionner. Solennel.