Notice biographique :
Yves Thériault est né à Québec le 27 novembre 1915 et a passé la plus grande partie de son enfance et de son adolescence dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal. Issu d'un milieu modeste, il a abandonné l'école à quinze ans, sa huitième année à peine terminée. Au contraire de bien des copains de son âge, Yves Thériault aimait passionnément la lecture. Vers l'âge de quinze ans, il reçut un cadeau extraordinaire: un coroner faisait le ménage de sa bibliothèque, et c'est ainsi que le jeune Yves eut accès à tout Zola, aux récits de Pierre Loti, à Balzac, et à d'autres classiques qui lui permirent de s'ouvrir à la littérature. Comme il était bilingue, il se familiarisa, au cours des années, avec certains auteurs américains, particulièrement Hemingway.
Jeune homme, il s'adonna, comme semi-professionnel, au tennis et à la boxe. Suite à un certain épuisement et à une maladie pulmonaire, il fit un séjour prolongé dans un sanatorium. Cette maladie et l'abandon de ses études semblent avoir été deux traumatismes dans la vie de Thériault.
Comment Thériault devint-il écrivain ? Dans des circonstances fortuites, il expérimenta son don pour l'écriture et vit là un moyen de gagner un peu d'argent et de notoriété. Le journal Le Jour publia ses premiers contes. Sa huitième année constituait une base fragile pour une carrière d'écrivain. Son don naturel de conteur, et le travail acharné qu'il mit à apprendre et à appliquer les règles de grammaire, à employer des phrases courtes et simples, l'amenèrent à perfectionner sa technique et son style d'écriture. Sa première épouse, Germaine Blanchet, dite Michelle, secrétaire du rédacteur du journal Le Jour, fut une collaboratrice précieuse pour Thériault et, surtout, lui donna confiance dans son talent d'écrivain. Au début de sa carrière d'écrivain, il éprouvait de la culpabilité et considérait ne pas avoir le droit d'écrire parce qu'il n'était pas suffisamment instruit. Les romans à dix sous, signés de pseudonymes, et écrits par Thériault et son épouse, furent une école pour apprendre à écrire vite : ils en publiaient environ douze par semaine et c'était un revenu important pour eux. La rédaction de textes radiophoniques fut aussi pour l'auteur une occasion de se discipliner strictement sur la longueur des récits et apprendre à créer une ambiance par les mots. Yves Thériault aimait les mots, il les choisissait avec soin, les répertoriait, et c'est avec un réel plaisir qu'il en introduisait certains dans ses textes.
L'œuvre de Thériault est extrêmement variée et abondante. Comme on l'avait fait pour Balzac, certains critiques littéraires lui ont reproché d'être un auteur trop prolifique: quarante romans, contes ou nouvelles, trois pièces de théâtre, une centaine de romans à dix sous, des livres pour enfants, un scénario de film, plus de mille trois cents textes radiophoniques dont plusieurs furent publiés. Thériault a abordé de nombreux thèmes. Son parcours de carrière l'avait mis en contact avec bien des milieux. En plus d'avoir été tennisman, boxeur, trappeur, pilote de brousse, il avait été fier-à-bras dans un club de nuit, vendeur de fromage, vendeur de tracteurs. Il connaissait les petites gens du pays. Ensuite, son cheminement l'amena vers d'autres fonctions : agent publicitaire, directeur artistique, journaliste, scripteur, annonceur de radio à Rimouski, à New-Carlisle, à Hull, à Québec, à Montréal. Au Ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, il fut directeur des Affaires culturelles. Yves Thériault a beaucoup voyagé. Il habita Paris grâce à une bourse du Ministère de la Culture de France. Il fit des séjours successifs en Italie, près de Florence où lui et son épouse Michelle se sentaient presque chez eux.
Toutes ses expériences de vie lui permirent donc de diversifier les sujets de ses écrits. Yves Thériault n'est pas un écrivain à thèse, c'est un conteur. Il s'appliquait aussi à enjoliver sa propre légende. Même dans les entrevues officielles qu'il accordait, il se donnait la liberté de narrer des expériences qu'en réalité il n'avait jamais vécues. Relever les éléments biographiques de la vie d'Yves Thériault c'est comme essayer de traverser le fleuve en sautant sur des glaces flottantes : on risque qu'elles se dérobent à tout moment. Sa famille et ses proches amis et collaborateurs sont seuls à vraiment connaître le personnage. Mensonges ou mystification ? sans doute ni l'un ni l'autre, le conteur se prenant à son propre jeu.
On peut remarquer à travers toute l'œuvre des thèmes récurrents, des métaphores puissantes et évocatrices de passions et de caractères humains. Voici brièvement un survol de quelques-uns de ces thèmes :-thème omniprésent de la nature, de la grande nature, paysages sauvages et rigoureux, toundras, taïgas, rochers décharnés, vents de tempête, froids extrêmes, neiges et banquises traîtresses, cimes inaccessibles ;
-impuissance apparente de l'homme à changer le cours de son destin, mais impuissance vaincue par des choix lucides et courageux ;
-culte du héros et de ses combats contre lui-même, contre les forces de la nature, contre ses semblables, contre la mort ;
-thème de la sexualité présent dans toute l'œuvre, traité subtilement et quelquefois plus crûment ;
-thème de l'amour en opposition à l'égoïsme vu comme le centre du mal ;
-omniprésence de la violence présentée comme inhérente à l'humain ;
-personnages fabuleux, tant animaux qu'humains, de caractère amical ou hostile ;
-dénonciation de l'exploitation des pauvres par les riches, des peuples dits primitifs par les peuples dits civilisés, des gens de campagne par les gens des villes ;
-apologie des différences culturelles, et plaidoyer pour leur conservation ;
-quête de la liberté et de l'autonomie face à la nature et face à son groupe d'appartenance ;
-romantisme et tendresse entre les humains et même avec les éléments de la nature ;
-importance de la prise de parole pour se libérer et pour vivre.
Voilà donc quelques exemples de la versatilité de cet auteur québécois qu'est YvesThériault. Plusieurs de ses œuvres ont été traduites en différentes langues, même en japonais, et il a grandement contribué à faire connaître notre pays à l'étranger. Sa fille, Marie José Thériault, est aussi une écrivaine reconnue et son oeuvre est importante.
En 1977, Thériault fonda une compagnie de films avec sa seconde femme, Lorraine Boisvenue, auteure d'un volume, Le Guide de la cuisine traditionnelle québécoise.
Il a reçu en 1979 le Prix Athanase-David pour l'ensemble de son œuvre. Il était membre d'honneur de l'Union des écrivains québécois. Il fut membre francophone de la Société Royale canadienne, agrégation qui lui tenait très à cœur.
Yves Thériault est décédé à Joliette, le 20 octobre 1983. Dans une entrevue, il avait ainsi résumé sa grande carrière littéraire :" J'avais un talent naturel de conteur, et j'ai écrit. " (Source de référence : «Yves Thériault, conteur», entrevue avec Donald Smith, L'Ecrivain devant son œuvre, Editions Québec/Amérique, 1983, p. 61-84)
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Oeuvres d'Yves Thériault
Références sur Yves Thériault
Mise à jour le 26 janvier 2000
Claire Fafard
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