LE ROMAN DE JULIE PAPINEAU
Tome 1
La Tourmente
DESCRIPTION :
N 0 T E D E L 'A U T E U R :
Ce livre est une biographie romancée. Telle qu'elle apparaît dans ces pages, Julie Papineau est le fruit de mon imagination, conjugué au portrait que l'histoire a laissé d'elle.
Julie a bel et bien existé au XIXe, siècle. Je l'ai découverte par ses lettres à son mari, Louis-Joseph Papineau, le chef des patriotes de 1837, et à ses enfants, en particulier Amédée et Lactance. Leur ton m'a intriguée. Comment une femme née au Bas-Canada en 1796 osait-elle, à quarante ans, juger les hommes politiques de son époque, accuser les gouverneurs anglais d'injustice, aller jusqu'à suggérer que les Canadiens devraient peut-être prendre les armes pour obtenir justice ?
Ces lettres authentiques m'ont aussi fourni des pistes pour saisir l'épouse et la mère. Cela m'a permis de découvrir la femme derrière le personnage qu'était son mari. Cliché éculé pour dire qu'une fois de plus, l'histoire officielle a gommé le rôle, sinon l'influence, d'une femme dans la vie d'un grand homme. Les uns après les autres, les historiens nous la présentent comme déprimée, mélancolique, plaignarde... Ma Julie Papineau est vive, elle n'a pas froid aux yeux et si sa famille est le centre de son univers, la politique est sa grande passion. Tous les indices étaient là, noir sur blanc, pour deviner ses émotions, ses angoisses, ses espoirs et ses chagrins. Il m'a semblé que, dans une biographie romancée plus que dans une biographie traditionnelle, où les " trous de mémoire " sont hélas ! trop nombreux, je réussirais à la rendre bien vivante.
Restait à régler la question de la rébellion qui sert de toile de fond ce roman. Il n'y a jamais qu'une seule vérité et les historiens ne s'entendent pas sur les causes des événements de 1837. Tantôt les patriotes sont des héros, tantôt ils sont des rebelles. Les victimes des uns sont les coupables des autres. J'ai adopté le point de vue de Julie Papineau qui apparaît clairement dans ses lettres. J'ai naturellement fait des choix et pris des libertés, mais en tâchant d'éviter les exagérations. Et je me suis laissé porter par le destin à la fois exaltant et tragique de cette femme.
On n'écrit pas ce genre d'ouvrage sans effectuer une énorme recherche. Je crois bien avoir lu tout ce qui existe sur la vie au Bas-Canada, au XIX e siècle: les fonds d'archives des familles Papineau, Dessaulles et Nelson, la Saberdache de Jacques Viger, les papiers des gouverneurs britanniques lord Aylmer et le comte de Gosford, et les travaus d'historiens, en particulier ceux de Fernand Ouellet, François-Xavier Garneau, Laurent-Olivier David, Gérard Filteau, Robert Rumilly et de Joseph Schull. Je dois beaucoup au journal d'Amédée Papineau et à la correspondance de son grand-père Joseph Papineau.
Mais j'ai une dette toute particulière à l'égard de madame Anne Bourassa, l'arrière-petite-fille de Julie Papineau et la fille d'Henri Bourassa, qui a consacré sa vie à garder bien vivante l'histoire tumultueuse de sa famille et qui, grâce à son merveilleux don de conteuse a partagé avec moi les souvenirs que ses ancêtres lui ont légués.
Enfin, il me reste à remercier mon amie Monique Roy, qui a patiemment relu mon manuscrit, plutôt deux fois qu'une.
EXTRAIT :
(...) L'été coulait trop lentement à Verchères. Loin de Louis-Joseph qui se faisait de plus en plus rare, Julie se sentait comme dans une prison dorée, entre sa mère qui la surprotégeait et son frère, un peu plus excédé chaque jour, qui implorait le ciel de faire redescendre la paix sur son presbytère. Les enfants, il est vrai, n'avaient jamais été aussi insupportables. Julie ne trouva donc rien à redire lorsque le curé décida de resserrer la discipline à table. Mal lui en prit: le silence imposé pendant les repas eut le don de les pousser aux pires mauvais coups: fou rire déplacé d'Amédée, lait renversé sur la nappe par Gustave, foie de veau recraché par Lactance...
La veuve Bruneau n'était pas de tout repos non plus. Elle confondait tout. Elle appelait Amédée du nom de son propre fils Théophile, ce qui était sans conséquence, mais chaque fois qu'elle prononçait le nom Aurélie au lieu d'Ézilda, Julie ressentait un petit pincement au coeur. Il y avait deux ans qu'elle avait perdu sa fille chérie et la blessure restait toujours aussi aiguë. Marie-Anne Bruneau, qui devinait son chagrin, s'en mordait les lèvres. Julie s'interdisait tout reproche, mais la veuve souffrait en silence de sa bévue.
Et Louis-Joseph qui sautait un dimanche de visite sur deux. Dans ses lettres, il attribuait ses absences à l'enquête sur la fussillade qui l'accaparait. Mais justement, Julie mourait d'envie de suivre de près ce procès. Pourquoi fallait-il qu'elle restât enfermée à la campagne? Elle ne raffolait pas de la vie champêtre, préférant le mouvement de la ville, et elle suppliait Louis-Joseph de la remener à Montréal. Mais il l'exhortait à la patience, jugeant prématuré le retour des enfants. Tant que le bureau d'hygiène n'aviserait pas clairement la population que tout danger était définitivement écarté, il valait mieux jouer de prudence. (...)
page 53
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Oeuvres de Micheline Lachance