HISTOIRE À SUIVRE
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SUITE ET FIN
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EXTRAIT
Comparez votre suite à celle de l'auteur, présentée ci-dessous. Même si votre texte est plus court, il peut être fort intéressant. Ne craignez pas d'éprouver de la fierté si votre récit est cohérent et respecte l'unité de ton de l'extrait proposé. |

Si on se reporte à la suite immédiate de l'extrait proposé, on lit ce qui suit:
[... ] - Quelle... méfiance ! s'écria ce dernier, comme s'il devinait sa pensée. Encore une dernière fois, je vous présente une proposition amicale et l'espoir est grand en moi que vous l'acceptiez. Je demande peut-être un peu plus que la précédente fois, mais hé ! hé ! je donne un peu plus aussi... Si vous le voulez, je vous lègue tout de suite ma fortune, qui est immense, très immense... Et en retour? En retour : rien... ou presque... des poussières... Le plaisir de vivre de rares fois en intérieur de votre intimité, mais selon tout respect et tout honneur, bien sûr, les yeux en quelque sorte fermés, si l'on peut dire...
Florent, le regard toujours fixé sur son ennemi, aida Élise à se relever. Elle se laissa aller contre lui, le visage enfoui dans le creux de son épaule. - J'ai fini d'écouter tes sornettes, m'entends-tu ? fit-il, la voix étranglée de colère. Je ne sais pas quel diable te pousse, mais la prochaine fois que je te rencontre, je serai armé et je te crisserai un pruneau dans la tête. Fiche-nous la paix ! Tu nous as suffisamment rendus malheureux comme ça.
Ratablavasky cligna de l'oeil comme à une bonne plaisanterie et sa bouche s'ouvrit, béante, laissant filer un long rire guttural. Alors Florent sentit comme une aiguille brûlante lui monter du bas du ventre vers la tête. De petites lueurs moqueuses s'allumèrent autour de lui. Il repoussa Élise et s'avança vers le vieillard, les poings fermés : - Ris ! Ris tout ton saoul, sale défroqué ! vociférait- il. Mais tu vas rire croche tout à l'heure, je t'en passe un papier ! Espèce de nazi! Et dire que ça se mêle d'écrire des recueils de méditations ! Tu parles ! - Comment se porte ce cher abbé Jeunehomme ? fit Ratablavasky, feignant de n'avoir pas compris.
Florent laissa échapper un ricanement haineux et poursuivit : - Un père chrétien debout à l'aube ! Quel livre édifiant ! Chaque matin, j'en lis une page et je me rapproche de Dieu d'au moins cent pieds chaque fois !
L'expression du vieillard s'empreignit soudain de gravité. Il voulut parler, mais se ravisa. - C'est qu'il ne s'agit pas de n'importe quoi, continuait Florent avec une joyeuse fureur. Des textes d'une élévation... stratosphérique ! et qui ne s'adressent pas à n'importe qui : à l'élite seulement, s'il vous plaît ! Au gratin du gratin !
Le regard de Ratablavasky avait pris une fixité étrange, un peu effrayante, comme s'il tentait de pénétrer au plus profond de la pensée de son interlocuteur. - Un gratin représenté par des gens comme... le capitaine von Strohm, par exemple, un capitaine d'une piété exemplaire!
Un calme souverain descendit dans l'âme de Florent. - Jamais, répondit-il avec force.
Il se retourna et sourit à Élise qui se tenait à quelques pas derrière eux et observait la scène avec un air d'étonnement craintif. - Et ne prends surtout pas la peine de venir fouiner chez moi. Je l'ai placé en lieu sûr.
Egon Ratablavasky prit une profonde inspiration, glissa ses mains l'une dans l'autre et fit craquer ses jointures. Puis, d'un ton léger, presque moqueur : - Je serais disposé, dans le but de revenir à la possession de ces babioles, à présenter une certaine somme d'argent. Pour vous, ce livre possède une valeur nulle, c'est moins qu'une mouche. Pour moi, il y a des souvenirs très chers, croyez-le... Les jours de ma jeunesse... J'offre dix mille dollars.
Florent secoua la tête, tourna le dos et suivit Élise qui se dirigeait vers un monticule de vieilles planches, derrière lequel s'ouvrait une brèche. Ratablavasky, immobile, les regarda s'éloigner.
Quand il fut seul, il se mit à marcher de long en large à travers le terrain, décapitant les touffes de marguerite à grands coups de canne. De temps à autre, il levait la tête pour s'assurer que personne ne l'observait. La nuit tombait peu à peu. Soudain, l'endroit devint désert, sans qu'il fût possible de distinguer par où le vieillard avait filé.
Après avoir erré pendant une demi-heure à travers un dédale de ruelles encombrées de rebuts, Élise et Florent se retrouvèrent soudain sur la rue PrinceArthur près du restaurant Le Bateleur. Florent, déconcerté, promenait son regard partout. - Je ne comprends pas, murmurait-il, je ne comprends vraiment pas ...
Il héla un taxi qui les conduisit au Séminaire Saint-Sulpice. Élise, encore frissonnante, refusa de descendre. - Allons, calme-toi, lui dit Florent. Tu ne vois donc pas que je le tiens à ma merci ? Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça.
Il entra dans l'édifice en sifflotant et demanda à voir son cousin. - Monsieur l'abbé vient de monter à sa chambre, lui répondit la portière.
Florent le trouva dans un état d'agitation extrême, tout en sueur, la soutane à demi déboutonnnée. - Voilà votre torche et vos pincettes, fit Florent en lui présentant un paquet. - Merci, merci. Dieu sait comme vous m'êtes utile. Je saurai vous le revaloir, soyez-en sûr.
Florent sourit: - Vous pouvez le faire bientôt, si ça vous tente. J'ai lu d'un bout à l'autre ce fameux Père chrétien debout à l'aube, mais je n'y comprend rien. Vous savez, moi, la mystique et la théologie... J'aimerais que vous y jetiez un coup d'oeil. Je suis sûr que vous pourrez y dénicher des tas d'indices.
- Volontiers. Mais pas aujourd'hui, si vous le permettez. Je vis des moments d'une telle intensité... Téléphonez-moi dans trois jours.
Florent allait lui raconter sa dernière rencontre avec Ratablavasky, mais il se ravisa et alla rejoindre Élise.
Dix minutes plus tard, ils arrivaient à leur appartement. Élise tenait à peine sur ses jambes. - Ben, dis donc ! s'écria-t-il en l'aidant à monter l'escalier, on dirait que tu es sur le point d'accoucher, ma foi !
Elle darda sur lui un oeil furieux : - Oh ! toi ! toi ! balbutia-t-elle, si tu savais seulement ce que je viens de ...
Les sanglots l'empêchèrent de poursuivre. Elle ouvrit la porte et courut se jeter sur son lit. Vertu vint la rejoindre et se mit à promener sur sa maîtresse une langue compatissante. Florent essayait de la consoler lorsqu'il entendit un claquement de porte, suivi d'un bruit de pas dans le salon. Il sortit de la chambre.
Une exclamation furieuse lui échappa. Egon Ratablavasky, debout près de l'entrée, les mains derrière le dos, le sourire aux lèvres, attendait placidement qu'on vienne lui répondre : - Bonjour, mon cher ami. Je suis venu pour deux intentions différentes. Premièrement: vous dire d'abord que beaucoup de temps s'écoulera dans l'avenir avant notre suivante rencontre, car, ayant réfléchi tout à l'heure, je veux vous laisser le temps de vous élever vers le succès par votre propre force afin que la confiance renaisse en votre âme. Ainsi, peut-être votre oreille deviendra-t-elle plus bienveillante à mes modestes propositions. N'est-ce pas selon votre voeu?
Élise apparut dans l'embrasure, les lèvres tordues de rage : - Va-t-en, vieux salaud! va-t-en ! va-t'en !
Elle s'avançait vers lui, les mains tendues, le regard égaré. Florent la saisit par la taille et la ramena rudement en arrière. Ratablavasky sourit, puis s'avança vers le sofa et s'assit, croisant élégamment la jambe. Son visage avait pris une expression précieuse. Collée contre les jambes de son maître, Vertu fixait le vieillard d'un air apeuré, le nez frémissant. L'odeur habituelle de pieds mal lavés, acide et pénétrante, venait d'envahir la pièce. - Ma seconde intention, poursuivit Ratablavasky de sa voix chantante, consiste de vous offrir un peu plus pour le petit bouquin que vous détenez en possession. Comme il s'agit d'un souvenir auquel je suis très chèrement lié, je disposerais peut-être jusqu'à 20 000 $ pour vous persuader de me le..
Un léger claquement se fit entendre. Ratablavasky poussa un cri et porta la main à son oeil droit, qui se remplit de sang. Florent, stupéfait, hésita une seconde, puis s'élançant vers le vieillard, le saisit par les épaules et le poussa vers la porte, pendant que monsieur Émile, l'air à la fois craintif et triomphant, apparaissait dans le salon, un élastique au bout du doigt. Vertu se mit à japper d'une façon hystérique et se précipita sous le lit, morte de peur. Ratablavasky se dégagea brusquement des mains de Florent et s'adossa contre la porte : - Très bien, murmura-t-il d'une voix éteinte, je vous dis au revoir.
Pendant un moment, la douleur l'empêcha de continuer. De grosses gouttes de sang tombaient sur le col de sa chemise. Il tourna le bouton et s'avança sur le palier : - N'ayez crainte, reprit-il doucement, nous nous reverrons en temps opportun.
Florent le regarda descendre, le corps très droit, son feutre soigneusement posé sur la tête.
Monsieur Émile, quelque peu commotionné par son exploit, venait de se précipiter aux toilettes et s'occupait à rendre la bière qu'il avait chipée dans le réfrigérateur pendant l'absence de ses amis.
Même si le chapitre est clos sur ces lignes, vous vous doutez bien que les personnages se retrouveront « en temps opportun », comme le dit Ratablavasky. |
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Conception et rédaction: Josiane Leralu
Codification: Danielle Gilbert