L'OFFRANDE AUX VIERGES FOLLES

"Oh! laisse, laisse encore reposer chère amante
Ma tête endolorie entre tes blanches mains!
Frôle ma tête avec ta main
Ta main douce comme soie
Elle a le parfum du jasmin
Frôle ma tête avec ta main!
Pour que l'horreur du lendemain
Sur l'aujourd'hui ne se déploie
Frôle ma tête avec ta main
Ta main douce comme la soie"

Lors de sa parution, Mgr Camille Roy mentionne: "Ce cahier bleu est mince: il compte 60 pages. Mais c'est le recueil de poésie le plus considérable, le plus parfait que l'on ait publié chez nous en 1929."

Dans un article publié dans La Tribune du 5 mars 1949, Monsieur Louis-Philippe Robidoux écrit: " L'oeuvre de Desrochers triomphera du temps, parce que toute traversée d'émotions fortes, de sensibilité juste et mesurée, de lyrisme jaillissant et frais, et parce que, toute remplie de frémissement intérieur, elle s'impose à la méditation de ceux qui aiment la poésie pure et vraie."

 

MON ÂME

Mon âme est un aïeul de quatre-vingt-dix ans
Dont sont défunts les fils et dont l'épouse est morte;
Il médite,accroupi sur le seuil de sa porte,
Combien l'esprit est faible et sont menteurs les sens.

Il dit l'inanité de l'espoir aux passants:
Ce qu'offre le présent, l'avenir le remporte;
Sa masure branlante où loge le cloporte
Est la somme d'efforts et de travaux puissants.

Mais il va chaque jour errer le long des grèves
Et scrutant le lointain, hanté des anciens rêves,
Il met souvent la main au-dessus de ses yeux,

Pour voir si, revenant d'aventures lointaines,
Ne songent, à l'avant de vaisseaux glorieux,
Ses fils debout, chamarrés d'or et capitaines.

 

ÉPITAPHE

Passant, celle qui dort sous cette blanche pierre,
D'un sommeil éternel, loin des regards humains,
Mérite que d'un pleur se gonfle ta paupière
Et que sur son tombeau tu joignes tes deux mains.

Ses jours furent un vol d'oiseau dans la lumière;
Son pas sut éviter la fange des chemins,
Et son coeur, revêtu d'innocence première,
N'a pas connu l'horreur des fautifs lendemains.

La mort que nous craignons ne fut pour cette vierge
Que le passage d'une berge à l'autre berge,
Où, des palmes en mains, l'attendait un ami.

Passant, fais que tes jours ressemblent à ses heures
Et tu t'envoleras aux célestes demeures,
Comme un oiseau, le soir, s'en retourne à son nid.

 

 

Desrochers, Alfred, L'Offrande aux Vierges folles,1974, pages 21 et 29
Rivière, Sulvain, 101 poètes en Québec, collection Kébéca/Guérin Littérature, Guérin, Montréal, 1995, pages108-109

 

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Oeuvres d'Alfred DesRochers