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Description :
Pauline Gill, l'auteure du best-seller Les Enfants de Duplessis (plus de 100 000 exemplaires vendus) nous livre, après huit années de recherches, une captivante fresque historique et familiale basée sur la vie tumultueuse de Victoire Du Sault et intitulée LA CORDONNIÈRE.
Afin de redonner aux femmes de la fin du XIXème siècle la place qui leur revient, Pauline Gill dresse le portrait sensible et mémorable de Victoire Du Sault, cette femme aux doigts de fée qui a réussi à se tailler une place de choix dans un métier réservé aux hommes.
Inconnue du grand public, Victoire Du Sault a pourtant eu un destin exemplaire. Entourée d'hommes fascinés par les progrès de l'ère industrielle, cette femme éprise de liberté a su les entraîner dans son sillage. Ce qui ne l'a pas empêchée de vivre les tourments d'une ardente et secrète passion amoureuse.
Les rives du lac Saint-Pierre constituent la scène principale du déroulement du roman. Dans les décors de Yamachiche, de Pointe-du-Lac et de bien d'autres municipalités mauriciennes, Victoire Du Sault développe ses traits de femme créatrice, de mère et d'amante. Créatrice, elle deviendra une cordonnière réputée, gagnant des prix à Lyon, et à New York et exportera ses chaussures jusqu'en Égypte. Son rôle de mère, elle l'assumera pleinement en donnant naissance à onze enfants dont cinq seulement survivront. La Cordonnière, c'est aussi l'histoire d'une triple victoire: celle d'une femme sur les préjugés de son temps, celle d'une famille persuadée que la réussite professionnelle et financière n'est pas réservée qu'à la bourgeoisie anglophone, celle de la justice sur l'abus de pouvoir des grandes compagnies.
En s'inspirant de personnages et de faits réels, Pauline Gill s'impose avec La Cordonnière comme une écrivaine dotée d'un exceptionnel talent de conteuse.
1. Qu'au XIX ème siècle, la femme québécoise perdait son indépendance juridique en se mariant? SAVIEZ-VOUS..
.2.-Que le métier de cordonnier était strictement réservé aux hommes et que Victoire Du Sault a été la première femme du Québec à exercer ce métier avec succès?
3. Que ses modèles de chaussures ont gagné des prix d'excellence aux expositions de Lyon et de New York et ont été exportés jusqu'au Caire?
4- Que la créativité de cette femme est à l'origine de la gloire et de la richesse de ses fils aînés, Oscar et Marius Dufresne, les cobâtisseurs de la Cité de Maisonneuve et du célèbre château Dufresne à Montréal?
5. Que le roman de Pauline Gill, La Cordonnière, met en vedette cette femme exceptionnelle qui a su concrétiser ses rêves de créatrice, de mère et d'amante en dépit des coutumes et des tabous de l'époque?
Extrait 1 :
La carriole avait à peine parcouru un mille, qu'Oscar dormait déjà. La neige recommençait à tomber. Pour tromper son inquiétude, Georges-Noël se mit à observer les flocons étoilés qui virevoltaient avant de s'évanouir en douceur sur le visage rondelet de son petit-fils. Leurs jeux le tirèrent si bien des tourments qu'il avait connus depuis qu'il s'était épris de Lady Marian qu'il eut l'impression de vivre des instants divins. Des instants d'une plénitude qu'il n'aurait su définir. Plaisir gratuit et mort douce se succédaient sans que l'enfant en soit incommodé. Et si c'était ça, la vie? Virevolter dans l'existence et se laisser choir quand vient le moment de partir... , pensa Georges-Noël, soudain transporté dans un état euphorique qui le conviait à l'abandon. À la non-résistance. Vouloir accaparer gens et événements, vouloir les fixer dans le présent, cela se révélait dès lors aussi futile et illusoire que de refermer la main sur un flocon de neige dans l'espoir de l'immortaliser. Georges-Noël sentit le détachement l'envahir et en fut enivré. Assister à sa vie, ou au plus, la jouer avec la conscience que chaque scène répond du succès de l'oeuvre mais qu'elle n'en demeure pas moins un fragment qui n'a nulle fin en soi, qui doit nécessairement se terminer, n'était-ce pas là l'ultime savoir? Ignorant le dénouement de cette tragicomédie, devant troquer son état d'acteur principal tantôt contre celui de simple figurant, tantôt celui d'une simple doublure, il lui sembla que l'humain n'avait de choix plus nobles et plus valables que de vivre chacun de ces rôles avec tout le détachement nécessaire. Cette vision vint nicher le bonheur au creux de son estomac, dilatant ses poumons, réchauffant ses membres et allumant dans ses yeux une flamme que Victoire avait crue éteinte à tout jamais.
Lorsque Georges-Noël glissa dans ses bras l'enfant endormi, elle sut qu' un événement prodigieux s'était produit en cette matinée. Son visage radieux et le sourire si éloquent de bien-être qu'il lui adressa en témoignaient.
« Grâce à ton fils, je viens de vire le plus beau jour de ma vie », lui dit-il avant de ressortir pour dételer son cheval.
Remuée jusqu'au cœur de sa mélancolie, Victoire étendit Oscar sur un canapé et s'attarda à le regarder dormir, poussée par le secret espoir d'être graciée par la magie qui avait transfiguré Georges-Noël.
Lorsqu'à son tour, Thomas entra en sifflotant, elle se demanda si elle n'avait pas été oubliée sur le passage d'un marchand de bonheur. p. 447
Extrait 2 :
Pas déjà? s'exclama Victoire.Malgré les mille précautions qu'il avait prises, Thomas l'avait réveillée.
« Qu'est-ce qui t'oblige à te lever tout de suite? Tu ne pourrais pas faire un spécial pour ce matin? lui demanda-t-elle, en le ramenant sous les couvertures. Tu me manques tellement...
Elle saisit sa main, la promena doucement sur sa poitrine, l'entraîna sur son ventre et sur ses cuisses, brûlante de désir.
Je ne peux pas maintenant, Victoire. J'ai beaucoup de route à faire aujourd'hui. Sans compter que ça pourrait être long à Batiscan... Mais, je te promets de te gâter à mon retour», dit-il en se dégageant de son emprise.
Victoire se retourna vers le mur, souhaitant que Thomas quitte la maison au plus vite, tant elle ne pouvait plus retenir ses larmes.
Un peu de tendresse pour le jour de ses trente et un ans! Un peu plus d'attention! Au pire aller, juste un souhait de circonstance.
Happé par le travail, Thomas avait, pour la deuxième fois, oublié l'anniversaire de naissance de son épouse.
Victoire avait beau se répéter qu'il ne s'agissait que d'un oubli, que dans moins de cinq kilomètres, Thomas s'en voudrait de ne pas y avoir pensé, elle en était profondément affligée. Sa peine se doublait du fait que, hors de tout doute, la fougue du jeune amant se faisait plus discrète, moins présente. La maturité de ses vingt et un ans, ses responsabilités familiales, certaines déroutes avaient ralenti ses élans amoureux. Victoire s'en inquiétait. Son corps lui était-il devenu à ce point familier qu'il n'éveillât plus cet élan passionnel qui l'avait jeté dans ses bras lors de l'incendie, et qui l'avait tenu accroupi derrière une clôture des soirées durant? Ses mains ne savaient-elles plus redessiner les formes de son corps, laissant à chacune cette empreinte amoureuse que ses lèvres venaient y déposer? Victoire avait froid dans son coeur et dans son corps. Elle n'attendait que le bruit des derniers pas de son mari sur la galerie, pour sortir de son lit, aller faire une bonne attisée et revenir se réfugier sous ses couvertures, abandonnée au chagrin qui lui serrait la gorge.
Le bruissement de l'écorce de bouleau que Victoire coinçait entre les pièces de bois d'érable couvrit les pas feutrés de Georges-Noël, qui, intrigué d'entendre Thomas partir de si bonne heure, descendait dans la cuisine. Campé devant la fenêtre, il contemplait le paysage qui sortait tout doucement de la torpeur de la nuit. Le matin baignait encore dans le mauve du soleil levant. Les arbres se découpaient en encre bleu sur une toile rosée dans laquelle la silhouette de Thomas dans sa calèche se fondait. «Depuis que je la connais, se dit Georges-Noël, il fait toujours beau, le 16 avril.» Doucement, il tourna la tête vers l'élue de ce jour. Sa chevelure légèrement ondulée, éparse sur sa robe de nuit de flanelle bleue, et ses gestes lents et contrôlés comme la douleur qui l'habitait, le bouleversèrent.
Adossé à la fenêtre, il observait chacun de ses mouvements, à l'affût de la minute propice pour lui souhaiter un bon anniversaire. Intimidée par ce regard qu'elle sentait rivé sur elle, Victoire alimentait le feu qui crépitait lorsqu'elle échappa un rondin. Georges-Noël se précipita pour le ramasser, mais il demeura accroupi à ses pieds. La finesse de ses jambes nues, l'aspect satiné de sa peau le troublèrent. Sa main se fraya un chemin entre la honte et le désir, de son mollet jusqu'à ses hanches.
À son tour immobile, Victoire eut l'impression que tout s'était arrêté autour d'elle. Les interdits avaient fui sa conscience. Ses mains vinrent se poser sur cette tête blottie contre son ventre. De ses bras robustes, Georges-Noël encercla sa taille. Elle ne recula pas.
Depuis ce mémorable dimanche de la demande en mariage, Victoire avait mené une dure lutte à ses désirs, les matant à force de volonté et d'illusions entretenues. L'instabilité de Thomas, ses présences insatisfaisantes comme ses absences prolongées laissaient dans son coeur un vide que les débordements de l'amour dévorant de Georges-Noël ne demandaient qu'à combler. Mais elle n'était pas sienne. Il leva la tête vers elle et la regarda, le visage couvert de honte. Il aurait voulu lui dire que son désir charnel n'était rien à côté de l'amour fou qu'il lui portait. Mais sa flamme s'intensifia au contact de celle qu'il reconnut dans les yeux de Victoire, et il fut pris de vertige.
Aussi fort que la débâcle qui avait tout englouti sur son passage, leur amour,comme un torrent déchaîné les jeta sur le lit. En cet homme déchiré par de cruels renoncements, rien ne résista au déferlement de la passion: sa fierté, ses principes, l'amour de son fils, tout fut consumé par ce feu dévorant qui lui brûlait la peau.
Après s'être aimés pendant tant d'années d'un amour tissé de malentendus, la fusion de leur corps les porta à l'extase dans la fulgurante vérité de l'attirance de leur être.
Cet homme qui avait hanté ses premières insomnies et nourri ses rêves de jeune fille avait été séduit alors que la femme venait à peine de naître en elle. Imperceptiblement, le désir s'était incrusté dans sa chair, s'enfonçant davantage à chaque obstacle qui se dressait entre eux.
Les paupières closes, Georges-Noël se livra de nouveau à l'empreinte de ses caresses sur sa peau:
Jamais mon corps d'homme ne pourra les oublier, murmura Georges-Noël.
Des larmes coulèrent sur ses joues et ses mains qui cherchaient celles de Victoire tremblaient. Une détresse indescriptible ternissait son regard.
Faut pas être triste, monsieur Dufresne, maintenant qu'on sait... La vérité, ça rend plus fort...
Victoire était heureuse. Sans remords.
« Je vous devais ces moments de bonheur. Je vous les devais pour m'avoir éveillée à l'amour dans ce qu'il a de plus magique, quand je n'avais que quinze ans. Aujourd'hui, vous m'avez amenée à l'extase, une extase que je voudrais désormais ne partager qu'avec Thomas», lui confia-t-elle avec des larmes dans la voix.
Georges-Noël la serra contre lui. Ses sanglots avaient des résonances d'adieu. » Promettez-moi deux choses maintenant lui demanda-t-elle en se dégageant légèrement. D'abord, de ne jamais regretter ce qui vient d'arriver.»
Ils fermèrent les yeux et s'abandonnèrent de nouveau à une douce et longue étreinte.
«Aussi, je voudrais que ces minutes de paradis restent uniques, vous comprenez? Uniques!»
Avant de la quitter, Georges-Noël caressa son visage et déposa un baiser sur son front.
Je vais essayer. Peut-être qu'un jour, j'aurai aussi trouvé le courage de te parler, ajouta-t-il, en sortant de la chambre.
« Me parler de quoi? » aurait voulu lui demander Victoire. Mille sujets foisonnaient dans son esprit.
Georges-Noël sortit harnacher sa jument, annonçant qu'il quittait pour la journée. Victoire ne pouvait demander mieux. À travers les cajoleries de Clarice et les gazouillements d'Oscar, elle pouvait à son aise se balader entre l'ivresse du matin et l'espoir qu'avec le temps, Thomas en vint à ressembler à son père. Cette espérance fortifiait son affection pour son mari. Mais elle n'appréhendait pas moins les moments de solitude auxquels ce dernier la livrerait encore. Une inquiétude teintée de nostalgie s'empara de Victoire en regardant Georges-Noël s'éloigner. Maintenant qu'elle s'était prêtée à lui, la verrait-il désormais comme l'objet de sa chute ou celui de sa libération? Les larmes qu'il n'avait pu retenir avant de la quitter étaient-elles l'expression d'un grand bonheur ou celle d'une déchirement? Il y avait tant de mystères, tant de non-dits chez cet homme!
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