Un objet de beauté

Roman
Publié aux Éditions Actes sud/Leméac, Montréal 1997.

Description:

Marcel et Thérèse ne vont pas bien. Dans un minuscule logement miteux, Marcel et sa mère étirent leur misère. Thérèse, elle, entre ses amours de coeur et de cul, boit pour oublier, entre autres, les souffrances de sa vie et tout ce que sa mère n'a pu être, n'a pu faire pour elle et son frère. Leur tante, la grosse femme, se meurt. Allumeuse d'espoir, généreuse de sa tendresse, elle représenta pour Marcel, Thérèse et même leur mère, un havre, une occasion de bonheur.

Marcel voue à sa tante une adoration particulière : elle lui fait réaliser, simplement, tout ce dont sa propre mère l'a privé. Il ne peut s'empêcher de croire que tout eut été différent pour lui s'il eut été le fils de la grosse femme. De plus, il considère que les moments les plus beaux de sa vie sont ceux où ils vivaient tous ensemble, sa grand-mère, son oncle Édouard, sa mère, sa soeur, sa tante, son oncle et leurs trois fils. Entouré de cette tribu, il trouvait toujours quelqu'un qui avait du temps pour lui. Aujourd'hui, le clan s'est dispersé, la grand-mère est morte, la tante se meurt et sa propre mère, depuis toujours aigrie, révoltée par l'abandon de son mari, est incapable d'exprimer l'amour, la tendresse, la chaleur dont Marcel, comme Thérèse, est affamé.

Thérèse ressent également ce malaise. Elle tentera d'ailleurs un retour à la rue Fabre, un retour aux origines, regroupant sa mère, son ex-époux, sa fille dans un logement où elle a été, fugacement, heureuse. Elle espère, en remettant en scène les mêmes personnages, réécrire l'histoire. Mais Albertine n'est pas la grosse femme et Thérèse est incapable de donner ce qu'elle n'a pas reçu. Il n'y a donc pas, dans ce retour à la rue Fabre, l'étincelle de joie qui rendait la misère acceptable.

Pour Marcel, le retour aux sources est également un retour à une part de son enfance, honnie, détruite par Albertine. Marcel, enfant épileptique, était également très doué, entre autres pour la musique. Son talent fut assassiné par sa mère, qui ne voulait pas voir son fils sortir de sa condition. En le condamnant à se contenter d'un petit pain, elle le condamnait à la folie. Vissé à Albertine, il ne peut plus assumer une existence autonome, car elle le contrôle dans chacun de ses gestes, chacune de ses paroles.

Entre la haine de la fille et la dépendance de son fils, il y a la mère qui fait ce qu'elle estime être son devoir, réfractaire au plaisir comme au bonheur. Incapable de nommer ses sentiments (quelle difficulté avant de dire à sa belle-soeur mourante qu'elle l'aimait), elle en souffre. L'abandon de son époux l'a marquée irrémédiablement. Elle s'est attaché Marcel pour toujours, l'a investi, se l'est approprié. Que lui importe qu'il passe à côté de la vie : elle ne veut pas affronter la sienne seule. Elle rêve, parfois de ce que serait sa vie sans son fils : la liberté qui s'ouvre devant elle lui donne le vertige.

Paniqué par les réminiscences qui l'assaillent, voulant en finir avec cette mère phallique qui le domine, Marcel voudra mettre fin à ce lien qui l'étouffe. Dans son délire, il tentera de la brûler. Ce ne seront que quelques cheveux roussis, mais cet épisode déterminera Albertine à placer son fils. Pour elle, une vie différente débute.

 

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