LA NUIT DES PRINCES CHARMANTS

Roman
Publié aux Éditions Leméac, Montréal 1995.

Description:

Montréal, quelque part au début des années soixante, un jeune homme, tout juste 18 ans, fou d'opéra, s'apprête à passer sa première soirée au Hers Majesty's theatre, pour assister au Roméo et Juliette de Gounod dont Pierrette Alarie sera l'interprète principale. Le jeune homme n'est pas de grande famille, môman qui dirige la maison d'une poigne de fer, et finit toujours par mollir devant son "petit", surveille ses allées et venues comme sa mise.

Cette nuit-là sera la nuit de toutes les folies. Le héros a 18 ans, il est vierge et n'aime que les garçons. Peu importe si la représentation est médiocre, il rencontrera ce soir-là pas un, mais deux hommes qui le séduiront et qu'il séduira. Le premier, Alan, un jeune bourgeois anglophone roux représente pour le rebelle l'oppression linguistique et le colonialisme culturel, économique et politique que les anglophones du Canada font, encore à cette époque, peser sur le Québec. Le second, François, est un jeune chansonnier de génie, traînant sa horde de «fans» à ses trousses. C'est d'ailleurs dans les coulisses où il allait féliciter le jeune chanteur pour la prestation dans cette mauvaise production d'opéra que le jeune héros va être aspiré par une bande étrange.

De bar en bar, de folies en folies, le héros dérive avec le groupe, rencontre des grands noms de la chanson québécoise. À travers la Sainte-Catherine, il suit, d'un établissement à l'autre, une piste qui l'enrichit de rencontres avec des artistes qu'il vénère. «Michel Tremblay nous invite à passer une nuit singulièrement folle à Montréal. Le Montréal des années 1960, celui de Gilles Vigneault, de ces fabuleux chanteurs qui nous procurent des frissons de troisième dimension. Comme s'ils vivaient au début du XVIIe siècle.»1. Tout cela le mènera, il le désire et l'appréhende, à sa première nuit d'amour. Il est sous le charme, conquis par la liberté d'un milieu qu'il vénère. Il est également plein de désir pour le jeune Alan, plus jeune que l'artiste et tout comme le héros inexpérimenté, malhabile. Ils finiront ensemble dans un Tourist room un peu sordide, qui prendra pour eux des allures de palace.

Après, c'est le retour à la réalité à la mummy d'Alan, peu commode, et à la môman du héros, qui ne s'est pas couchée et qui attend de son garçon bien mieux que des explications. Il se révolte, mais n'ose pas lui avouer la pure vérité : où il était et en quelle compagnie. Elle devine pourtant, le lui dit et surprend le héros par sa finesse ; elle comprend et accepte ce qu'elle ne peut empêcher.

Le retour à la mère vénérée, phare de l'oeuvre de Tremblay, est source de délivrance. Le héros pourra vivre sa sexualité sans traîner le remords de faire souffrir cette femme qui est pour lui le centre d'un univers. Si c'est là un homme à homme, c'est également l'homme d'une seule femme: sa mère !


1 - Une mélancolie si gaie, article de Jean-François Josselin, dans le Nouvel observateur, no 1609, le 7 septembre 1995, p. 59.

 

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