Le médaillon dérobé

Roman historique, Montréal, XYZ Éditeur, 1996

Ce roman a valu à l'auteure le
prix France-Québec/Jean-Hamelin en 1996.



Description :

Ce roman s'inspire de la vie de Gaétane de Montreuil, une des premières femmes à percer le milieu journalistique à la fin du siècle dernier.

Cette femme issue d'un milieu plus que modeste a réussi à surmonter toutes les difficultés pour se faire une place au soleil. Son immense volonté et son opiniâtreté lui ont permis de déjouer le destin.



Extrait :

D'une main hésitante, elle touche le bijou.
Sa mère le cherche encore. Parce qu'il lui venait de sa mère à elle qui le tenait elle aussi de sa mère.
Un objet précieux.
Toute la maison a été virée sens dessus dessous pour le retrouver. La mère l'avait porté la veille pour aller à l'église, puis l'avait déposé sur sa table de chevet. Au petit matin, il avait disparu. Françoise a sagement participé aux recherches en fermant solidement le poing sur le médaillon volé bien enfoui au fond de sa poche. «Pour que tu sois avec moi, maman. Que tu saches l'histoire, la mienne, celle que tu n'as jamais voulu entendre. Pourquoi as-tu refusé de croire à l'impossible, maman? Tu me voulais petite, rien. Tu avais choisi mon destin avant que j'ouvre les yeux sur le monde. Et tu m'en as voulu de ne pas m'en satisfaire. Pourquoi, maman? Tu avais renoncé à tout, sauf à ta fierté habilement camouflée derrière le devoir. Tu as aimé par devoir, vécu par devoir. Le devoir t'a protégée de moi. De qui avais-tu si peur, maman? De tes rêves qui auraient pu toucher les miens, s'y enflammer et te brûler vive? J'ai volé le médaillon pour t'obliger à me regarder, à ne plus détourner la tête quand je te parle de nous. J'ai volé le médaillon pour t'aimer à mon aise, sans la douleur terrible et toujours répétée du refus. Il exhale ton parfum un peu âcre, il a gardé la marque de tes doigts. Je t'ai surprise, parfois, à y poser les lèvres. Quand je le porte à ma joue, j'ai l'impression d'un baiser, celui que tu ne m'as jamais donné. Regarde-moi, maman...»
Le bonheur, elle va le voler comme elle a dérobé le médaillon de sa mère. Elle saura bien, envers et contre tout, se façonner un monde à sa démesure. Ce qui n'est pas donné, il faut le prendre. Laisser le temps d'avant s'effilocher dans les souvenirs. La petite fille se contentait de survivre, patiente, parce que la vie ne pouvait se résumer aux pingreries de l'oncle Raoul, aux insignifiances de ses frères. Au silence de la mère. Un jour, elle verrait les clôtures renversées, elle pourrait monter jusqu'au haut des montagnes, là où s'étend la plaine, vivante, grouillante.
Voir un certain jour se lever, de l'autre côté du silence. (pp.71-72)


Critique :

Danièle Bombardier, animatrice de Plaisir de lire, présentait ainsi son invitée:

«Montréal à la fin du siècle passé. Ses trottoirs de bois, ses allumeurs de réverbères, ses tramways, le marché Bonsecours, ses élites anglophones méprisantes pour les Canadiens français, ces hommes, rois du monde du travail, leur fief, et au coeur de cette ville et de cette société qui change: une femme qui a décidé de façonner son destin.
Voilà en résumé la jolie fiction historique qui a valu à Louise Simard le Prix France-Québec 1996. Un roman d'atmosphère, de passion, un roman d'amour; un survol historique très crédible d'une ville, d'une époque, d'une société. Encore une fois, Louise Simard a choisi de sortir des cartons de l'histoire une femme qui a fait sa marque mais qu'on avait complètement oubliée. [...] Et c'est fort habilement qu'elle le fait sans aucun dogmatisme mais avec beaucoup de passion.»

Notice biographique de Louise Simard
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