La Montagne secrète

Roman, éd. Beauchemin, Montréal 1961.

 

Synopsis :

Le peintre Pierre Cadorai s'est réfugié dans le Grand Nord pour découvrir le secret des choses. Il rencontre Gédéon, vieux chercheur d'or solitaire, et, plus loin le long de la rivière, à Fort-Renonciation, Nina, jeune serveuse éprise de liberté et d'aventure. De tous ceux qu'il croise, Pierre dessine le portrait. Puis il entreprend son hivernage. Sa vocation se fait de plus en plus exigeante. L'appel du silence, la passion de la communion solitaire avec la nature l'entraînent toujours plus loin vers des régions désertiques.

Parvenu à l'extrémité septentrionale du Québec, Pierre, précédé par sa légende, arrive en pays esquimau où il est connu comme «l'homme-au-crayon-magique». Il n'a pas encore trouvé cet absolu de beauté et de vérité qu'il cherche désespérément. C'est alors que lui apparaît «sa» montagne, resplendissante. Il se met au travail mais tandis qu'il essaie de fixer cette beauté parfaite, l'hiver approche et la montagne disparaît dans la tempête. À demi mort de faim et de froid, il arrive dans un village esquimau où son talent est reconnu par un père missionnaire, qui organise une exposition à Montréal et lui obtient une bourse d'études pour Paris.

Dans la ville trop grande, il dépérit. À l'invitation du peintre Meyrand, son maître, il part pour le sud de la France. De retour à Paris, il s'installe dans une mansarde. Un jour il a la vision, dans ses moindres détails, du tableau parfait de sa montagne. Il commence à peindre mais une douleur aiguë lui déchire la poitrine et il s'affaisse au pied du chevalet.

C. Pont-Humbert

Tiré du CD-ROM: Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. «Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française». Bordas, Paris 1994.

 

Critique :

La romancière avait habitué ses lecteurs à l'alternance Est-Ouest, ville-campagne qui rythmait ses quatre premières œuvres (Bonheur d'occasion, roman montréalais; la Petite Poule d'eau, roman des plaines de l'Ouest; Alexandre Chenevert, roman montréalais; Rue Deschambault, roman de l'Ouest), lorsque après un silence de six ans, elle donna cette Montagne secrète qui ne s'inscrit dans aucun des cadres précédents. De fait, considéré à travers le personnage du peintre, c'est le mystère de la création qui forme le véritable sujet du roman. Pour Gabrielle Roy, la qualité principale de l'œuvre d'art est sa vérité, qui exige, au terme d'une quête peut-être infinie, de parvenir à une relation d'intimité avec l'essence des êtres et des choses. Pierre Cadorai n'est pourtant pas son porte-parole abstrait, mais plutôt, par une identification ambiguë, cet autre obscur et sans visage né de l'écriture, en qui l'auteur se reconnaît mais qui constitue en même temps pour elle un modèle inaccessible, et désespérant. Aux antipodes de toute médiocrité, Pierre Cadorai vit en effet d'abord une aventure intérieure. Avide de liberté, possédé par un génie sauvage et impérieux, exigeant jusqu'à l'obsession, sans cesse insatisfait de son travail, c'est un être de doute qui, au terme de sa vie, n'a voulu signer aucune de ses œuvres tant il est convaincu de n'avoir encore rien fait. D'où l'atmosphère de tension, d'inquiétude et de douleur qui imprègne tout le roman: car l'artiste, face au néant ne peut avoir d'autre ambition que «d'arracher quelque chose en passant au vide effarant».

(...)

C. Pont-Humbert

Tiré du CD-ROM: Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty. «Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française». Bordas, Paris 1994.

 

Notice biographique de Gabrielle Roy
Oeuvres de Gabrielle Roy
Références sur Gabrielle Roy