Cette allée inconnue

Recueil de nouvelles
Québec, L'instant même, 1999, 115 p.

Description :


Cette allée d'inconnus

« À quoi sert la réalité sinon à se dérober à elle-même et à fuir la brève échéance ? »
Jacques Ferron, La nuit

La correspondance à une amante quittée, ces femmes désirées et rêvées dont on s'obstine à se convaincre qu'elles ne sont pas pour nous, tous ces quidams aux terrasses des cafés, la passante qui n'existe que par notre regard, les murmures anonymes, la fuite, les ailleurs incertains ou les mémoires virtuelles, composent ici une fresque d'esseulés en allés.

Peu importe les balises qui jalonnent notre route, peu importe la souffrance, l'indicible, le réel ou l'impression, les jours à venir ne nous éloignent pas de la vérité. « Nous marchons sur nous-mêmes comme un bétail perdu » (Raoul Duguay)

Avec Cette allée inconnue, Marc Rochette nous offre un livre à la trame tissée de liens singuliers entre le devenir, les regards sur le passé, les fuites du réel. Où nous conduisent nos pas ? Quelle voie emprunterons-nous ? Par quels détours serons-nous happés ? Ne tournons-nous pas en rond sur une route rectiligne ?


Caractéristiques de son écriture

Si les préoccupations de Marc Rochette portent souvent sur des aspects banals du quotidien de l'homme et de sa fiancée, comme dirait l'autre, son écriture précise l'amène à tracer des portraits parfois troublants du quidam que nous sommes tous d'une certaine manière. Le rythme particulier de ses lignes, passant tout doucement de la saccade des phrases nominales à l'ample plaisir de la phrase complexe à l'étrangeté de l'accumulation adjectivale, donne, dans le recueil Cette allée inconnue, la mesure des recueils façon XIXe. Ceux-ci, dans lesquels on rassemblait divers textes sans réel souci de correspondance des thèmes, proposaient une large palette de récits; le recueil de Marc Rochette offre quant à lui une forte cohésion thématique, mais les thèmes y sont mis en valeur par une diversité de styles qui viennent, en quelque sorte, les renouveler.




Extraits :

Je n'ai donc pas compris, admis que tu cesses d'écrire. À mes questions sur ce sujet, tu répondais évasivement. J'ai parfois pensé que tu n'étais pas prête à un tel exercice, périlleux. La fiction est troublante : reprendre les mêmes phrases encore et encore, être aux prises avec les mots, rien de plus que les mots. La fiction est dangereuse : on y laisse un morceau de soi, une part qu'on ne voulait pas perdre.
Tu possédais la discipline et la patience, le souci du détail et le sens de l'observation nécessaires. Pourquoi t'être arrêtée en si bon chemin ? Pourquoi m'avoir laissé en plan ? Auras-tu redouté l'écriture dans ce qu'elle te révélait de toi-même ? Des faiblesses, une certaine fragilité, les limites de l'imaginaire, tel est parfois le prix à payer quand on s'y aventure. Aujourd'hui, quelle importance ?

Lettre à une ancienne complice, p. 12-13




Cependant, tu vois les jours à venir se dérouler devant toi.
Ils seront tristes et longs, la lumière qu'ils projetteront se trouvera toujours être une variation sur le thème du gris, tes matins et tes soirées se perdront en réflexions sur elle, sur les taches qu'elle t'aura laissées comme derniers souvenirs - du moins ceux qui finiront par s'imposer -, le moindre geste te semblera un fardeau que la vie multipliera désormais. Malgré les récriminations, les idées de vengeance, tu tenteras de ne plus penser à elle, de te perdre dans le vin, la lecture ou n'importe quelle autre substance licite afin de ne pas être capable de réfléchir à autre chose qu'au fait que tu devrais l'oublier, t'installer dans une vie où elle ne se trouve pas, celle d'avant par exemple, quand tu croyais encore qu'il y avait une multitude de femmes sur terre, une vie où tu étais capable de croire en toi, en ta capacité d'aller à la découverte de nouveaux visages, d'individus susceptibles de se raconter, une période de ton existence pendant laquelle tu te voyais vivre les dimanches pluvieux avec autant de sérénité que les matins ensoleillés, des moments au cours desquels la confiance semblait possible, probable, donc réalisable. Une époque où tu supposais que la beauté des gens ne demande qu'à être suscitée.

Les jours à venir, p. 78-79




Vous seriez là, dans les rues d'une ville, n'importe laquelle, à déambuler entre les immeubles et les gens, à regarder. Les édifices, tous reliés entre eux, ne différeraient guère dans leur apparence. Celui-ci aurait des arches, cet autre des colonnes. Leurs dimensions se ressembleraient aussi. Parfois une hauteur, une profondeur particulières. De même pour la couleur : quelques variations dans les teintes. Et cette vision se reproduirait jusqu'à la limite de vos sens. De ce point de vue, le tout aurait l'air harmonieux. Dans ces immeubles, dans les rues, les êtres aussi paraîtraient semblables. Non pas que chacun d'eux soit identique, mais vous ne pourriez les distinguer qu'au moment où, tout près, vous les croiseriez fugitivement. Que l'individu soit particulier, nul n'en doute ! Ses singularités, toutefois, ne peuvent guère être plus nombreuses, plus visibles que celles des autres. Vous voilà donc dans une ville qui semble partout la même, parmi des êtres qui circulent en silence ou encore, assis aux terrasses des cafés, conversent sur des rythmes de litanies, sans début ni fin.

L'ombre de Gershwin, p. 59-60


Critiques :

« À prendre, si vous êtes sensible à certaine façon originale de regarder le monde ou ses apparences. » Réginald Martel, La Presse, 9 janvier 2000

« Hardi, Marc Rochette jongle avec les formes comme avec les temps de verbes, privilégiant tantôt le futur, tantôt le conditionnel, écrivant telle nouvelle au vous, telle autre au tu, ce qui n'est pas banal (et nous interpelle étonnamment), composant un livre d'une belle richesse narrative.» Tristan Malavoy-Racine, Voir, 27 janvier 2000

« Un bel exemple de brièveté, de concision, de clarté, de précision... » Robert Lévesque, Un dimanche à la radio, 16 janvier 2000

« L'ouvrage de Marc Rochette a quelque chose de très poétique [...] Les image sont fortes, le style est saccadé, la narration est éclatée. Mais la force demeure dans les sujets que choisit d'exploiter ce jeune auteur. » Martin Francœur, Le Nouvelliste, 5 février 2000

« On appréciera, parmi les nombreux récits de dérives amoureuses, les pages où l'auteur nous entraîne dans des zones plus sombres, voire noires, comme c'est le cas avec Son impression, une nouvelle dont les quelques lignes suffisent à nous bouleverser. » Tristan Malavoy-Racine, Voir, 27 janvier 2000

« Un écrivain prometteur. » Robert Lévesque, Un dimanche à la radio, 16 janvier 2000

« De talent, M. Rochette ne manque pas. » Réginald Martel, La Presse, 9 janvier 2000


 
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Oeuvres de Marc Rochette