Noces dans les sentiers

Poésie,
Éditions Humanitas, 1999, 111 p.
Illustration: Cécile Gingras


Description:


Noces dans les sentiers ­ des promenades paisibles et émouvantes sur les traces de la poésie, de l'amour et du pays qui «enfin rodait autour...»


Dans les bouches closes de ton coeur, j'entrerai nu, car tu as les mains pleines des fleuves où je m'abreuve.


J'étais là avec toi,
la tête pleine de racines et les pieds
impatients, car le pays enfin rôdait autour!


Quatrième de couveture



Extraits:

Les miens...

Les miens disent leur silence, écoutent leur
mémoire longue, plus longue que leurs terres.


Les miens habitent et durent, les sols sont
têtus et leurs ombres à jamais enracinées.


Le pays n'est pas venu, il attend au bout du
sentier et s'allonge dans les rêves de mes
proches, des miens.

( p.37 )


L'espérance...

L'espérance... c'était bien elle, toute seule et
pieds nus. Elle fit trois pas dans mes avenues
frimales, puis me regarda dans les yeux, sans
dire un mot.


Depuis, elle est là dans mes boues, mes
enlissements, mes tornades. Lorsque je perds
pied et me noie dan le jardin des icebergs,
elle fontaine avec moi et me prend dans ses
bras.

Si elle venait à mourir, avec elle je
basculerais.

( p.38 )


Des sentiers neufs...

Des sentiers neufs se retrouvent vers nous et
le vieux pays tressaille dans sa tunique jaunie.


Nous n'étions que rêves dissimulés dans des
herbes hautes et n'osions regarder plus loin
que nos fardeaux.


Mais au crépuscule des jardins de montagnes,
là-bas, nous avons découvert une porte
ouverte sur l'horizon.


A pas feutrés et armés de nos timidités
centenaires, nous avons réveillé nos courages
et c'est alors que des sentiers se sont retournés
vers nous.

( p.39 )


Une fatigue rouge...

Pour être un géant, il suffit de se sentir debout.
(Sol)

Une fatigue rouge, toujours la même, a
déferlé des vallons du pays.


Goutte à goutte, discours, fourberies,
froidures ont appesanti nos espérances,
courbé nos têtes inattendues; ils nous ont
voulu meurtris prosternés.


Mais nos courages, nos solidarités ont fondu
leurs verglas, mille fois s'il le faut, nous
revèlerons nos têtes mutilées et toujours
l'univers nous verra debout.


Nous sommes plus forts que nos blessures.

( p.53 )


Je n'étais que l'ombre...

Je n'étais que l'ombre d'une désespérance, car
le pays tardait à poindre au-delà des vouloirs.

Nous sommes nombreux à mourir d'attendre
et le temps des vendanges s'est encore
suicidé, les mains remplies de promesses.

Je ne suis plus que l'ombre d'une espérance,
mes songeries perceront des sols hostiles et
éclateront le lendemain sur les coteaux là-bas.


Nous serons nombreux debout devant des
horizons neufs, le front tourné vers des terres
promises.

( p.55 )


Ils s'appelaient...

Ils s'appelaient
René, Félix, Gilles, Doris, Simone,
ils s'appelaient
Gérald, Gaston, Fernand, Pauline,
ils s'appelaient
Pierre, Camille, Rosaire, Carmen...


Leurs beaux yeux se sont fermés bien avant la
naissance du pays qu'ils avaient engendré
dans leurs rêves quotidiens.


Ils auraient voulu faire jaillir de notre nuit les
lueurs de l'aurore, mais ils sont partis avant la
fin des noirceurs.


Hier encore, ils allongeaient leurs regards
visionnaires, vastes comme des têtes
d'ombellifères, pendant que des ombres
effleuraient leur visage agonisant.


Ils sont morts sans récolte, mais sans chaînes
et sans regret, l'espérance plein le coeur, pour
ceux qui restent encore et pour ceux qui
viendront.


Ils sont morts debout.

( p.56 )


 
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