LE SEXE DES ÉTOILES

Roman, Éditions Québec/Amérique, 1987, réimpression 1993, 328 pages.
Illustration: Jean-Louis Martin pour l'édition de 1987.
Roman adapté pour le cinéma par la réalisatrice Paule Baillargean, scénarisation de Monique Proulx.

Description :




Au début ils sont trois: une recherchiste qui cherche l'homme nouveau sans trop y croire, un écrivain en panne affligé d'impuissance chronique, et une fillette brillante que l'astronomie passionne. Ils ne se connaissent pas, ils évoluent chancun dans leur petit univers tourmenté en essayant, le plus possible, de rescaper de l'existence des débris de bonheur. Survient dans leur vie Marie-Pierre la transsexuelle. Rien ne sera plus jamais pareil une fois que Marie-Pierre, en catimini, leur aura légué cette interrogation brillante: au-de là des appparentes proxubérances qu'est ce qui fait donc que l'on est un Homme ou une Femme?

Quatrième de couverture






«Le personnage central Marie-Pierre, autrefois Pierre-Henri, est une transsexuelle, opérée et hormonée de façon à vivre enfin dans un corps plus approprié au sexe auquel elle prétend avoir toujours appartenu....Marie-Pierre Deslauriers, avant son opération, était un microbiologiste réputé, mis en nomination pour le Nobel, et ayant reçu un prix le sacrant Cerveau de l'Amérique. Cette distinction exprime bien le parcours de l'ex-Pierre-Henri. Incapable, à cause de cette anomalie corporelle dont il a été affublé à sa naissance, de vivre sereinement dans la société des sens, il se rabat à l'adolescence sur la vie de l'esprit.»

Gilles Perron, Québec Français, automne 1997, numéro 107.



Le film Le Sexe des étoiles était dans la course aux Oscars en 1994 pour représenter le Canada dans la catégorie du meilleur film de langue étrangère. Ce film a également représenté le Canada aux Golden Globe Awards en 1994. De nombreux prix sont rattachés à ce film dont celui du:
Prix du meilleur film canadien, Festival International de Montréal,
Grand Prix et Prix de la critique, Festival du cinéma féminin de Marseille,
Salamandre d'or, Prix du public, Festival de Blois,
Prix du meilleur scénario canadien, Festival International de Montréal,
Prix du meilleur scénario, Festival International de Chicago,
Prix du meilleur scénario, Festival de Winnipeg,
Grand Prix du Public, Festival International de Créteil.

Extrait :

Il était vingt et une heures trente quand Gaby se décida à glisser ses deux clés rondes dans les deux serrures à triple pivot indestructible et inexpugnable qui la garantissaient, elle et ses avoirs, contre la malveillance du monde. Elle fit exprès de crier: «C'est moi!» pour constater à quel point cela ne lui faisait rien que personne ne lui réponde. L'appartement était beau, propre et glacé comme un château désaffecté. Il y flottait une odeur subtile de talc, ou de végétation.

Elle mit de la musique: les odes de Papathanassiou, psalmodiées par la belle voix dramatique d'Irène Papas. Elle marina dans un bain à l'huile d'avocat. Un peu de temps passa. Après, elle regarda bouger les lèvres de Bernard Derome, à la télévision, puis celles de Pierre Nadeau, de Simon Durivage, et d'une quantité d'autres individus dont elle ne connaissait pas le nom mais qui paraissaient unanimement anxieux de lui communiquer quelque chose d'important. Elle éteignit la télévision. L'odeur végétale, maintenant, sinuait autour d'elle. elle alla jusqu'à la cuisine, jeta les restes liquéfiés du gorgonzola à la poubelle, ouvrit toutes grandes les fenêtres. L'odeur vacilla légèrement sous la fraîcheur de l'air, mais revint en force, opiniâtre comme un encens.

Gaby s'enferma dans la salle de bains. Il n'y avait rien à faire contre cette odeur, puisque c'était celle de René et de six années de vie commune, remugles persistants de rage, de folie, et d'amour, fatalement, petit tas d'ossements friables qui n'évoqueraient plus rien dans quelque temps - que la passion humaine est dérisoire... Elle commença à mâchouiller les nombreux somnifères qu'un pharmacien complaisant lui avait procurés. Elle aperçut tout à coup quelque chose, dans le miroir, qui l'immobilisa: il y avait, sur le visage triangulaire de cette fille qui l'observait fixement, une ricanante envie de vivre. Ellle cracha les somnifères dans la toilette, regagna la cuisine, et comme elle avait faim, dévora sur-le-champ trois sacs entiers de croustilles au vinaigre.
pages 20-21

Notice biographique de Monique Proulx
Oeuvres de Monique Proulx
Références sur Monique Proulx