Des Hot Dogs sous le soleil

Roman, Montréal, Éd. Québec/Amérique, 1987.

 

Description :

Des hot dogs sous le soleil est l’histoire d’un été. C’est aussi le retour de François Gougeon, dit «le dernier des raisins». L’été, plein de gens mangent des hots dogs. Ça ne coûte pas cher et c’est tellement simple à préparer. L’été, il y a des étudiants qui préparent des milliers de hot dogs. François Gougeon est de ceux-là. Par ce premier emploi, il apprendra comment se frotter au monde des adultes où le super-bon-Dieu s’appelle l’argent. Cela ne l’empêche pas d’être encore en amour, de raconter les choses avec humour, et de chercher la tendresse sous le soleil.

Quatrième couverture.

 

Extrait :

 

(...) Et voilà que le téléphone a sonné. La course s’est engagée. J’aurais parié que c’était Anik. En décrochant le récepteur, j’ai emprunté ma tonalité la plus grave. Comme les annonceurs de la radio FM, j’ai roucoulé :

Police provinciale ! Section détournements de mineurs !

Ma mère enrageait. À l’autre bout du fil, une voix, qui ne ressemblait absolument pas à la voix d’Anik, a grogné :

Excusez-moi, je me suis trompé de numéro.

Le temps que j’essaie de rétablir les choses, clac ! On avait raccroché. Ma mère a rebondi :

Imbécile ! C’était peut-être un appel important pour ton père.

Elle n’a pas sitôt fini sa phrase que le téléphone a sonné encore. Pour prouver à ma mère que je n’avais pas peur de ses remontrances, j’ai décroché :

Résidence de la famille Gougeon.

La même voix que tout à l’heure, bourrue et enrouée, a résonné dans le récepteur :

Est-ce que je suis au salon mortuaire ?

Non, non, vous êtes chez le notaire Gougeon.

Ah bon !

L’interlocuteur semblait soulagé. Il a poursuivi :

Est-ce que j’peux parler à François Gougeon ?

Là, je l’avoue, j’ai eu l’air raisin.

C’est moi.

C’est toi qui fais des farces au téléphone ?

Euh... oui...

Ben, t’es pas drôle, ti-gars.

Je n’ai rien répondu. De toute façon, je n’aurais pas eu le temps de m’excuser ou de faire une autre blague, le bonhomme ne m’en a pas laissé le chance.

Je suis Gilbert Grimard, du Fou du hot dog.

Le Fou du hot dog, je le connaissais bien. C’est là que Luc Robert, en travaillant comme un forçat, s’était gagné sa moto, l’été précédent. Et justement :

-Luc Robert m’a donné ton numéro de téléphone. Paraît que t’as pas d’emploi pour l’été. Est-ce que c’est toujours le cas ?

Euh... oui...

Le Fou du hot dog qui venait me relancer. Était-ce possible ? Le bonhomme Grimard n’avait pas l’intention de prendre quatre chemins.

J’aimerais te voir. J’ai peut-être quelque chose pour toi.

J’peux passer n’importe quand.

Viens donc tout de suite. Ça serait aussi bien ! (...)

pp. 15-17

 

(...) Grimard a levé le nez de son journal.

Tiens ! C’est ta blonde !

J’ai des lunettes, c’est pas pour rien, aurais-je pu lui répondre si j’avais eu les couilles à la bonne place. Mais je me suis fermé la gueule bien dur.

En fait, c’est une façon de parler. J’ai plutôt ouvert la gueule en un sourire qui demandait pardon. Mes ondes positives n’ont cependant pas dû être assez fortes. Anik m’a regardé en pleine face. Elle ne souriait pas, elle.

M.Grimard n’a rien remarqué. Il n’est pas assez subtil pour distinguer les étincelles qui éclatent quand les êtres se regardent. Si le phénomène était décrit dans son journal, il le croirait. Mais tant qu’un événement n’est pas rapporté dans le journal ou à la télévision, il n’existe pas. Voilà, c’est là que se situent la majeure partie des opinions de mon patron. Comme ça, la vie n’est pas compliquée et on ne s’en fait pas trop avec le temps qui déboule, la valeur nutritive des hot dogs et la santé des maringouins. Alors M. Grimard a dit :

Prends un break d’une dizaine de minutes, ti-gars. Va t’asseoir avec ta blonde. J’lui paye le Coke.

Il a ajouté en riant :

Pis toi, au salaire que j’te paye, tu payeras le tien.

J’ai décapsulé un Seven Up pour Anik et je n’ai rien pris. Je n’avais pas soif.

Anik n’est pas du genre à niaiser dans les préambules.

Qu’est-ce qui t’est passé par la tête, ce matin ?

Moi, je n’ai pas eu le courage de mentir ou de jouer l’hypocrite.

Je vous avais vus.

Qui est-ce que tu as vus ?

Vous deux. Vous jouiez au tennis.

Anik a lentement avalé une longue gorgée de Seven Up. Je m’attendais à une mauvaise nouvelle et j’ai cru qu’elle prenait ainsi son temps pour me ménager.

J’ai décidé de me remettre à l’entraînement.

Tu m’avais dit que les tournois t’intéressaient plus, lui ai-je répondu.

Je savais très bien que c’était là une réplique pour tourner autour du pot, une manière d’éviter le vrai problème.

J’ai pas envie de courir les tournois, François. Je voudrais seulement participer à celui qui va se dérouler au Mont Bon-Pasteur à la fin août. Les meilleures joueuses du Québec vont venir, j’ai le droit de voir c’que j’peux faire contre elles.

Je hochais la tête. Elle a poursuivi.

Mais c’est pas ça, le vrai problème. Le malheur, c’est que tu es jaloux.

Moi, jaloux ?

Bien sûr que j’étais jaloux. Jaloux comme ça ne se dit pas. Jaloux comme j’avais honte de l’être. Alors je me suis débattu courageusement.

Je suis pas jaloux pour cinq cents. Mais si tu veux reprendre tes amours avec Patrick, t’as juste à me le dire.

Tu sautes tout de suite aux grandes conclusions, hein, François. (...)

pp. 95-97

 

Notice biographique de Raymond Plante
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