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(...) Et voilà que le téléphone a sonné. La course sest engagée. Jaurais parié que cétait Anik. En décrochant le récepteur, jai emprunté ma tonalité la plus grave. Comme les annonceurs de la radio FM, jai roucoulé :
Police provinciale ! Section détournements de mineurs !
Ma mère enrageait. À lautre bout du fil, une voix, qui ne ressemblait absolument pas à la voix dAnik, a grogné :
Excusez-moi, je me suis trompé de numéro.
Le temps que jessaie de rétablir les choses, clac ! On avait raccroché. Ma mère a rebondi :
Imbécile ! Cétait peut-être un appel important pour ton père.
Elle na pas sitôt fini sa phrase que le téléphone a sonné encore. Pour prouver à ma mère que je navais pas peur de ses remontrances, jai décroché :
Résidence de la famille Gougeon.
La même voix que tout à lheure, bourrue et enrouée, a résonné dans le récepteur :
Est-ce que je suis au salon mortuaire ?
Non, non, vous êtes chez le notaire Gougeon.
Ah bon !
Linterlocuteur semblait soulagé. Il a poursuivi :
Est-ce que jpeux parler à François Gougeon ?
Là, je lavoue, jai eu lair raisin.
Cest moi.
Cest toi qui fais des farces au téléphone ?
Euh... oui...
Ben, tes pas drôle, ti-gars.
Je nai rien répondu. De toute façon, je naurais pas eu le temps de mexcuser ou de faire une autre blague, le bonhomme ne men a pas laissé le chance.
Je suis Gilbert Grimard, du Fou du hot dog.
Le Fou du hot dog, je le connaissais bien. Cest là que Luc Robert, en travaillant comme un forçat, sétait gagné sa moto, lété précédent. Et justement :
-Luc Robert ma donné ton numéro de téléphone. Paraît que tas pas demploi pour lété. Est-ce que cest toujours le cas ?
Euh... oui...
Le Fou du hot dog qui venait me relancer. Était-ce possible ? Le bonhomme Grimard navait pas lintention de prendre quatre chemins.
Jaimerais te voir. Jai peut-être quelque chose pour toi.
Jpeux passer nimporte quand.
Viens donc tout de suite. Ça serait aussi bien ! (...)
pp. 15-17
(...) Grimard a levé le nez de son journal.
Tiens ! Cest ta blonde !
Jai des lunettes, cest pas pour rien, aurais-je pu lui répondre si javais eu les couilles à la bonne place. Mais je me suis fermé la gueule bien dur.
En fait, cest une façon de parler. Jai plutôt ouvert la gueule en un sourire qui demandait pardon. Mes ondes positives nont cependant pas dû être assez fortes. Anik ma regardé en pleine face. Elle ne souriait pas, elle.
M.Grimard na rien remarqué. Il nest pas assez subtil pour distinguer les étincelles qui éclatent quand les êtres se regardent. Si le phénomène était décrit dans son journal, il le croirait. Mais tant quun événement nest pas rapporté dans le journal ou à la télévision, il nexiste pas. Voilà, cest là que se situent la majeure partie des opinions de mon patron. Comme ça, la vie nest pas compliquée et on ne sen fait pas trop avec le temps qui déboule, la valeur nutritive des hot dogs et la santé des maringouins. Alors M. Grimard a dit :
Prends un break dune dizaine de minutes, ti-gars. Va tasseoir avec ta blonde. Jlui paye le Coke.
Il a ajouté en riant :
Pis toi, au salaire que jte paye, tu payeras le tien.
Jai décapsulé un Seven Up pour Anik et je nai rien pris. Je navais pas soif.
Anik nest pas du genre à niaiser dans les préambules.
Quest-ce qui test passé par la tête, ce matin ?
Moi, je nai pas eu le courage de mentir ou de jouer lhypocrite.
Je vous avais vus.
Qui est-ce que tu as vus ?
Vous deux. Vous jouiez au tennis.
Anik a lentement avalé une longue gorgée de Seven Up. Je mattendais à une mauvaise nouvelle et jai cru quelle prenait ainsi son temps pour me ménager.
Jai décidé de me remettre à lentraînement.
Tu mavais dit que les tournois tintéressaient plus, lui ai-je répondu.
Je savais très bien que cétait là une réplique pour tourner autour du pot, une manière déviter le vrai problème.
Jai pas envie de courir les tournois, François. Je voudrais seulement participer à celui qui va se dérouler au Mont Bon-Pasteur à la fin août. Les meilleures joueuses du Québec vont venir, jai le droit de voir cque jpeux faire contre elles.
Je hochais la tête. Elle a poursuivi.
Mais cest pas ça, le vrai problème. Le malheur, cest que tu es jaloux.
Moi, jaloux ?
Bien sûr que jétais jaloux. Jaloux comme ça ne se dit pas. Jaloux comme javais honte de lêtre. Alors je me suis débattu courageusement.
Je suis pas jaloux pour cinq cents. Mais si tu veux reprendre tes amours avec Patrick, tas juste à me le dire.
Tu sautes tout de suite aux grandes conclusions, hein, François. (...)
pp. 95-97
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Notice biographique de Raymond Plante
Oeuvres de Raymond Plante
Références sur Raymond Plante