L'ÉTOILE A PLEURÉ ROUGE

Roman
Collection Boréal Inter #28
Éditions du Boréal, Montréal 1994
Prix 12-17 Brive/Montréal 1994 et Prix du livre M.Christie -12 ans et plus- 1995

Description:

ETOILE.jpg (64892 octets)Illustration de la couverture:Monique Chaussé

En un éclair, Guts est debout sur le banc les bras en croix, aussi immobile qu'un épouvantail. Il a entendu un froissement. À peine un effleurement. Guts a l'instinct du chasseur. Ce bruit n'a rien à voir avec le papier de Juicy Fruit que Lori vient d'écraser entre ses doigts, il ne ressemble pas non plus au petit claquement des souliers de Lori dans les mains de Big, il se trouve bien au-delà de la bouteille de bière vide que Man fait rouler sur l'herbe. Ce n'est même pas le coeur de Yann ou le tremblement de ses mains. Quelqu'un vient. Quelqu'un court sur le sentier qui mène à leur banc. L'épouvantail en est certain maintenant . Sous la lune, il fait jaillir son petit couteau.

Ce roman est noir et s'inspire de la violence qui sévit dans notre société. Il s'agit d'une nouvelle histoire d'Esther Martin, l'héroïne de la fille en cuir. Un récit sous le signe de la tolérance, parce qu'il faudra bien, un jour, cesser de faire pleurer les étoiles.

Quatrième de couverture


Extrait 1:

    «Esther a repris sa course.
    Privée de musique, elle se sent hors de son élément naturel. Elle perçoit tout ce qu'elle n'a pas l'habitude d'entendre dans le cocon de ses écouteurs, ses pieds qui ne martèlent jamais le sol ainsi, mais lui procurent l'illusion de l'effleurrer, les voitures du boulevard Gouin et, encore plus loin, du boulevard Henri-Bourassa, la rivière des Prairies, sale et silencieuse au niveau du parc et... et ce cri!

    Elle a bien vu. L'homme, qui courait de plus en plus lourdement quelque deux cents mètres devant elle, s'est arrêté. Il s'est dirigé vers... Elle a tout juste discerné ce qui devait être le corps d'une femme,

    Ensuite est apparu ce mastodonte au crâne rasé. Vif comme un chat, il a surgi du buisson et a assené un coup de bâton de base-ball sur la cheville de l'homme. Pendant que la victime s'écroulait, l'autre, presque aussi costaud, l'a roué de coups.

    Enfin les deux plus maigres sortent à leur tour. Ce grand dégingandé, armé d'un bâton lui aussi, qui hésite, qui laisse l'autre le devancer, celui qui, un couteau à la main, amorce une danse sanglante, cruelle.

    Esther n'en peut plus. Elle se trouve maintenant à moins de cent mètres de la scène. Cela n'a rien d'un rêve, ce n'est même pas un cauchemar, c'est bien réel, une réalité qui brûle les yeux. Elle crie...de toutes ses forces, elle hurle.»

pages 31- 31


Extrait 2:

    «Big dort. Il dort n'importe où, n'importe quand. Il n'a qu'à étendre son gros corps et il devient une roche. Big dort à même le plancher de cette maison aux vitres pulvérisées où la bande squatte depuis quelques semaines. Il raconte que cet hiver, il dénichera une maison plus confortable et qu'il achètera une camionnette pour transporter la bande.
    -Les Knights of Midnight vont se payer la traite! répète-t-il.
    Ce soir-là, pourtant, Big ne s'est pas endormi aussi facilement que d'habitude. Lori et Guts l'ont suivi. Depuis au moins trois semaines, Guts n'a pas mis les pieds chez sa mère. Un soir, il a simplement décrété:
    -Si je retourne là, je le tue.
    Il parlait évidemment de son nouveau beau-père. En dix ans, il avait changé de beau-père tous les six mois. Le dernier en lice prenant son rôle beaucoup trop au sérieux. Il disait connaître certains principes d'éducation des adolescents. Guts lui avait braqué son couteau sous le nez et il était parti. «Tu vas faire mourir ta mère!», avait-il entendu. Guts avait haussé les épaules, il ne s'était même pas retourné. De toute façon, sa mère était déjà morte cent fois et elle mourrait encore souvent. Depuis, il passe ses nuits là, le regard fixé sur le mur qu'il a barbouillé de graffiti aussi barbares que maladroits. Il n'est pas doué pour les graffiti, il maîtrise infiniment mieux le geste précis qui, avec un sifflement, donne l'illusion qu'un couteau peut être téléguidé et se planter en vibrant de tout son acier dans le plâtre qui s'effrite.
    Big a vu aussi Lori se piquer dans le pied. Elle tremble de plus en plus quand elle est en manque.»

pages 44-45


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