Par les fenêtres du coeur

Publié aux Éditions de la Paix, éditeur Jean-Paul Tessier, 1992

Description:

Quatre jeunes femmes: Myriam, Geneviève, Nadia et Marjolaine liées par une complicité désarmante et une amité profonde nous livrent leur quotidien. Chaque jour filtre des émotions empreintes de joie, d'inquiétude ou de remise en question. Myriam réussira-t-elle à entraîner Nadia dans son jardin secret? Pourquoi l'amour qu'éprouve Marjolaine sera-t-il menacé? Jusqu'où iront les bontés de Geneviève?

Extrait:

Nous sommes à la fin de février, le temps file. Les médecins sont formels, Francis ne verra probablement pas le printemps.

- Merci de m'aviser. Je vais le rejoindre et je te promets d'aller le visiter demain ou après-demain.

- Ne tarde pas, je t'en prie.

Et pour une vague raison non précisée, Nadia ne tient pas sa promesse.

Francis demande souvent des choses insolites à sa mère. Par exemple, à sa requête, elle sort tous les albums de photos et refait sa vie avec lui. Monologue.

- Quelques semaines avant ta naissance, une grande fête a eu lieu pour ton père et moi. Beaucoup d'amis y étaient, tes tantes aussi. Mon gros ventre était lourd, mais si tu savais combien j'ai aimé ce gros ventre! Je le flattais, le caressais. En arrivant de son travail, ton père s'agenouillait près de moi. Il palpait ta présence avec sa grosse main, tendait l'oreille sur ma peau, écoutait battre ton coeur et te débattre dans ta "piscine" comme il disait. Ça m'amusait de le voir aussi heureux. Il se contentait de me regarder et son sourire venait placer sur le bord de ses lèvres un timide merci. C'est comme lorsqu'on regarde un cocon, on sait qu'un miracle est en train de se produire à l'intérieur. Le miracle d'un papillon tellement coloré et plein de liberté... mais l'insecte, lui, ne dira jamais merci.

Francis arrête sa mère dans son délectable récit et lui demande tout simplement:

- Veux-tu que je touche à ton ventre, à mon tour, maintenant que le miracle est réalisé et que ce même miracle va bientôt m'immoler?

Ne pouvant rien refuser à son fils, madame Lapierre détache sa robe et la laisse glisser par terre. Francis palpe, caresse la peau de ce vieux nid si douillet. Il arrête brusquement ses mouvements. Il s'assoit dans son lit et, quelques secondes plus tard, place ses deux mains vides ouvertes, offertes à quelques centimètres de la poitrine de sa mère.

- Tu veux aussi?

Avec l'index, il trace un anneau autour du ventre maternel en sens inverse des aiguilles d'une montre.

C'est pour masquer le futur que je connaîtrai pas, et mon passé que je suis en train de rappeler à mon souvenir. Mon présent est trop vide maintenant.

Ton présent, Francis, c'est toi et moi ensemble, dit-elle en se penchant vers lui. Imagine que tu sois en pleine santé, nous ne connaîtrions pas ces moments de tendresse et de douceur. Tu serais pris par ton travail, et moi par mes activités, et nous serions peut-être si loin!... Dans la vie, il n'y a pas de punitions ni de récompenses, il n'y a que des conséquences.

- Maman, je t'aime. Cajole-moi comme lorsque j'étais petit. Embrasse-moi en me répétant tes mots si doux. Serre-moi. Enveloppe-moi. J'ai besoin de ta chaleur. Mon corps a si froid sur le lit de la mort. Je ne veux t'entendre dire que les mots de mon enfance ceux qui me faisaient sourire et qui me donnaient du courage. Tu sais, maman, je suis comme le soleil Iorsqu’il s'éteint. Graduellement, je m'en vais vers mon ouest, vers l'abandon. Sauf que l'espoir de l'est n'est plus moi.

Francis fait une courte pause, respire profondément et reprend :

- Maman, berce-moi dans tes bras. Parle-moi tout doucement.

 

Critiques:

Le roman n'est pas avare de situation problématique: un patron qui glisse la main dans le corsage d'une employée, une amie qui esquisse une caresse à sa copine...Certains passages pourraient même porter à controverse. Nadia qui fait l'amour avec son conjoint, sans protection, sachant qu'il est atteint du sida. Non seulement, elle "s'oublie" pour l'homme qu'elle aime, mais en bout du compte, elle se fait avorter. Elle ne se sentait pas capable d'avoir un enfant sans père.« L'enfant aurait eu une mère sans coeur», a répondu Francis, son conjoint.
 

Chantal Vallée, Le Plus 11 octobre 1992

Elle a été félicitée par le maire de Granby, Mario Girard, et son éditeur, Jean-Paul Tessier, des Éditions de la Paix.Une foule nombreuse était présente à l'hôtel de ville, mercredi, pour encourager l'auteur, qui n'a mis qu'un an pour finaliser l'histoire d'une grande amitié entre quatre femmes, vécus au quotidien, dans l'humour et la simplicité.

Isabelle Simard, La Nouvelle revue, 10 Octobre 1992


 

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Oeuvres Monique Plante