EXTRAITS D'OEUVRES D'ALPHONSE PICHÉ

Voie d’eau

dans Poèmes, Éditions du Bien Public, 1966

REMOUS

Fuis cette onde placide
Où s’ébat trop de ciel ;
Je saurai de mon ventre fluide
T’arracher au soleil.

Je saurai,
Tes jambes à mes jambes soeurs
Et ton coeur enserré de mes bras,
Épuiser l’ultime paysage
Du dernier souvenir.

Ta nuit seule en ma nuit ;
Ton âme flétrie à mon agonie ;
Ta musique ardente morte à mon long silence :
Je glisserai sur toi mes lentes caresses d’algues...
Et dans les conques nouvelles de ta bouche et tes yeux
J’éterniserai
La mortelle douceur de mon baiser
Et de mes larmes.

Dernier profil

Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1982, p. 10

SAISONS

Furent
la boue
les vases initiales

Nuit de germe rompu
ô terre matricielle
dans le pas éternel des verdures grand largue
vulvaire printemps
d’inextricable effort

Furent
des bruits de soleil
et de large lumière
le chaste été aux mille midis
comme un enfant blotti en son mystère
repu d’oiseau et d’herbe
et de sable aux lèvres d’eau
s’endort
d’or

Furent
rétrécies la courbure du jour
et la tombée des heures
l’humilité des lampes
la horde des labours
fenêtre d’éternité
aux lueurs anéanties d’automne

Furent
les hâves rapaces
descendus du froid aux angles grêles
leurs griffes dans le suaire déchiré des neiges
repérées les aires de la mort
dénudé le lieu chaud des viscères
ô vieillesse rendue d’hiver

Sursis

Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1987, p. 33

SURSIS

D’ombre
femme
bête d’odeurs
d’organes
de beauté de larmes
roule mon angoisse
dans tes velours tes soies
Que l’alcool de ta salive
ta langue
tes dents pures
me soûlent de vie
Que le poulpe de tes gestes
enlace mon être
sombré
dans les fanges abyssales
de la vieillesse
du néant fraternel

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