Les Confidences d'une femme froide

(de Claudette Picard)
Publié aux Editions Sherbrooke, Sherbrooke,1980
(...) Ce livre nous place au coeur du dilemme de la femme de trente ans. Après avoir donné à son mari et à ses enfants toute la chaleur de son amour, elle se retrouve comme un beau feu de foyer au lendemain d'une veillée: avec des braises encore vives recouvertes de la même pellicule grisâtre qui s'attache aux objets naguère incandescents, une fois éteinte leur source de chaleur. (...)

Agnès Bastin, Préface de " Les Confidences..." p.5

(...) L'auteur qui se livre dans chacune des pages de ce roman, cette femme angoissée, comme la plupart des femmes qui ont franchi le cap de la trentaine, après avoir subi l'aliénation "mâle", n'a pas écrit ses confidences uniquement pour échapper à l'angoisse ou pour l'annuler. Oser s'aventurer sur le terrain des interdits, ne serait-ce qu'une fois, me semble déjà un pas vers la rupture, la transgression (...)

Jean Civil, "Note critique" dans Les Confidences.....p.160

Extrait:
"Fillette et adolescente, je n’aimais pas particulièrement jouer à la poupée; les excursions dans les bois avaient ma prédilection; cheveux ébouriffés, je courais les champs toute la journée. Je fus une drôle de jeune fille, sauvage dès qu’un garçon l’approchait, rebelle. Plus préoccupée de dessins et de chansons, je faisais la grimace à ces prétendants que je jugeais insignifiants. Était-ce de la prétention ? Je l’ignore. Peu de garçons arrivaient à m’épater. Je ne pouvais m’empêcher de me sentir supérieure et plus intelligente qu’eux. Cette attitude n’avait rien pour retenir les aspirants à mes faveurs. On me catalogua de femme froide évidemment.

J’ai appris par la suite qu’on ne doit jamais blesser la vanité masculine. La flatterie est encore la meilleure arme pour nous assurer les suffrages du mâle.

Quand je rencontrai Paul, j’étais particulièrement désarmée, vaincue. Moi aussi j’allais rentrer dans le rang, me marier, puisqu’une femme sans homme n’est qu’une moitié. Je trouvai Paul différent des autres garçons, plus cultivé, sensible et attentionné: il connaissait l’art des mots. Il savait s’exprimer avec volubilité, ce qui suppléa pour un temps à sa maladresse vis-à-vis de tout ce qui touchait aux questions manuelles." pp.68-69

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