Traduit en anglais par Sheryl Heather Stewart Deimert, dans le cadre de son mémoire de maîtrise à l'Université de Sherbrooke.
"Mon but n'est pas de prétendre faire de la politique. C'est aux Amérindiens qu'il appartient de décider comment ils voient leur avenir. J'ai simplement voulu apporter mon témoignage de femme blanche qui a baigné dans une situation devant laquelle elle ne pouvait rester muette."
Extrait d'une entrevue publiée dans "La Tribune", le vendredi 12 sept. 1986, dans la rubrique "Arts et divertissements" par Pierrette Roy
"Ils étaient tous de passage dans cette réserve indienne d’Akâmik, ces Blancs venus de partout. Louis travaillait à un projet de recherche afin d’aider les Indiens à conserver et à aménager leur territoire. Il se déplaçait d’une réserve à l’autre jetant des ponts, ici et là, laissant le soin aux autochtones de continuer et de mettre vraiment les plans à exécution. Rares étaient les Blancs qui avaient agi ainsi jusque-là. Trop souvent, leur intervention bien intentionnée avait été destructrice pour l’homme de couleur. Dans ce monde moderne, les Indiens voulaient préserver leurs traditions, leur héritage culturel; ils aspiraient à l’auto-détermination politique et économique. Ils voulaient prendre les décisions les concernant. Tout cela, Louis le savait et le comprenait; il avait éveillé chez Jeanne ce sens de la justice envers l’Amérindien; elle avait été sensible à tant d’inégalités sociales mais elle n’était pas certaine d’avoir raison quand, dans la bouche des Blancs en place depuis une dizaine d’années, elle entendait ces paroles consolantes:
-Il n’y a pas de misère à Akâmik. La plupart des Indiens se font un revenu de 10 000$ avec le bien être, l’assurance-chômage et les fourrures.
La société de ces gens si respectables, si religieux se défendait bien cependant d’inviter les Indiens à leur table: les cafés après la messe se prenaient strictement entre Blancs. L’endroit était idéal pour les commérage de toutes sortes.
Des enquêtes prouvaient cependant que la majorité des Indiens étaient en chômage à Akâmik pendant l’hiver. L’ennui dont ils souffraient ne saurait être comblé par des subventions gouvernementales. Leur rendra-t-on jamais leur fierté, leur territoire, eux qu’on avait repliés et forcés à s’isoler au Nord ?
Jeanne se préoccupait intérieurement de cet état de choses mais il valait mieux se taire à Akâmik car la moindre parole pouvait être mal interprétée, ou bien faire boule de neige dans ce pays où les sangs s’échauffaient vite: Blancs et Indiens, c’était un mélange à éviter, de la véritable dynamite. "pp.14-15
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