Vas-y, princesse

Roman,
Les Éditions Pierre Tisseyre, 2000
Illustrations : Béatrice Leclercq
Pour les 8 à 12 ans

Description :






Jolie et très choyée, la princesse Magali de Pasturie a tout pour être heureuse. Mais alors, pourquoi l'a-t-on surnommée Petitemine? Plusieurs aventures lui donneront l'occasion de combattre ses peurs et de retrouver le sourire. Comme toute chose, la confiance en soi s'apprend.
Sa tante Clotilde, par son originalité et sa joie contagieuse, lui enseignera aussi que la vie peut être pleine de saveur, pétard de tarte aux choux!

Quatrième de couverture



Extrait :

Chapitre 1

Un berceau de soie
bordée d'hermine

Le roi Thoula et la reine Onilde se désolent. Mariés depuis quinze ans, ils n'ont toujours pas d'enfants. Les souverains se lamentent du matin au soir et du soir au matin, tant ils sont tristes de ne pouvoir donner un héritier ou une héritière au trône de Pasturie. La reine, qui adore son mari, s'efforce parfois de le consoler:
- L'important, c'est que nous nous aimions. Nous pourrions adopter l'un des douze fils de ton frère et nous l'élèverions comme notre propre enfant!
Dès que le roi entend parler de ses douze neveux, il gémit de plus belle:
- Douze fils! Douze fils, et moi, je n'en ai aucun!
Un jour, les domestiques de la reine aperçoivent un inconnu qui se dirige vers les appartements privés de Sa Majesté. Sa grande cape, son chapeau noir, sa mallette et son air mystérieux intriguent les soubrettes et les valets de chambre.
- Qui est cet homme? se répètent les habitués du palais.
Ils mettraient sans doute du temps à connaître la réponse si Fofo, la dame de compagnie de la reine, savait garder un secret. Or, elle a beau jurer sur la tête de tous les saints que jamais, non jamais, elle ne répétera les propos qui lui sont confiés, qu'elle sera plus muette qu'une carpe, elle ne parvient pas à résister à son envie de parler. Et cette fois, la nouvelle lui démange trop la langue. Elle dévoile à Chatou, l'une des cuisinières, le but de la visite de l'homme à la cape:
- Le roi a fait venir un médecin d'un pays lointain. Il lui a promis une grosse récompense si la reine parvient à avoir un bébé grâce à son intervention.
Pendant six mois, le mystérieux visiteur revient jour après jour. Il parcourt les longs couloirs du palais sans prononcer un mot ni même jeter un regard à ceux qui le croisent.
Un soir, Fofo confie à Chatou:
- Il a réussi! La reine attend un bébé pour le mois de mai! Surtout, ne le répétez pas!
Bien sûr, Chatou jure par tous les saints qu'elle n'en soufflera mot à personne, qu'elle sera aussi silencieuse qu'une tombe. D'allleurs, c'est comme si on lui avait coupé la langue...
Très vite, on se chuchote le secret de bouche à oreille, tout d'abord dans les couloirs du château, puis en ville et enfin dans le pays tout entier.
Et comme il existe des gens qui déforment tout ce qu'ils entendent, pendant quelques mois, les propos les plus farfelus circulent dans Pasturie. «La reine attend son pépé! » répètent certains. D'autres, pas avares pour un sou, proclament que la reine attend des triplés. Ma foi, pendant qu'on y est! Quelques entêtés affirment, mordicus, que la reine partira pour Bombay.
Le château se transforme en salle d'attente. Des sujets, accourus de partout, ayant appris l'une ou l'autre nouvelle, souhaitent présenter un hommage à leur reine bien-aimée. Certains lui offrent des landaus à trois places, d'autres des cannes à pommeau d'argent ciselé. Sa Majesté reçoit également d'innombrables chapeaux de paille pour la protéger du soleil implacable de l'Inde.
Afin de mettre un terme à toutes les rumeurs, le roi fait un discours solennel au balcon du château. Il remercie son peuple et l'assure que la reine attend bien un enfant, et un seul, pour le mois de mai.

Onilde se réjouit de pouvoir enfin réaliser son rêve, mais elle se tourmente et interroge sans cesse son entourage: «Est-ce que je devrais me reposer davantage? Est-ce que l'enfant sera en bonne santé? Ne suis-je pas trop vieille?»

C'est dans ces circonstances que vient au monde la princesse Magali. Les souverains adorent leur fille. Tout roi et toute reine qu'ils sont, ils trouvent qu'ils ont là le plus beau présent de la terre, le plus somptueux des trésors.
Onilde se dit qu'un bien aussi précieux se protège. Aussi, douze nourrices expérimentées se relayent pour surveiller le bébé. La petite pleure? Aussitôt une nounou la prend dans ses bras. Elle toussote? Vite, on lui tapote le dos. Elle s'agite durant son sommeil? On arrange son oreiller, ses couvertures. Une mouche volette à vingt mètres de son berceau? Hop! on la chasse.

Toutes ces précautions n'apaisent pas la reine qui s'interroge: «Ma fille n'est-elle pas un peu fragile? Manget-elle assez? L'air est-il assez pur? Le lit assez doux? Les tapis assez moelleux?»
Magali grandit ainsi, suivie en permanence, presque portée par ses douze nounous qui la relèvent avant même qu'elle n'ait le temps de tomber, qui empêchent les indésirables d'approcher et qui accepteraient avec plaisir d'attraper le rhume et la coqueluche à sa place.
On s'aperçoit vite que la petite princesse ne sourit jamais. En toutes circonstances, elle affiche un air triste et renfrogné. Son entourage s'apitoie: «Cette enfant s'ennuie, il lui faut de la compagnie, des divertissements!»
Les fillettes les mieux éduquées du royaume viennent partager les jeux de Magali. Des clowns, des magiciens, des chiens savants présentent des spectacles. Rien ne parvient à faire éclore un sourire sur le visage de la princesse.
Sur ses minces épaules repose tout le poids de l'inquiétude de sa maman. Que c'est lourd! Comment être insouciante quand chaque geste déclenche de si vives réactions dans son entourage?
La princesse a quatre ans quand on la surnomme Petitemine.

Pages 9 à 16

Notice biographique de Marie Page
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