Petite douceur

Roman, Histoire de l'oeil, Les Éditions Balzac, 1996
Illustrations : Laurent Lavaill.

Description :


«Mon corps était encore frémissant sous l'empreinte des caresses de Joe. Une sorte d'effet à retardement que je provoquais en y pensant. Je ne pensais d'ailleurs qu'à ça, à cet aspect de la réalité auquel je m'ouvrais un peu plus chaque jour et qui m'attirait comme la lumière vive attire les insectes le soir. C'était fort, plus fort que moi, que ma volonté mes peurs ou mes inhibitions. Je savais que je finirais par me brûler. Mais comme je rêvais alors de me jeter dans ce bûcher, de me laisser consumer par cette délicieuse tourmente. Ô feu de la volupté dévore-moi! Que tes flammes m'enveloppent, me lèchent de leurs langues rougeoyantes et tentaculaires, embrasse-moi tout entière !»

Marie Page partage sa vie entre Paris et l'Estrie. Elle a publié plus d'une dizaine de titres et a remporté plusieurs prix. Dans Petite douceur, roman à forte charge érotique, à travers les émois des corps, ce sont les âmes que l'auteure dénude.

Quatrième de couverture



Extrait :

Ma rencontre avec Joe eut lieu en fin d'après-midi dans des circonstances situées aux antipodes de celles que j'avais prévues. Le mois de juillet débutait à peine et nous avait déjà plongés dans un état de torpeur accablant. Pour tuer le temps (quelle expression atroce!), j'effectuais de longues randonnées à bicyclette. À cause de la chaleur, chaque coup de pédale requérait un effort phénoménal et je n'aurais sans doute battu aucun record de vitesse ce jour-là. Joe sortit de chez lui à l'instant précis où je passais dans sa rue. Dès que je l'aperçus, je détournai la tête de la route pour mieux l'observer, pour savoir de quoi avait l'air ce personnage énigmatique qui hantait mes fantasmes. Je n'avais pas prêté attention à la voiture qui avait ralenti devant moi pour virer à droite. Mon coup de frein fut aussi tardif qu'inutile. Après avoir heurté le pare-choc arrière de l'auto, je me suis retrouvée projetée sur le trottoir. Le conducteur n'a même pas pris la peine de s'arrêter pour évaluer la situation et encore moins pour me porter secours. Il a poursuivi son chemin. Avait-il même eu conscience qu'une collision venait de se produire?
Je gisais par terre, un peu secouée. J'ignore ce qui me causait la plus grande douleur: mon bras raboté, ma cheville foulée ou ma honte de me trouver dans cette posture humiliante? Joe accourut aussitôt. Il était d'une extrême distinction dans son complet de toile beige. Est-inutile de répéter que ce n'était pas de cette façon, peu avantageuse pour moi, que j'avais envisagé de le connaître?

Pages 9-10

Notice biographique de Marie Page
Oeuvres de Marie Page
Références sur Marie Page