Où est passé le père Noël?

Contes de Noël,
Montréal, Éditions Marie-France, coll. "J'aime lire", 1994,
Illustrations : Ginette Paquette.


Description :


Dans ces petits contes, Marie Page donne la parole aux rennes du père Noël. Ce sont eux qui relatent de manière drôle ou touchante leur vie quotidienne avec le couple du père et de la mère Noël.

Quatrième de couverture



Extrait :

Chapitre 10

Un ange pour Noël

C'est l'été en Laponie, l'aube rejoint le crépuscule. Les petits rennes savent que l'été sera court; court mais merveilleux avec ses couleurs éclatantes. Bientôt ils pourront manger des baies dans les champs et admirer les poissons qui sautillent dans les eaux cristallines des rivières. Bien sûr, ils ne veulent pas aller dormir alors qu'il fait encore jour. Et chaque soir, ils réclament des histoires et ils aimeraient passer toute la nuit comme cela, à moitié rêveurs, transportés ailleurs, les yeuix clos fixés sur la boule rouge orangé à l'horizon qui, elle aussi, refuse de se coucher.
Naokko regardait le ciel d'un air nostalgique. Le ton de sa voix était grave lorsqu'il se mit à raconter:
«Il existe des choses très tristes sur cette terre. Vous savez, rien n'est plus désolant que de voir un jeune enfant malade. Un enfant atteint de l'une de ces terribles maladies qui ne laissent aucun espoir. Le père Noël avait reçu une lettre d'une fondation pour les enfants malades.

Très cher père Noël,
Cette année, nous avons une faveur particulière à solliciter. Nous vous demandons si vous pouviez accueillir un petit garçon dont les jours sont comptés. Son grand rêve est d'accompagner le père Noël dans son traîneau et de distribuer les cadeaux avec lui. Nous aimerions tant que vous acceptiez de réaliser le rêve de cet enfant...


Bien sûr, le père et la mère Noël s'empressèrent de répondre qu'ils feraient tout ce qu'ils pourraient pour que l'enfant vive quelques moments merveilleux.
Un soir, nous vîmes arriver un petit bonhomme d'une dizaine d'années, maigre comme un oiselet tombé du nid, la tête chauve. Tout le monde se pressa pour lui souhaiter la bienvenue et chacun fit de son mieux afin de le satisfaire. Ses yeux immenses s'ouvraient d'étonnement; on aurait dit qu'il lui en aurait fallu une autre paire afin de pouvoir tout regarder. Il avait l'air extasié lorsque la mère Noël lui fit visiter l'atelier de jouets et lorsque le père Noël le fit grimper tout en haut du traîneau.
Nous l'avons adopté sur-le-champ. Le jour du grand départ, nous étions heureux d'avoir un hôte aussi précieux. Sur les routes cahoteuses, nous allions doucement afin que notre chérubin voyage de la manière la plus confortable possible. Nous fîmes très attention, par exemple, de ne pas effectuer des mouvements trop brusques. Durant toute la tournée, un grand sourire animait son visage. On voyait le bonheur rayonner dans ses yeux. Nous étions fous de joie lorsque nous l'entendions rire et bavarder à n'en plus finir. Sa voix était plus claire que les sons d'une harpe, une vraie musique pour nos oreilles! Naturellement, le père Noël en prenait un soin jaloux. Il l'avait enveloppé dans d'épaisses fourrures et le serrait très fort contre lui comme s'il ne voulait pas qu'il s'échappât.
Au retour, l'enfant s'était endormi tout contre le père Noël. Sa tendre frimousse était belle à contempler: douce, joyeuse et sereine, tout à la fois. Lorsque nous sommes arrivés, la mère Noël a tendu les bras pour l'aider à descendre, mais il dormait toujours.
Lorsqu'il descendit l'enfant en bas du traîneau, le visage du père Noël avait un air étrange. À son regard, nous avons compris que le jeune malade ne se réveillerait plus jamais de son rêve.
Des larmes perlaient dans les yeux de la mère Noël et laissaient un sillon le long de ses joues.
- Ne pleure pas! lui dit tout bas, le père Noël. Tu vois bien qu'il a rejoint les siens! En ce moment, il est parmi les anges!»

Pages 81 à 85

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