Les Témoins parlent - Grosse Île -1847
Les Éditions Livres Carraig Books, 1995, 438 pages
Description :
Monographie publiée aux éditions Livres Carraig Books et disponible en anglais sous le titre Eyewitness - Grosse Isle - 1847 chez le même éditeur. Ce livre décrit l'année 1847 à la station de quarantaine à la Grosse Île. Cette année-là, la maladie de la pomme de terre engendra la famine chez les petits fermiers de l'Irlande ce qui les força à émigrer massivement, surtout en Amérique, mais particulièrement au Canada. Malades et pauvres, la plupart furent atteints du typhus. Plusieurs périrent en mer, en attente de descendre à la Grosse Île et dans les hôpitaux de l'île.
Les auteures, Rose Masson Dompierre et Marianna O'Gallagher, ont fait une recherche sérieuse, spécifique. Elles ont présenté des documents d'origine : les lettres des missionnaires en poste à la Grosse Île en 1847, une partie de la correspondance entre les autorités religieuses et les autorités civiles, des articles de journaux, les registres catholiques et anglicans de la Grosse Île, la liste des vaisseaux de passagers entrés au Québec, les rapports du Conseil exécutif du Bas-Canada, du Dr Douglas, surintendant de la station de quarantaine et de M. Buchanan, agent en chef de l'immigration à Québec.
Ce livre est un outil de travail fiable. En donnant les chiffres précis, les références authentiques, il rectifie les dires du passé qui exagéraient les mortalités en mer et à la Grosse Île. Comme le mentionnent les auteurs du livre, «une mort dans de grandes souffrances comme ce fut le cas pour des immigrants de 1847 est une mort de trop, quels que soient le siècle, la nationalité, la religion, les causes politiques ou autres. Il n'y a aucune gloire à en exagérer le nombre.»
Ce livre démontre également la générosité des gens du Québec à venir en aide aux immigrants irlandais et à adopter leurs orphelins.
Extrait :
Durant la saison de quarantaine de 1847, des milliers d'Irlandais arrivent à la station de quarantaine de la Grosse Île, malades, mourants ou morts du typhus; 42 prêtres catholiques et 17 prêtres anglicans se succèdent auprès d'eux pour leur prodiguer le secours de leur religion. Ces prêtres écrivent à leur évêque ce qui se passe sur l'île. Leurs témoignages constituent une bonne partie de ce présent livre. Voici des extraits de lettres adressées depuis la Grosse Île en 1847 à Mgr Signay, archevêque de Québec.24 mai 1847, lundi, l'abbé Bernard McGauran :
Si on ne débarque pas les malades, ce que l'on ne peut faire dans les circonstances actuelles, tous les bâtiments de l'Isle étant pleins, il faudrait autant de prêtres ici que de bâtiments. Ils sont généralement quatre ou cinq cents personnes à bord, j'ai passé aujourd'hui cinq heures dans la cale d'un de ces navires où j'ai administré cent personnes. Je n'ai pas ôté mon surplis aujourd'hui, on ne rencontre partout que des gens à administrer, ils expirent sur les rochers, sur la grève où ils sont jetés par les matelots qu'à la vérité, ne peuvent suffire à les transporter aux hôpitaux. Il y a à présent cinq nuits que ne je ne me suis pas couché. Le spectacle, Monseigneur, est des plus déchirants, une fois que ces infortunés sont atteints de cette étrange maladie, ils perdent toute capacité intellectuelle et physique et meurent dans les souffrances les plus aiguës.
30 mai 1847, une heure de l'après-midi, l'abbé Elzéar-Alexandre Taschereau :
Monseigneur,
Il y a environ quarante bâtiments dans le port dont une douzaine au plus ont été visités. Dans les hôpitaux, il y a douze cents malades dont moins de la moitié attendent les derniers secours. La plupart meurent aussitôt qu'ils ont été administrés et sont remplacés par d'autres. Hier, il y a eu environ 55 enterrements en tout. Le nombre total des émigrés est estimé à dix mille. Il y a des malades à bord de tous les bâtiments, plus ou moins, environ mille. Demain l'église sera occupée, il y a trente-six tentes remplies. D'après un coup d'œil jeté en passant dans les hôpitaux, nous aurons des scènes déchirantes. D'après le rapport de Mr McGauran, six missionnaires vigoureux feront l'affaire, si une fois ils peuvent reprendre le dessus sur le surcroît continuel d'ouvrage. Nous allons partir à l'instant pour les hôpitaux où on nous promet de la besogne. J'oserais demander à votre grandeur de faire l'impossible pour envoyer trois nouveaux prêtres, au moins pour quelques jours, jusqu'à ce qu'on ait paré au plus pressé et pris le dessus.Atteints du typhus, ces deux prêtres furent dangereusement malades. L'abbé McGauran se rétablit et pu retourner à la Grosse Île le 30 août. L'abbé Taschereau passa trois semaines entre la vie et la mort. Sa convalescence dura trois mois.
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Marianna O'Gallagher
Références sur Marianna O'Gallagher