Description:
quel désoeuvrementfêter ses vingt ans sur un carré d'exercices
se savoir émir et pillard d'une terre
aux oasis de mystères
mais savoir aussi couvrir en dix pas
les frontières avares de son lotqu'espérer
quand votre vie est clôturée
quand votre vie est gardée
quand l'inconduite est à cent pieds
en dehors de ces murs
en dehors de vous-mêmequ'espérer
quand cent pieds vous séparent de l'inconduite
cent pieds à marcher
cent pieds à ramper
et pour combien de désillusions encore
. . .mais il en est que le rang étouffe
il en est que la ligne droite assassine
et que nous sont ces mots
Vérité Devoir Vaillance
si en nous se meurt la flamme
si en nous se perd la vérité
Mon bonheur est fragile
si fragile
qu'il ne saurait voler
qu'il n'est pas besoin de l'attacher
il tient dans ta main
il s'inquiète de chagrinmon bonheur est fragile
si fragile
qu'il tient dans le nid de ta main
qu'il tient dans le nid d'un matinil lui suffit d'une île
dans le doux frisson de tes bras
où mousse le parfum des lilas
où chante le vin d'un ruisseau
où cascade la voix de l'échoil lui suffit d'un petit dîner
dans l'après-midi de la campagne
où les oiseaux blessent le pain
où les frelons se gorgent de sucre fin
où racinent mes doigts à dix
dans l'ouverture de ton chemisier
quand joyeux complice
le ferment fait sauter le champagneil lui suffit d'un lit de faines
d'un étang de lumière sous la feuillée
où tes yeux perlent de larmes
où tes lèvres détournent le vin du ruisseau
où l'île se noie dans le chant des oiseaux
quand la douceur descend des montagnes
quand la tendresse vient aux mots
et que l'amour se découvre sans gênemon bonheur est fragile
si fragile
il a soif il a faim
berce-le serre-le fort
il tient tout entier dans ta main
On a fermé les fenêtres à trop de soleil
on a fermé la porte à trop de chaleur
on a fermé les volets à trop de rêves
il y a au bout de notre terre
cette année-làIl y a au bout de notre terre
la fenêtre givrée de mes rêves
le lac évaporé de mes regards d'enfant
et l'horizon
comme le bout de moi-même
comme la rive naufragée de tous mes départs
ce pays ces collines ces villages
comme autant d'amitiés
que je ne saurai jamais raconter
la terre n'a pas donné
les rêves comme l'espoir avaient quitté la vallée
en emportant la servitude des hommes
comme leurs certitudes ridées.