Vingt-huit courtes nouvelles sur le thème des voyages. Des propos tels que: les départs, la solitude, la séparation, les retrouvailles.
À travers ses nouvelles, Sylvie Massicotte nous fait entendre des sons, des voix, nous fait visiter des lieux rêvés et les événements deviennent croustillants sous sa plume. Chaque nouvelle a ses malentendus, son absence d'attention à l'autre, ses dialogues de sourds et son manque de communication incommensurable.
L'auteure a le don de la séquence et condense de façon fort efficace le genre
Nous avons logé chez Paco. Nous nous sommes entendus pour quelques nuits, mais ensuite il n'a plus voulu que nous le quittions. Un mois plus tard, nous avons déclaré:
"Demain, demain Paco...
--Nous ferons un bon souper", a-t-il répondu en inclinant la tête.
Nous avions enveloppé de petits cadeaux pour le remercier de son hospitalité. Lui aussi avait préparé de jolis emballages pour nous. J'ai découvert l'épinglette, un visage de plâtre tout rond, mais incomplet. Il lui manquait les yeux. Paco l'avait lui-même sculpté. "Je le porterai où que j'aille", ai-je pensé. L'objet ressortait mieux sur des vêtements foncés, je l'ai piqué sur mon blouson marine.
Il n'y a pas un pays où les gens ne s'en approchent pas pour mieux l'admirer. Je suis fière de mon cadeau, de mon ami Paco et de son talent. C'est souvent le regard des autres qui m'y fait penser, comme maintenant, dans le métro où personne n'ose regarder qui que ce soit. Une jeune fille aux longues nattes brunes, suivie de ses frères et soeurs, avance vers moi. Son regard vif passe du visage de plâtre au mien, elle pose le doigt sur le nez du personnage, puis elle effleure le mien. Comme un jeu, elle agit de plus en plus vite, en passant par son nez à elle, son visage à celui de plâtre, jusqu'au mien devenu de cire. Ses frères et soeurs l'observent, moi je la guette. On dirait qu'elle va s'emparer de l'objet. Au moment où je pense à cela, rapproche ma main de ma poitrine et recouvre le personnage de Paco, les portes du métro s'ouvrent. La fillette sort en sautillant, comme si elle continuait de jouer. Ses frères et soeurs la suivent, sauf le plus jeune, un tout petit qui reste debout près de mon siège. Au dernier moment, juste comme les portes vont se refermer, il se précipite à l'extérieur lui aussi.
Je recommence à respirer. Mille fois je dessine les formes sur le visage de plâtre, en souriant à cette jeune fille qui suit le wagon des yeux. L'impression qu'elle m'a fait une faveur.(pages 55-56)
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