Une adolescente passe quelques jours au chalet de son cousin, au bord d'un lac. Elle découvre que la vie, l'amour, sont des choses plus compliquées qu'elle ne le pensait. Un livre dans lequel il est question de musique, d'homosexualité, de vie nocturne. Les secrets des uns et des autres qui ne se dévoilent qu'à l'aube..
Les habitués de l'aube, c'est l'amour au petit jour, à l'abri des regards indiscrets.
Le cri de mon instrument monte dans la nuit. Il s'élève avec la fumée, jusqu'aux étoiles. Camille est une étoile. J'accueille avec elle le son qui paraît lentement se dédoubler. Je détourne la tête en ne cessant pas de jouer. C'est Marc-André qui me rejoint avec son saxophone dans lequel il raconte l'histoire, notre histoire à nous, à mesure qu'il bouge dans son chandail à gros câbles de laine. J'aimerais m'y blottir...
Ma musique se vautre dans la sienne. Les étoiles semblent s'être décrochées du ciel. Elles scintillent là, tout autour, dans les yeux de Camille et d'Antoine, elles se mêlent aux flammèches que me lance Olivia.
Un silence, un soupir, comme on dit en solfège. Les autres applaudissent, mais, tous les deux, nous savons que la pièce n'est pas terminée. On reprend là où l'on s'est arrêtés. Marc-André se rapproche de moi en jouant. Son visage à demi éclairé par les flammes, son visage qui m'apparaît si maigre soudain...
L'importance que prennent ses yeux couleur de lac est-elle due à l'étroitesse du front, à la minceur du nez et du menton?... J'ai peut-être trop bu? J'improvise avec Marc-André et ce n'est plus lui qui se trouve devant moi. Un jeune homme rachitique, une sorte de squelette qui danse près du feu. La voix des saxophones devient endiablée. Je joue avec Marc-André qui n'est plus Marc-André...
Je me calme ou c'est notre musique qui s'est adoucie. Son visage redevient familier. J'ai dû avoir une vision, comme ma tante qui imagine toutes sortes de figures difformes autour d'elle. Je joue maintenant pour la fragilité, la sienne, et celle que l'on éprouve quand on aime. Être fou de quelqu'un, c'est un peu devenir comme ma tante.
Je joue avec lui, du bout des doigts, en catimini. On entend davantage les touches que les notes. Aussi imperceptibles, des percussions lointaines me semblent irréelles. Peu à peu, elles résonnent, véritablement. Le son se rapproche, nous vient du sentier noir entre les arbres d'où surgit une silhouette:
-- Elles arrivent, vos serviettes de plage! crie Guillaume en les brandissant d'une main et en tenant bien sa radio de l' autre. (pages 46-48)
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