
Lorsque Pascale Vladek quitte sa Gaspésie natale, elle n'emporte ni souvenirs, ni photographies d'êtres chers : que son cheval Vol-au-Vent, auquel elle semble prête à tout sacrifier.
Propriétaire d'une ferme prospère située à Paris, Kentucky, Xavier Lavergne souhaite embaucher un bon cavalier afin d'exercer ses pur-sang à la course. Dès le moment où Pascale met le pied à l'étrier, Xavier décide qu'elle deviendra son employée.
Pascale s'établit donc à Lavergne Farm. Vol-au-Vent demeure son unique confident. Xavier Lavergne et son épouse Gabrielle, secondés par leurs six enfants, s'attaquent à son mutisme
L'intérêt que suscite cette étrangère provoque diverses réactions dans la famille Lavergne. L'aîné, Jules, dissimule ses déceptions sous une apparente indifférence. Il souffre d'asthme depuis l'enfance, et cette maladie l'exclut des activités équestres que pratique sa famille. Intelligent et charmeur, Érik n'apprécie guère que la nouvelle venue lui vole la vedette. La droiture et l'entêtement de Pascale se buteront sans cesse à son cynisme. Le troisième fils, Arnaud, est fort insouciant. Sa nature indolente n'impressionne pas Pascale. Geneviève, seule fille de la famille, trouve en Pascale une amie. Les jumeaux François et Sébastien, âgés de treize ans au début du récit, tentent d'en faire leur grande soeur d'adoption
À partir de la naissance d'un poulain nommé Ashanti, Pascale développe de l'amitié envers Arnaud. Une série d'évènements l'amènent à dévoiler son passé. Dès lors, elle s'épanouit davantage. Son rêve de devenir jockey professionnel est étalé au grand jour. Arnaud et elle partagent l'espoir de faire d'Ashanti un champion. Leurs différences familiales et sociales retardent l'éclosion de sentiments plus profonds, mais les circonstances les forceront à faire des choix parfois déchirants...
" Fol Espoir " présente de nombreuses scènes d'action. Le vocabulaire équestre, largement utilisé, est expliqué dans un lexique apparaissant à la fin du texte. L'auteure s'est souciée d'explorer à fond la psychologie des personnages, qui constitue le moteur de cette oeuvre.
EXTRAIT:
Il faisait chaud en ce début mai, et Pascale essuya du revers de la main la sueur qui
dégouttait le long de ses tempes bourdonnantes. Le regard de la jeune fille ne quitta pas
les chevaux qui, à quatre cents mètres du poteau, bataillaient ferme. Il y avait parmi
eux une pouliche qu'elle aimait bien et dont elle connaissait vaguement le palefrenier.
Pascale était trop absorbée par la course, trop abasourdie par l'humidité pour entendre un client la héler. Aussi sursauta-t-elle avec violence lorsqu'une main se posa sur son épaule.
- Un chips nature, deux cokes, demanda un homme dans un anglais un peu écorché.
"Cet idiot me fait rater ma fin de course", maugréa intérieurement Pascale. Sans sourire, elle tendit les denrées à l'inconnu, puis lui rendit sa monnaie.
- Merci, dit celui-ci en se retournant.
Quelque chose dans l'accent de l'acheteur attira l'attention de Pascale. C'est seulement alors qu'elle remarqua sa carrure exceptionnelle.
Puis elle jeta un coup d'oeil au tableau d'affichage. La pouliche qu'elle aimait n'avait pas gagné. Pascale regretta cependant de ne pas avoir vu la fin de l'épreuve. Les résultats des courses l'émouvaient peu, car elle ne pariait jamais. Mais la lutte des bêtes et des hommes, les efforts généreux des chevaux l'exaltaient. Pour elle, une course était un spectacle en soi.
Lasse, Pascale s'appuya sur le comptoir du casse-croûte et tendit le cou vers le téléviseur afin de mieux voir les chevaux de la prochaine épreuve qui entraient en piste.
- Tu es supposée rester debout! cria quelqu'un.
Un éclair de colère passa dans les yeux bleu acier de Pascale. Elle se retourna posément, se composant un faciès impassible, fermé à toute discussion.
- Si je te reprends à rêvasser, je te mets dehors, tonna son employeur. Tu as compris?
- Oui, répondit l'interpellée sans broncher.
L'homme se tut, puis dévisagea la jeune fille sans indulgence. Il jugea celle-ci fort peu jolie et pas du tout avenante, avec son nez pincé, sa bouche trop petite, ses cheveux secs qui s'ébouriffaient sous sa casquette réglementaire. Le tablier rayé que portait Pascale la faisait paraître plus maigrichonne encore qu'elle ne l'était; le vêtement accentuait aussi sa petitesse anormale. Mais bien plus que l'apparence de Pascale, c'était son assurance pleine de sarcasme qui agaçait Dave Walker, tenancier d'un casse-croûte à l'hippodrome The Meadowlands à East Rutherford, New-Jersey. Plus d'une fois, Walker avait eu envie de se débarrasser de cette immigrée à la froideur désarmante et de la remplacer par une jeune Américaine toute en fesses et en seins et en insignifiance. Mais Pascale était vive, rapide, imperméable au dédain et à la moquerie, et forte comme un jeune homme; de plus, personne n'était assez fou pour la flirter, et elle ne perdait pas son temps en insipides romances. Elle avait besoin d'argent et ne refusait ni les heures supplémentaires ni les tâches les plus dégoûtantes, sauf le mardi, son jour de congé. Son obstination à ne pas travailler ce jour-là ne causait guère d'inconvénient.
Le visage de Pascale ne reflétait qu'un ennui profond, ce même ennui qu'on retrouve chez tous les employés de casse-croûte du monde par un après-midi chaud et humide. Sans avoir l'air de ne rien ressentir en dehors d'un écoeurement absolu, Pascale entretenait une haine féroce à l'endroit de Dave Walker dont la seule vue suscitait en elle des idées meurtrières. Le corps fiasque et replet de l'homme, sa voix vulgaire, ses remarques empreintes de stupidité et de bêtise la hérissaient carrément. Walker était tout ce que Pascale ne voulait'pas être : gras, abruti, dénué d'ambition. Il faisait beaucoup de bruit et fumait comme une cheminée, empestant encore davantage le local suintant de graisse. Quand Pascale n'était pas occupée à servir un client ou à regarder une course, elle se laissait aller à des pensées d'une rare violence à l'endroit de Dave Walker. Ce dernier n'était guère psychologue et il ne soupçonnait rien. Mais Pascale, qui était douée d'un esprit analytique, s'interrogeait sur l'équilibre de sa santé mentale.
«Cet emploi me rendra folle». pensa-t-elle. L'adolescente se répéta combien il serait plus facile, et plus payant, de ne travailler qu'en ville. Mais, quelque chose de plus fort que la raison retenait la jeune fille à l'hippodrome, et elle savait bien quoi : l'attrait des chevàux. Parce qu'ils étaient là, parce qu'ils couraient un peu pour elle, Pascale ne pouvait se résoudre à quitter son emploi aux Meadowlands. Elle entretenait l'espoir fou qu'un jour une porte ,s'ouvrirait et lui donnerait accès à ce monde des chevaux qu'elle croyait si parfait.
L'après-midi fui tranquille. Son ouvrage terminé, Pascale retira son tablier rayé et sa casquette assortie, passant une main hâtive dans sa tignasse brune qui, bien que fournie, était cassante et rebelle à toute discipline. Puis elle salua Dave Walker sans chaleur et se dirigea vers les écuries.
Pascale se sentait bien, libre après ces longues heures de travail. Son jean usé, son vaste tee-shirt et ses espadrilles éculées rendaient ses mouvenents faciles. Elle respira à fond l'odeur de foin, de crottin et de sueur de cheval qui flottait dans les couloirs larges, bordés de vastes box. Quelques familiers des lieux la saluèrent. Tout le monde savait que la jeune fille n'aurait pas dû être là et chacun feignait de l'ignorer. Pascale s'était imposée subtilement, abordant des paiefreniers et parlant chevaux. Elle ne discutait que de cela et l'intérêt qu'elle portait aux bêtes était tellement intense que personne n'osait lui refuser la joie de se promener dans les écuries. Le corps et le visage de Pascale étaient marqués par la pauvreté. Une curieuse dignité la rendait attendrissante. Elle savait se servir de ces attributs, offrant l'image d'une adolescente sans ressources et sans rien au monde sauf l'amour des chevaux.
Pascale aimait circuler parmi ceux-ci, effleurer de la main une croupe luisante ou simplement regarder une beauté se mouvoir. Bien qu'agréable, la proximité des chevaux lui faisait sentir combien elle était loin d'eux, combien la réalité de sa vie l'éloignait de ses rêves.
pages 9-12
Commentaires:
«La jeune héroïne de ce roman m'a beaucoup touchés. Ni belle ni très riche, elle est craintive avec les humains, mais très attachée aux chevaux. Grâce à une famille d'éleveurs, elle apprendra petit à petit à faire confiance aux êtres humains. J'ai adoré ce roman qui m'a fait vivre les craintes de cette jeune fille et son cheminement vers de nouveaux sentiments.»
Yolande Mercier, membre du Comité de lecture, Québec Loisirs.
«Publié aux éditions Libre Expression, l'ouvrage, qui s'étend sur plus de 500 pages, nous fait connaître une romancière de talent dont le style accroche le lecteur dès le début. Plein de rebondissements, le roman de la Longueuilloise nous entraîne donc dans l'univers de Pascale.»
Ginette Claude Perrons, Gens d'ici, Longueuil, numéro 32, édition 2 novembre 1997.
«Même si vous ne vous intéressez pas particulièrement aux chevaux, avec Fol Espoir (Libre Expression) Christine Martin parvient à vous tenir en haleine pendant plus de 500 pages.»
Carmen Montessuit, Journal de Montréal, 21 décembre 1997.
«L'auteure est parvenue à ficeler une histoire aussi captivante qu'émouvante, à céder le plancher à une héroïne forte, déterminée et dont la personnalité séduit sournoisement le lecteur.»
Martin Francoeur, Le Nouvelliste, samedi 20 décembre 1997.
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