Des cailloux blancs pour les forêts obscures

Roman, Éd. Leméac, Montréal 1987, 165 p.

 

Description:

Ce roman de Jovette Marchessault complète la trilogie Comme une enfant de la terre dont les deux premières oeuvres sont les suivantes : Le crachat solaire (1975), La mère des herbes (1981)

Dans le roman Des cailloux blancs pour des forêts obscures, Jovette Marchessault proclame en quatre chapitres, intitulés chants, les grands thèmes du Bien et du Mal, de la lumière et de l’obscurité, de l’amour et de la haine , de la vie et de la mort.

L’auteure raconte l’histoire de Noria, pilote d’un petit avion, qui vole dans le ciel des Appalaches et, telle une sorcière bienfaisante, apporte aux autres et à elle-même l’espoir et la guérison. Son amie Jeanne, l’écrivaine, travaille à la même mission par son écriture.

Noria est fille d’aviatrice. Sa mère était une femme libre, sans nationalité, assez audacieuse pour s’attaquer au Ku Klux Klan. Elle quitte son mari qui lui a donné une enfant, Noria, pour une femme puissante qui mourra tragiquement. Noria, loin de son père, grandira sans le connaître. Mourante, elle le rencontrera enfin et il l’aidera à trouver le sens de sa vie. Jeanne est témoin de cette démarche ultime et y participe, ce qui l’amène à une remise en question pour elle-même.

L’auteure fait entrevoir les liens qui relient les humains malgré leurs différences et leurs conflits, et aussi les liens entre la vie et la mort, le visible et l’invisible. Peu à peu émergent les thèmes de la libération des forces obscures et de la réconciliation entre hommes et femmes, parents et enfants, animaux et humains.

Jovette Marchessault a adapté ce roman pour en faire une pièce de théâtre Le Lion de Bangor.

 

Extrait:

« ... Ce qui me rattache à lui, c’est son silence. Tout d'un coup, par sa seule présence, il transcende le décor banal de cette chambre de l'Attente.

Plus loin, quand j'ouvre les yeux, tout continue à se passer dans les viscères. Le Lion de Bangor se tient debout devant la fenêtre. Il regarde les bouleaux éblouissants de blancheur, la voie royale du sentier des Appalaches.

- La beauté de cette incomparable journée, pense-t-il à voix haute en se tournant soudain vers moi d’une façon douce et familière qui m’adopte et me mêle à sa pensée.

Dans le lit, Noria, mon trésor aérien, baigne dans une lueur étrange.

Nous sommes assis l’un en face de l’autre. Tout à l’heure il a mangé un peu de pain, une grappe de raisins. Il a bu une tasse de café noir. Chacun de ses gestes me fait sentir que c’est un honneur, pour lui, de manger à ma table. Il a la même bouche que sa fille : grande et précise. Une bouche loyale qui n’arrache pas le morceau de la bouche voisine. Qui n’aboie pas. Je me sens à l’aise et réconfortée par la présence de cet homme magnifique et désolé. Ai-je vécu, jadis, ailleurs qu’en Amérique, ailleurs que sur la terre, dans son sillage ? Quelqu’un murmure, oui, oui, Jeanne, tu as la mémoire courte... Alors, s’il en est ainsi, pourquoi nous rencontrons-nous, encore une fois ? Cette fois, allons-nous nous quitter pour toujours, en nous bénissant ? Ou bien allons-nous, en nous maudissant, nous donner un autre rendez-vous ?

Je ne le quitte pas des yeux. Je commence à comprendre qu’il est là, en face de moi, par le fait même de l’état que je représente. Que je suis en face de lui, par le fait même de l’état qu'il représente. Et si nous étions semblables dans ce règne maternel inusable de naissances, de morts et de renaissances. » (pages 124-145)

 

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