Pays sans chapeau
Roman,
Éditions Lanctôt, 1996.

Description:

Ce roman raconte le retour d'un écrivain en Haïti après vingt ans d'exil. Il retourne aux femmes de sa famille, sa mère et sa tante, attachées à leur terre, même aux heures les plus atroces de la dictature. L'écrivain brasse par petites touches son portrait d'Haïti d'aujourd'hui et parle de la mort, du Pays sans chapeau où vont les morts.

Tout tourne autour des personnages suivants :

Marie est la mère, elle est renfermée sur sa santé et a un sourire un peu crispé. Elle prie beaucoup pour vieux os, l'écrivain. Marie ne parle pas très fort et elle est très bonne cuisinière. Elle protège son fils comme un enfant. Sa tante Renée aime taquiner vieux os et sa soeur Marie. Renée est droite, blanche et fragile. Philippe et Manu sont ses meilleurs amis d'enfance. Philippe est comme le frère de vieux os, il est flatteur et timide. Il est marié avec une super fille. Manu est maigre comme un loup, parce qu'il est malade. Il a un sourire d'ange exterminateur et il écrit des chansons sur la vie de son village, il est marié avec Antoinette.

Peu à peu, l'écrivain reprendra contact avec son Pays sans chapeau, se rappropriant alors son pays volé par la dictature et ses croyances, ses mythes. Le pays réel, ce sont les mendiants, l'extrême pauvreté, l'eau glauque. Le pays rêvé, celui des zombies, de l'au-delà, du vaudou, c'est celui de ses mythes, des légendes : c'est la culture dont on aurait voulu le déposséder en l'acculant à l'exil et qu'il revendique lors de ce voyage.

«La mort - jamais naturelle pour la croyance populaire - est omniprésente, tout comme l'au-delà, appelé le Pays sans chapeau.

[...]

Dans ce roman où alternent les pages consacrées au "pays réel" et au "pays rêvé", c'est ce dernier qui domine.1

1- BÉDARIDA, Catherine, note internet, 1er Salon du livre insulaire, mai 1999.

 

Extrait:

LE SOUPER

Ma mère est encore assise sur la galerie, bien cachée derrière les lauriers en fleur. De là, elle peut voir ce qui se passe dans la rue sans être vue.

- Tu m'attendais?
- Non, je prenais le frais. Il y a un joli petit vent, ici, le soir.
- Je ne te crois pas, maman. Tu as toujours fait ça quand je rentrais tard le soir.
- Ça fait si longemps... Tu sais, depuis quelque temps, c'est devenu encore plus dangereux ici.
- Je ne suis pas allé trop loin.
- Tu t'es arrêté à l'hôpital.
- Comment sais-tu cela, maman!
- Pierre me l'a dit. Il habite juste au coin de la rue. Il t'a vu là-bas, à l'hôpital. Il est venu tout à l'heure me demander si tu étais malade.
- Ça, c'est Haïti. On n'est jamais seul. Toujours un oeil quelque part qui vous épie.
- Ton souper est là.
J'entre dans la salle à manger, suivi de ma mère. Un bol d'ovaltine m'attendait. Je me suis retourné pour sourire à ma mère qui se tenait encore debout dans l'encadrement de la porte. Le goût m'a surpris. Je me souviens brusquement de la réclame qui passait à la radio: «Ovaltine donne des forces.» C'est ce qui a dû convaincre ma mère, elle qui me trouvait trop faible à son goût. Pendant toute mon adolescence, j'ai bu de l'ovaltine chaque soir.

Page 90


Critiques:

«Si on me demandait: Quel ouvrage recommanderiez-vous pour comprendre Haïti? je recommanderais Pays sans chapeau de Dany Laferrière. Et si la question était: Quel ouvrage recommanderiez-vous comme modèle pour comprendre un pays, n'importe lequel? je recommanderais aussi Pays sans chapeau de Dany Laferrière. Dans ce livre-là, écrit sous un manguier, au fond d'une cour, dans un faubourg de Port-au-Prince, Laferrière n'avait pas à briller comme nègre. Il avait seulement à écrire. Dans ce livre-là, Laferrière n'est pas un nègre écrivain. C'est, je crois, son premier livre d'écrivain tout court

Pierre Foglia, La Presse.


«On lira un roman quasi autobiographique parfois un peu agaçant par sa naïveté voulue, le plus souvent atttachant, étranger, déroutant: un des meilleurs que Dany Laferrière ait écrits.»

Gilles Marcotte, L'actuialité.


«Voilà une promenade dans la patrie de Laferrière qui nous en met plein la vue de merveilleux, de drôlerie, de douce folie. [...]
Chapeau, Monsieur Laferrière!

Julie Sergent, Le Devoir.


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