LA PETITE PATRIE

Montréal, La Presse, 1972

Récit et téléroman autobiographique La petite patrie raconte les épisodes marquantes de la jeunesse de Claude Jasmin.

Ce récit publié en 1972 décrit la vie des gens du quartier Saint-Denis et Jean-Talon. Les pages du début et de la fin du volume nous présentent des photos de ces escaliers et de ces fonds de cour si caractéristiques des quartiers populaires de Montréal. C’est l’évocation d’une époque, celle de l’immédiat après-guerre, d’un quartier, celui de Villeray, d’une vraie famille, d’un jeune adolescent.

Laurent Laplante dans un article publié dans le journal Le Devoir du 31 mars 1973 dira: « La petite patrie, c’est ce monde de quelques quadrilatères que crée et anime l’enfant de huit ans: l’entrée à l’école, l’exploration des ruelles et des toits, l’espionnage des conversations adultes, les cérémonies religieuses. Le livre n’est pas, Dieu merci, un regard jeté par un adulte sur son passé: il est presque constamment ce que voit l’enfant et c’est pourquoi les enfants, par-delà les différences attribuables à une sociologie galopante, s’y retrouvent aussi aisément........Jasmin, qui a vécu un Montréal précis, francophone, frotté d’Italiens, farci d’escaliers extérieurs horribles et dangereux, nous réconcilie d’un peu plus près avec ce que nous sommes. Qu’un écrivain parle ainsi avec finesse et humour de trottoirs parcourus et de ruelles patrouillées, tout cela rend un quartier ou un peuple fier de ses racines et fort de ses souvenirs. »

EXTRAIT:

« Les cloches de l’église Sainte-Cécile sonnent encore une fois. Un enfant de plus. Un de plus, un autre comme celui du baptême d’avant, comme celui du prochain baptême. L’oncle Gustave me tient solidement, en parrain fier et consciencieux. La rue De Castelnau est bien déserte à cette heure du matin, matin tranquille de novembre 1930, matin frais de novembre.. » (page 12)

« J’ai vite découvert qu’il n’y avait pas que maman, son lait et ses soins. Qu’il y a, dans la vie, un autre être vivant, grand format, qui n’est jamais très loin, qui vous regarde, vous observe, qui vous minouche moins, qui vous pomponne moins mais qui, parfois, vous soulève de terre et ose frotter un menton de papier sablé sur votre joue. C’est papa....Il veut que l’on soit, au plus tôt, débrouillard, intelligent, compréhensif. Pour lui, un bébé est une chose bizarre un peu déraisonnable....Avec lui, il faut toujours que je donne des résultats, que je fasse preuve de quelque chose de précis, de déterminé. » (page 15)

« Noël, dans ce temps-là était surtout une fête religieuse. Nous recevions le petit Jésus. Plus jeunes, on croyait vraiment que Jésus venait au monde, vraiment, chaque 25 décembre, dans une crèche à Bethléem.... » (page 70)

« On s’ennuie tant le dimanche. Lire les bandes dessinées de La Patrie et du Petit Journal ne prenait pas un bien long temps, même si on examinait tout, dans ces journaux illustrés du dimanche, le moindre jeu, le moindre casse-tête, le moindre coin des jeunes. Que faire ensuite? Que faire en attendant le dîner.....Comme nous devions rester propres, que faire, l’après-midi de ces dimanches sinon niaiser les petites Fortin, la petites Matte, faire damner nos soeurs, taquiner les passants... » (page 129)

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