POINTE-CALUMET
BOOGIE-WOOGIE

Voir l'application pédagogique bâtie avec ce récit de Claude Jasmin

 

Publié aux Éditions La Presse, 1973.

Description:

Ce livre fait partie de la trilogie autobiographique que forment les romans La Petite Patrie, Pointe-Calumet boogie-woogie et Sainte-Adèle-la-vaisselle. qui résume le destin de l'auteur, depuis sa naissance jusqu'au début de sa vie adulte.

Les épisodes de ce récit feront partie de la série télévisée La Petite Patrie.

Pointe-Calumet boogie-woogie, c'est la période de l'adolescence, des vacances, du chalet, de la plage, des salles de danse, de la guerre et du collège classique.

Dans un article publié dans La Presse, du 8 décembre 1973, Réginald Martel écrit: " Ce que j'aime de ce récit, c'est son rythme: c'est aussi la façon simple de raconter...Plus que le récit de son adolescence c'est la chronique de son époque qu'à écrit Claude Jasmin."

La nostalgie des poèmes que j'aime déteint sans doute sur ma jeune âme. On est fou quand on a quinze ans, quand on n'a qu'une vague idée des amours à venir....

Que deviennent donc tous ces rêves des adolescents du monde? Forment-ils le bleu le plus clair de l'azur? L'imagination des adolescents est peut-être une soupape vitale à cette pression des petites réalités encombrantes.

Extraits :

"Il y a trente-deux ans de cela? Mon père avait pu apercevoir, grâce à un détour qu'avait dû effectuer son autobus en revenant de Saint-Placide, un endroit qui l'avait emballé. Dès le printemps de 1941, il partait visiter cet endroit nommé Pointe-Calumet. Il en était revenu pour nous en entretenir en des termes dithyrambiques. À l'écouter, Pointe-Calumet c'était le paradis terrestre. «Du sable partout», disait-il, «rien que du sable». Toujours la vieille attraction du sable sur les gens. Il avait loué le camp numéro 118 de la rue Demers à la Pointe-Demers! Nous allions être au comble de la joie. Ma mère tâchait de le calmer: «Est-ce si fameux que cela, ce chalet?» Mais papa ne parlait que du sable partout, il en était fasciné. Fasciné au point qu'avant de façonner ses céramiques actuelles, il fabriqua toute une série de bas-reliefs savoureux en mêlant son fameux «sable de Pointe-Calumet». page 29

 

On va souigner le boogie à Pissi en ville

 

Aussitôt que nous réussissons à maîtriser convenablement le boogie-woogie, nous n'hésitons pas à démontrer nos talents de danseurs mondains chez Palmer, devenu la plage Normandie, ou chez Maheu. Marielle, ma cadette, se joint à nous. Ce n'est pas gênant, c'est du «brasse-bouillon» dirait le bonhomme Bazin! Même des enfants de cinq et six ans s'exécutent, copiant tant bien que mal les trémoussements de leurs aînés. On glisse une pièce de cinq sous dans le juke-box " qui commence à s'illuminer, à cligoter, on «pitonne» le «Star boogie-woogie» ou le «Boogie-woogie dust» ou alors le «Dream boogie-woogie», et le joyeux tintamarre débute. Nous virevoltons sur le plancher de bois franc. Maman sourit derrière les deux pailles de son «cream-soda», assez fière de constater que nous nous intégrons avec facilité dans le monde moderne! Une fois sur les lieux, il n'a pas été difficile de faire connaissance avec une sorte de danse nommée le slow ou le plain. Certains l'appellent le «collé». Cette fois, c'est l'enfance de l'art: il s'agit d'une sorte de marchement sur place fort apprécié par les jeunes couples. Pour l'instant, on se contente de regarder, mais on échafaude des plans pour l'avenir. La petite Paquin accepterait-elle de danser ainsi avec moi? Il faudra que je le lui demande. Il reste que désormais, la danse est entrée dans nos loisirs. Pour des années à venir, ces salles de danse seront notre lieu de rencontre favori et seront à l'origine de flirts de tous genres. Nous passerons des soirées entières à voyager d'une salle à l'autre, au gré capricieux ... d'on ne sait quoi au juste. 0n n'a qu'à dire: On va changer de salle, venez , et la petite troupe se lève. Nous quittons notre «pepsi» vide de chez Deauville pour aller en commander un autre chez Palmer. Les premiers temps, on entre à neuf heures et demie, peu à peu ce sera dix puis, l'année suivante, onze heures. C'est pas des farces! Maman ferme les yeux, du moment que les plus jeunes entrent pour neuf heures, son couvre-feu. Un jour ce sera plus sérieux, je boirai de la bière à l'hôtel, j'aurai dix-sept, dix-huit ans. l'été, j'hériterai, du coup, d'une sorte de majorité anticipée." page 82-83

 

L'été, oui, maman semble lasse certains soirs. On ne réalise pas qu''elle est très seule en fin de compte. Le compagnonnage obligé d'une marmaille ne suffit pas à ces femmes exilées pour plus de deux mois dans tous ces chalets d'été du Lac Des Deux-Montagnes et d'ailleurs. On ignore cela. Avec le temps et les autoroutes, 15, la 13 qui vient, ou la 640, l'exil de nos mères aurait été plus supportable, les maris ayant la possibilité de voyager matin et soir. Le téléphone est partout, mainteannt, ici. Dans ce temps-là, mes soeurs envoyaient sans cesse des cartes postales en noir et blanc achetées au marché Saint-Charles ou chez Champagne. Marcelle, plus sentimentale que l'aînée, écrivait parfois de longues lettres de cinq ou six pages à ses amies de la ville, sur papier rose, bleu ou jaune pâle! "page 110

 
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