La foi joyeuse du poète

Conversation

Jacques Gauthier: La foi joyeuse du poète

Poète, essayiste, théologien, le québécois Jacques Gauthier nous offre une œuvre spirituelle foisonnante, reflet de son propre itinéraire de «chercheur de Dieu». Rencontre, à Ottawa, avec un mystique marié et père de famille pour qui la foi est un chemin de bonheur.


Dès les premières heures de votre vie, la foi chrétienne était présente…
Je suis né au Québec dans une famille croyante, dont la foi était simple et joyeuse. J'étais très malade et mes chances de survie étaient minces. Ma mère a beaucoup prié pour que je vive et elle a fait le vœu de me consacrer à Marie si je ne mourais pas. J'ai été baptisé un 8 décembre, jour où l'Église fête la Vierge. Les circonstances dramatiques des premiers jours de mon existence ainsi que la foi qui a accompagné cette épreuve se sont sans doute imprimés dans mon inconscient et marque ma vie spirituelle. Je sais que Marie est là, près de moi.


Vous évoquez la foi «joyeuse» de votre enfance…
C'est un élément très important car j'ai hérité de ma famille la conviction forte qu'il n'y a pas de christianisme sans joie et qu'une foi au Christ qui ne serait jamais source de joie est suspecte, voire dangereuse… J'ai eu la chance de grandir dans une famille chrétienne où la foi n'était pas culpabilisante, où le péché n'était pas une obsession morbide et où on ne m'a pas donné de Dieu une image terrifiante. La joie, c'est la couleur de Dieu. Dès l'enfance, j'ai été touché par la dimension pascale de la foi chrétienne. Ce n'est pas en un Dieu de douleur qu'il nous faut croire mais en un Dieu ressuscité, totalement vivant. Lorsque j'avais 7 ou 8 ans, j'allais à la messe comme on se rend à une fête. Nous étions avant le concile: les célébrations se faisaient en latin et en grandes pompes. Il y avait des processions et de l'encens, de belles chasubles et des rites mystérieux. J'étais fasciné par la poésie qui se dégageait de la messe. Sur le chemin du retour, je chantais sous la neige, des hymnes au Seigneur… J'ai eu cette grâce inouïe d'être pris, dès la plus tendre enfance, par l'amour de Dieu.


Au point de vouloir lui consacrer votre vie?
Je rêvais de devenir missionnaire, je voulais parler de Jésus. Je ne songeais pas nécessairement à devenir prêtre mais j'étais envahi par la joie de l'Évangile, la joie de la Résurrection. Car, que le Christ soit ressuscité, c'est la plus belle chose qui pouvait arriver à l'humanité. Je vivais avec cette certitude qui me donnait une densité d'être et nourrissait mon enthousiasme. Et puis l'adolescence est venue briser pas mal de certitudes !


Vous avez rejeté le Dieu de votre enfance?
J'ai cessé toute pratique religieuse. Je cherchais ma voie, un sens à ma vie. J'ai vécu un certain nombre de dérives. C'était l'époque hippie. La jeunesse vivait à l'heure des grands rassemblements de Woodstock. Nous nous saoulions de musiques planantes et nous faisions nos première expériences de drogue. J'avais, comme tout le monde, les cheveux longs, beaucoup de révolte au fond du cœur et une sorte de dégoût de la vie. J'étais sur une pente vraiment dangereuse.


Comment en êtes-vous sorti?
J'ai vécu une véritable résurrection. J'avais vu à la télévision un reportage sur les «Jesus peoples» aux États-Unis, une communauté de jeunes qui mélangeait culture rock, hippie et chrétienne… . J'étais parti en stop, avec un copain, avec l'idée d'aller rencontrer cette communauté. C'était l'époque où le spectacle «Jésus Christ super star» faisait un malheur auprès des jeunes. J'aimais beaucoup le rock, j'écoutais les Pinks Floyds, The Who, Led Zeeplin. Il y avait dans cette musique et dans le mouvement hippie comme une quête d'absolu. Nous n'en avions pas conscience, mais notre soif était mystique. Un soir, sur la route des Etats-Unis, nous avons fait escale, au Québec, dans l'une de ces nombreuses communautés de jeunes qui essayait de vivre un idéal. Nous venions uniquement pour trouver un toit pour la nuit. Les murs étaient couverts de poster baba cool, mi-religieux mi-hippies. L'ambiance était très affective et émotive, tout le contraire de ce qu'on trouvait alors dans les églises. Nous avons accepté de participer à la prière du soir. Nous étions goguenards, envahis de fous rires. Au premier «Je vous salue Marie», je me marrais franchement avec mon copain. Au second, je me suis mis à prier. Au troisième, je me suis écroulé, en sanglots. J'étais complètement touché. Et c'est à cet instant précis que la joie est revenue, la joie de la foi de mon enfance. Nous étions le 2 juin 1972: ce fut le jour de ma conversion.


Quelle fut alors votre décision?
Le lendemain matin, j'ai regardé mon copain et je lui ai demandé: «Allons-nous reprendre la route?» Et lui m'a répondu: «je crois que nous avons trouvé l'amour. Pourquoi irions-nous plus loin?» Nous sommes donc restés dans cette communauté. J'ai abandonné mes rêves de voyages, j'ai renoncé à mes études, j'ai cessé de voir ma famille. Pendant six mois, j'ai vécu un bonheur exalté dans cette communauté qui, sans être franchement charismatique, était tout de même de la même veine, marquée par une foi très affective, libérée des dogmes et de la morale, sans doute très adolescente et fusionnelle, mais joyeuse et simple. Ce groupe a fini par éclater mais, moi, je voulais continuer une expérience spirituelle, je voulais consacrer ma vie au Seigneur. Dans ma prière, le jour de ma conversion, j'avais dit à Dieu: «si tu existes, révèle-toi à moi!» et Dieu m'avait répondu. J'avais 20 ans et je ne voulais plus qu'une chose: le suivre.


Par quel chemin concret?
J'avais entendu parler de Jean Vanier, un québécois qui avait créé en France l'Arche, une communauté où vivaient ensemble des personnes ayant un handicap et des hommes et des femmes qui faisaient le choix de partager leur vie. J'ai voulu le rencontrer. En pleine tempête de neige, je suis allé, en stop, jusqu'à Québec où il devait donner une conférence. Je l'ai attendu dans le hall d'entrée et lorsqu'il est arrivé, je ne lui ai posé qu'une question: «est-ce que c'est la volonté de Dieu que je vienne à l'Arche ?». Après la soirée, il m'a proposé de l'accompagner en voiture. Nous avons longuement parlé et j'ai rencontré un vrai maître spirituel. Trois mois après, je m'envolais pour la France et je rejoignais à Trosly, la communauté de l'Arche où vivait le Père Thomas Philippe, un dominicain qui a beaucoup compté pour Jean Vanier. Accompagné par ces deux êtres exceptionnels et prophétiques, j'ai plongé dans cette aventure d'une vie totalement partagée avec des personnes ayant un handicap mental.


Quel fut le fruit de cette expérience…
J'ai eu à me dépouiller de toute une part de moi-même. J'ai pris conscience combien, jusqu'à présent, j'avais vécu dans le rêve, loin de la réalité. Combien j'étais centré sur moi, sur mon ego. Combien peu je me préoccupais des autres. L'Arche a été pour moi un véritable chemin à la fois humain et spirituel.


Mais vous n'y êtes pas resté…
J'avais découvert, dans le joyeux bricolage de ma communauté québécoise, la source féconde de la prière et je ne trouvais pas tout à fait mon compte en ce domaine à l'Arche. Un jour, Jean Vanier qui avait pris conscience de ma soif de contemplation, m'a dit: «Pourquoi ne vas-tu pas passer une quinzaine de jours à l'abbaye de Bellefontaine, près de Cholet?» Je suis parti sans savoir que j'allais découvrir l'immense richesse de la vie monastique. Le Père Abbé m'a invité à m'asseoir, pendant l'office, parmi les moines. C'est là que j'ai découvert pour la première fois les hymnes du poète français, Patrice de la Tour du Pin. J'ai été simultanément subjugué par la vie monastique et par la poésie dont je découvrais qu'elle pouvait être une porte menant à Dieu.


Avez-vous décidé de devenir moine?
Oui, sans hésitation. L'abbaye de Bellefontaine avait fondé un monastère au Québec, à Oka, près de Montréal. Je suis donc retourné dans mon pays natal pour entrer à la Trappe et y vivre dans l'exaltation de celui qui, enfin, a trouvé sa voie. J'ai vécu 4 ans à Oka, comme novice puis comme profés temporaire. J'ai découvert l'extrême richesse de la prière liturgique et de la vie communautaire. Mais, peu à peu, un doute s'est introduit dans mon esprit. Était-ce bien là que le Seigneur me voulait? N'étais-je pas en train de perdre un peu de ma joie de vivre? J'avais commencé à écrire quelques poèmes. Je pressentais vaguement que l'écriture pourrait aussi être une voie pour moi. Après un temps de discernement, j'ai finalement décidé de quitter la vie monastique. Ce fut pour moi comme un deuil très douloureux. Je suis sorti d'Oka la veille de Noël et je suis allé passer la veillée dans ma famille. Je venais d'avoir 26 ans et il me fallait, une fois encore, chercher ma voie dans l'existence. Au monastère, j'avais découvert la théologie et je me suis dit que je pourrais me former en ce domaine et peut être même devenir professeur. Je me suis inscrit à l'université de Trois-Rivières où j'ai rencontré celle qui allait devenir ma femme.


Vous avez choisi la voie du mariage.
Ma future femme vivait dans une communauté nouvelle. Elle avait, elle aussi, un parcours de foi très fort et une grande expérience de prière. Nous nous sommes progressivement reconnus jusqu'au jour où nous avons su que Dieu nous donnait l'un à l'autre et nous proposait de continuer notre aventure spirituelle désormais ensemble. Le mariage m'est apparu comme une véritable vocation chrétienne et je sais, aujourd'hui, 21 ans après, qu'il est la plus grande grâce que j'ai reçue depuis mon baptême! Nous avons quatre enfants. Nous partageons notre prière, nos engagements chrétiens, notamment dans la préparation au mariage. Nous découvrons chaque jour combien nous nous portons l'un l'autre dans la foi…


Votre «métier» de poète, quand est-il venu? Quand êtes-vous véritablement «né» à l'écriture?
Enfant, j'éprouvais déjà le besoin de dire la joie qui m'habitait mais je n'avais jamais songé qu'un jour, je pourrais écrire des textes qui seraient publiés et édités. Le déclic s'est fait à la Trappe d'Oka où on m'a demandé d'écrire des textes pour la liturgie. Peu à peu, ces textes ont été repérés à l'extérieur, on m'a demandé des copies. J'ai senti que ce que j'écrivais avait un certain écho chez d'autres. Je cherchais des mots pour dire la joie de ma foi de façon originale, neuve. Une fois marié, ce désir d'écriture s'est approfondi. J'avais à rédiger mon mémoire de maîtrise en théologie et je cherchais un sujet. Je suis tombé par hasard, à la bibliothèque de l'université, sur les actes d'un colloque consacré à la Sorbonne à Patrice de La Tour du Pin. J'ai eu un choc. En lisant ses textes, j'avais comme le sentiment de me découvrir moi-même. Voilà un homme qui, comme moi, était marié, très habité par la foi chrétienne et qui avait trouvé sa voie dans l'écriture. L'Eglise lui avait demandé de rédiger des hymnes pour la liturgie, ceux- là mêmes que j'avais tant aimés à la trappe d'Oka. Je me suis immédiatement senti de la même famille spirituelle que Patrice de La Tour du Pin pour qui, comme pour moi-même, la joie de croire était centrale. Le grand message de ce poète est que nous avons toutes et tous à devenir eucharistie, que la finalité de l'existence, c'est le don eucharistique. J'ai donc passé plusieurs années à étudier son œuvre. Puis, grâce à son épouse avec qui j'ai sympathisé et qui m'a donné accès à sa correspondance, j'ai publié plusieurs livres sur Patrice de La Tour du Pin. Depuis, j'essaie de creuser les liens entre théologie et poésie, ce que j'appelle la «théopoésie». Je suis persuadé que la théologie gagne beaucoup à la fréquentation de la poésie et inversement. Dieu ne peut pas se dire totalement dans un langage discursif et rationnel. La poésie lui offre une langue qui lui permet de nous révéler une part de son mystère. La vocation de la poésie, c'est d'essayer de rendre visible l'invisible, c'est se battre avec les mots pour que les mots puissent crier l'indicible. Un combat certes perdu d'avance car Dieu nous échappe heureusement toujours, mais une quête qui nourrit ma propre foi.


Comment définiriez-vous la poésie?
Je dirais que c'est un immense silence sonore. En poésie, ce qui est vraiment important se murmure dans le silence qui habite l'entre-deux mots. La poésie, c'est la brise légère du prophète Elie où Dieu se dit tout en se taisant et en se masquant.


La poésie est pour vous chemin de prière?
Je prie un crayon à la main! La poésie, c'est une manière d'être disponible aux choses et aux êtres. La poésie est pour moi prière car la tâche du poète consiste à cultiver l'attention amoureuse aux êtres qui l'entourent, à commencer par le plus grand d'entre eux, l'Eternel. La poésie est cette quête, ce dépassement de nous-mêmes que nous avons toujours à faire pour achever notre propre création. Nous avons à devenir qui nous sommes vraiment. Pour cela, il nous faut entrer dans l'aventure intérieure. Dans cette démarche spirituelle, la poésie peut être un chemin car elle nous ouvre un espace intérieur où le silence vient nous dire une parole indicible.


Nous avons à laisser Dieu parler en nous…
Nous avons à le laisser émerger en nous. Plus nous nous éveillons à nous-mêmes, plus nous nous éveillerons à Dieu qui habite en nous. J'aime beaucoup Marcel Légaut, un autre grand maître spirituel, lorsqu'il nous explique qu'en allant à la recherche de son humanité, l'homme va progressivement à la rencontre de Dieu. Nous avons à marcher sur le chemin de notre humanité et moi, je marche avec des mots…


Votre itinéraire personnel est riche. Plutôt joyeux. Pourtant, à 40 ans, tout semble soudain s'écrouler. Racontez-moi…
Oh, j'ai vécu comme beaucoup la crise de la quarantaine! C'est comme un navigateur qui prend soudain conscience qu'il est au beau milieu de la mer. Il ne voit plus la côte d'où il vient et ne voit pas encore les rivages vers lesquels il vogue. Il est littéralement déboussolé… Pour moi, l'écriture est devenue plus difficile. Dans ma vie quotidienne, je ne me reconnaissais plus, j'étais devenu ombrageux, triste. Ma vie conjugale s'en ressentait. Côté spirituel, je ne ressentais plus rien, j'étais comme écœuré de Dieu… J'éprouvais une grande lassitude, une sorte de dépression, le spleen de Baudelaire…


Ce passage à vide a duré longtemps?
Près de 5 ans! J'étais souvent au bord des larmes. Mon travail ne m'épanouissait plus, j'étais plongé dans une véritable crise d'identité. Je me suis beaucoup raccroché à la musique. J'écoutais Bach des soirées entières.


Et votre foi?
Elle était toujours là, mais elle suivait le rythme de mon existence. Puisque j'étais en crise, ma foi aussi était en crise. Une crise dont j'ai découvert peu à peu qu'elle était une crise de croissance. J'étais insatisfait comme un homme au milieu de sa vie qui découvre qu'il ne pourra plus tout faire, qu'un certain nombre de grands choix sont déjà posés. Il m'a fallu accepter cette insatisfaction, apprendre à vivre avec, aller même jusqu'à revendiquer le droit de vivre insatisfait. Car l'important, c'est d'habiter avec soi-même. Ma foi avait sans doute aussi besoin de ce temps de désert, elle avait à se purifier, à se libérer de fausses images de Dieu.


S'il vous fallait résumer ce qui caractérise cette crise de la quarantaine…
Je dirais que c'est l'adolescent qui s'en va pour de bon de notre être. À 40 ans, il faut faire son deuil de sa jeunesse et accepter d'aborder les rives de la maturité. Il faut faire un travail de deuil, se dire qu'on n'aura pas le temps d'aller au bout de tous ses rêves. Il faut passer progressivement de la désillusion à l'espérance. La crise de la quarantaine peut être une formidable occasion de renaissance si nous acceptons la rencontre, souvent douloureuse, avec nous-mêmes, notre vérité faite nécessairement, d'ombre et de lumière. Personnellement, c'est la vision du Christ en croix qui m'a beaucoup aidé. «Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné». Je me sentais crucifié. À 44 ans, j'ai eu une pneumonie terrible. Je me voyais mourir. Je ne pouvais pas m'empêcher de songer que, peut-être, la foi en Dieu était une illusion, une invention de l'homme. J'étais révolté par ma souffrance, par la souffrance des autres. J'étais, par moment, au bord du gouffre de l'incroyance. Ma prière se résumait à une sorte de pauvre appel au secours: je n'étais capable que de répéter incessamment le nom de Jésus.


Comment, dans cette nuit de la foi, la lumière est-elle revenue?
Après une nuit terrible à l'hôpital, je me suis réveillé encore en vie! J'avais beaucoup pensé à Thérèse de Lisieux qui a connu l'épreuve terrible de la nuit de la foi. Je me suis raccroché à son expérience et à cette phrase d'elle: «Je ne meurs pas, j'entre dans la vie…» Et puis, j'ai accepté d'accueillir la mort, ma propre mort. Je me suis dessaisi de moi-même. Et, en accueillant ma mort, j'ai accueilli la vie. Les médecins ont réussi à me soigner et mon regard sur l'existence a complètement changé. Je n'ai plus le même regard sur ma carrière, sur mon avenir. J'accueille l'instant présent, j'accepte d'être qui je suis et de ne pas être qui je ne serai jamais. La crise de la quarantaine m'a appris à m'accepter et à découvrir que Dieu m'aime, nous aime, tel que je suis, tels que nous sommes. Je crois que nous avons à apprendre à nous accueillir nous-mêmes comme un don, comme un mystère.


Apprendre à s'aimer soi-même?
Oui, en sachant que, qui que nous soyons, nous sommes toutes et tous appelés à l'éternité. Apprendre à s'aimer soi-même, c'est aussi apprendre à aimer Dieu en nous, lui qui nous a créé à son image et à sa ressemblance. Accueillir ses limites, c'est ne plus se battre avec. Thérèse nous invite à "supporter avec douceur nos imperfections". Notre grandeur, nous la trouverons dans la reconnaissance de notre petitesse, de notre finitude. Dieu s'enfante en nous dans la mesure où nous acceptons d'être petit à ses yeux. C'est à cette sainteté-là qu'il nous appelle…


Notice biographique de Jacques Gauthier
Oeuvres de Jacques Gauthier
Références sur Jacques Gauthier