Ces amours qui coulent en mon coeur, comme fleuves déchaînés
Prix Philippe Aubert de Gaspé
Catégorie poésie, 1997

Ces amours qui coulent
en mon coeur, comme
fleuves déchaînés

Reparaît Avril
Bouillon de sève chaude
Promesse d'Amour


L'horloge du temps
Sonne l'heure du berger
Douce attente.


Un amour gémit
au coeur de ma mémoire
Brisé avant de fleurir


J'ouvre la porte
Une rose sur le seuil,
Chante je t'aime


Le temps a filé
Tu es toujours dans mon coeur
Impérissable


Désir qui monte
Ruisseau blanc qui déborde
Or en fusion


Ta bouche se tend
Rose rouge qui s'ouvre
Le temps s'arrête


Toucher de braise
Tes mains sur mon corps
Océan de feu


Ton corps se cambre
Ta verge insolente,
creuse dans ma vie


Sur mes rivages
l'Amour allume des feux
Mon île flambe


La flamme monte
dans l'âtre de mes désirs
Mes reins exultent


Au creux de mon corps,
au petit matin
s'inscrivent tes victoires


Ivresse du corps
Au fond des coupes vides
Gisent les serments


Désirs percutants
Temps des amours fécondes
Ventre qui rondit


Entre tes lèvres
pointe un bouton rose
Appel au baiser


Trop verts ou trop mûrs
Les fruits de la passion
Inaccessibles.


La brise fraîchit
Au loin la mer chantonne
Reste près de moi...!


Le vent des Îles
caresse ta peau sombre
Éros d'ébène


Entendre chanter
tes orgasmes, mon amour
Quelle mélodie !


Conque de nacre
De ton creux, jaillit la vie
Instant de grâce


Mouillures d'amour
Temps des folles audaces
Au fond des couches vives


Cupidon est mort
La terre se dessèche
Et toi, tu revis


Le bar s'anime
Les verres s'entrechoquent
Tu retardes à venir


Qui choisiras-tu ?
Elle ou l'Amour ce soir.
Mes bras t'espèrent.


Eole pleure
contre ma porte close
Dans la nuit noire,
le phare de la côte
trace ton nom
en belles lettres d'amour



Les roses s'ouvrent
Derrière mes volets
le deuil habille
le vide de mes heures
Cruel châtiment
pour de si brèves amours



Non, je ne sais pas
Comment retenir l'Amour.
Je n'ai jamais su
À qui, mon coeur, mon corps
ou les deux, la faute
du vide, de l'absence



Bouche vermeille
Seins pulpeux d'Aphrodite
Ève frivole
Profite de tes appas !
Car demain, déjà
l'âge te les ravira



Flambées d'automne
Qui prenez mon corps d'assaut
Élixir de feu,
Au carrefour de ma vie
Bûcher de paille
Où, grâce d'Aphrodite



Finis les regrets !
Place à la vie !
Je mets les voiles !
À quoi sert de vivre ?
Sinon à cueillir
les fruits des Hespérides


Danse la vague !
Musarde le cormoran
Fusent les rires
Pulse le sang de l'été
Au coeur de juillet,
l'amour a goût de péché



Un amour pleure
au fond de mes souvenirs
Un puissant amour,
mort, avant de grandir
aux Idés de Mars
dans la blanche tourmente



Où sont-ils passés,
Ces rires fous de l'hymen ?
Sources fécondes
Aux ventres des épousées.
Noyés dans le puits,
de trop de maternités



Femme pour aimer
Mains ouvertes devant toi
Tes yeux me fuient
Tout le chagrin du monde,
brouille les miens
De toi, jaillit le mépris.



Douce chimère
Rencontre sidérale
Noces célestes
Je n'ai plus mal à l'Amour
Dès lors, que je sais
Où retrouver ton âme



Pendues aux ruines
de mes amours interdites,
des noires pensées,
ceignent mon coeur lourd
Devrai-je souffrir,
toujours, d'avoir tant aimé ?



Pouvoir rien qu'un instant,
ce soir mon Amour

Pouvoir rien qu'un instant,
ce soir, mon amour

Pouvoir rien qu'un instant,
ce soir mon Amour
remonter le courant des âges
pour retrouver les courbes
douces de mes jardins desséchés

Pouvoir suivre l'errance
de mes chimères inavouées et
ceindre mon front d'espérances

Pouvoir d'ors et de diamants
sertir les gris anciens
de mes noces amères

Pouvoir monter le Grand Lièvre,
suivre la Piste du Loup, redevenir
biche amoureuse du Grand Chevreuil

Pouvoir renaître Mère Terre féconde
épouser le Ciel, donner naissance
à la Vie, à l'Aurore des temps

Pouvoir, par la grâce de Zeus
descendre au fond des Enfers,
ravir les amants tragiques
de leurs passions maudites

Pouvoir avec des mots divins
des mots d'Éros, béotienne que
je suis, fleurir de verbes
célestes mes phrases prétentieuses

Pouvoir escalader l'Olympe,
recevoir les leçons d'Aphrodite
Erato, Polhymanie, baiser enfin
la face jalouse des faux dieux
terrestres

Pouvoir ressusciter les tendresses
mortes de mes jours de
colères , apaiser ces remords
sans cesse renaissants de leurs cendres

Pouvoir enfin, rien qu'un
instant, ce soir, de mes souffles
d'amante, ranimer les
braises mourantes de tes
feux qui m'habitent encore,
mon amour.


Erato

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