Classe de 5eannée de France Tremblay

Visite de Cécile Gagnon
à l'École Vanier de Chicoutimi
mars 2000

DÉCLENCHEUR

En novembre dernier, une collègue de 3ième année et moi, décidions de faire un projet collectif : celui d'écrire un journal pour la période des fêtes. Évidemment ce journal devait comprendre plusieurs chroniques touchant les enfants. Après quelques discussions quelques-unes sont retenues : chronique du sport, de la détente, des arts et spectacles et celle du livre.
Afin de favoriser un grand intérêt de la part des futurs lecteurs , l'idée de correspondre par courrier électronique avec un auteur de livres ( un vrai ) fut suggéré. Ayant comme activité parallèle, la bataille des livres , il fut suggéré de prendre un auteur faisant parti des livres que nous avions à lire.

Madame Cécile Gagnon fut toute désignée : auteur de centaines de livres, de chroniques dans différentes revues connues des enfants ; c'est donc avec un engouement certain que mes deux élèves responsables de cette partie de chronique se sont mis à la tâche. Ils ont donc rédigé des questions traitant du travail d'écrivain. Les questions furent expédiées par courrier électronique et Madame Gagnon s'est empressée de leur répondre avec la gentillesse et le professionnalisme que l'on lui connaît.
Ce fut avec un grand plaisir que nous avons reçu les réponses.
Voici cette correspondance :

Chers Jessica et Frédéric de l'école Vanier,

J'ai bien reçu votre lettre et j'y réponds avec plaisir. Mais je ne peux pas le faire d'un seul coup. Alors je commence par la question no 1.

Est-ce que j'ai vraiment DÉCIDÉ d'être écrivain?
Je ne pense pas. J'aimais lire, j'aimais dessiner surtout et pour une raison inconnue j'avais décidé d'illustrer des livres pour les enfants, ce qui, à mes débuts ( dans les années 60), était à peu près inconnu comme métier au Québec.
J'ai donc étudié en vue de devenir illustratrice, métier que j'ai exercé plusieurs années. Pour illustrer un texte il faut nécessairement lire ce qu'il raconte. Et en lisant les textes je trouvais qu'ils n'étaient pas si super que ça et que je pourrais en faire autant. Alors j'ai essayé. C'est comme ça que tout a commencé.

Essayez de trouver le premier livre que j'ai écrit et illustré.
Il s'appelle La pêche à l'horizon, éditions du Pélican, Québec, 1961. Si j'étais outillée (scan) je vous enverrais la couverture. Je vais voir si quelqu'un peut le faire pour moi. O.k.?

Est-ce qu'il fait beau à Chicoutimi? Voyez-vous le Saguenay de votre école?
Je vous envoie la question 1. et ensuite je ferai les autres.

Salut,

Cécile



Chers Jess et Fred,

On continue?

Dans ma réponse précédente j'ai un peu répondu aux deux premières, non?
Alors je vais à la trois.

Le temps que ça prend?


Ah! le temps... la grosse affaire. Un roman, prend une année entière à penser, planifier et écrire. Moi, avant de me mettre à écrire, je fais un plan assez détaillé où je décide ce qui va se passer à chaque étape de l'histoire qui peuvent (ou non) devenir autant de chapitres. Parfois, ça ne marche pas, et on recommence.

Puis, l'écriture, la partie la plus amusante, prend trois, quatre, cinq mois.

Est-ce difficile?

Oui et non. Il faut vraiment avoir une idée bien précise de ce que l'on veut dire. De ce que seront les personnages. Quand on veut faire un album plus court qu'un roman, alors c'est moins long parce qu'en général l'histoire se déroule vite et il y a moins de personnages. Mais je fais quand même un plan avant de commencer.

Le temps pour écrire.

Quand je suis en train d'écrire je ne fais que ça, matin, soir... et j'en rêve la nuit. Parfois si j'ai une bonne idée, même en pleine nuit, je me lève et je la note sur une feuille pour l'utiliser le lendemain.

Inspiration.

À mon avis, on raconte bien ce qu'on connaît bien. Avant de parler d'un sujet quelconque il faut bien se documenter et se renseigner même si ce n'est pas l'élément essentiel du récit. Quand j'ai écrit ALFRED DANS LE METRO, j'ai passé deux mois à me promener dans le métro de Montréal et à me renseigner auprès de la Société de Transport de la Communauté Urbaine de Montréal pour savoir toutes sortes de choses.

Ensuite j'ai écrit le tome 2: OPERATION MARMOTTE, et là j'ai suivi la construction d'une nouvelle ligne du métro en détail.

Pour le reste je me fie à ma mémoire, à mon imagination, parfois à des anecdotes vécues dans ma famille, avec mes propres enfants.

Pour le livre : GroZoeil en vedette à Venise qui est sur la liste de la bataille je pense, je me suis servi de ma connaissance de Venise. C'est une ville où je suis allée souvent et comme je parle la langue, je participe beaucoup à la vie. Et je me suis mise dans la peau de deux chats québécois qui découvrent la ville où vivent des milliers de chats.

Est-ce que je suis excitée quand j'ai fini?

AH! Oui, je suis très excitée... sauf qu'on n'est jamais sûr d'avoir tout dit... Et parfois l'éditeur te demande de changer des choses, de reprendre des passages, etc. Mais curieusement, je suis plus excitée d'avoir fini d'écrire que de voir le livre imprimé dans une librairie. Au moment d'être vendu, on dirait qu'il n'est plus à moi, mais aux lecteurs.

Combien?

Sous forme de livres publiés j'ai dépassé la centaine. Mais j'ai aussi écrit beaucoup de textes ( histoires) dans des revues enfantines comme :J'aime Lire, Je lis déjà, Toupie, Coulicou, Yakari.

Je vous joint en annexe une bibliographie complète des titres que j'ai écrit. Mais je pense que vous avez la même sur le site de La Bataille...

à bientôt, j'espère

Cécile


Par la suite, mes élèves ont écrit leur article dans le journal de Noël. Il a été très apprécié par les lecteurs.

Voici cet article.


Madame Cécile Gagnon commençait à être une personne plus connue dans les deux classes . À quelques reprises, elle a réécrit à ma collègue via le courrier électronique. Il va sans dire qu'à chaque fois que nous avions de ses nouvelles, les enfants en étaient ravis. À partir de ce moment, les élèves commençaient à rechercher ses livres sur les tablettes de la bibliothèque scolaire. Ils se croyaient, je crois de plus en plus concernés …
Suite à cet engouement , la décision d'une rencontre avec Madame Gagnon avec nos élèves, s'impose..


LES OBJECTIFS POURSUIVIS

Les objectifs poursuivis par cette rencontre étaient les suivants :


PRÉPARATION DE LA VISITE DE CÉCILE GAGNON

Avant la venue de cette auteure à notre école, j'ai proposé aux élèves la création d'un rallye littéraire afin de la faire connaître.
Tout d'abord, nous nous sommes renseignés sur sa vie à l'aide des ses notes biographiques et nous nous sommes documentés sur l'ensemble de ses oeuvres décrites sur le site de Cyberscol ( rallye littéraire- Cécile Gagnon -œuvres ) . Puis, chacun devait composer différentes questions. En équipe, nous avons, dans un premier temps, fait une première sélection, puis enfin en grand groupe, après discussions, nous avons choisi ce qui nous apparaissait les meilleures questions .
Cette activité a été effectuée avec beaucoup d'intérêt et d'engouement. Les livres ont plu et ont motivé les élèves à la lecture.
Lorsque nous avons vu le rallye sur Internet, les élèves étaient très fiers de leur travail…


VISITE DE CÉCILE GAGNON : QUESTIONS

Voici l'essentiel de la rencontre que nous avons passée avec Mme Cécile Gagnon.

Suite à plusieurs questions des enfants , Mme Gagnon nous a raconté qu'elle est devenue écrivain un peu par hasard.. Elle nous a dit avoir toujours aimé lire et en lisant elle supposait que les auteurs étaient des gens magiques…

Et puis un jour, Cécile Gagnon a tenté sa chance… Connaissant déjà le milieu, elle était illustratrice dans des livres; en 1966, elle s'est mise à écrire; son premier roman, Martine-aux-oiseaux. Celui-ci a paru dans les librairies et a remporté le grand prix des Lettres pour cette année-là. Cela lui a prouvé qu'elle avait fait le bon choix. Elle a donc continué à écrire des livres pour enfants et elle s'est vue décerner plusieurs prix littéraires les années suivantes.

Même après plusieurs années, Cécile Gagnon a toujours le "feu sacré" pour l'écriture. Elle a déjà écrit plus d'une centaine de livres et elle nous confie que toujours elle aura cette passion: écrire.

Et cela même, si ce n'est pas toujours facile. Elle nous confiait qu'il lui est arrivé "pleins de fois " de laisser l'écriture d'un livre sans l'avoir terminé. D'ailleurs son livre " le homard voyageur " a été mis de côté pendant quelques temps. Au départ l'idée d'un enfant sur la dune l'avait inspiré, elle avait à ce moment écrit quelques chapitres puis l'avait mis au rancart.

Cécile Gagnon ne se laisse pas décourager par la quantité de travail qu'impose sa profession: son livre "Le chemin Kénogami" lui a demandé cinq années de travail. Un travail fastidieux car la précision des descriptions est importante. Ce livre à caractère historique et s'adressant aux lecteurs adultes lui a demandé beaucoup de recherches. Toujours soucieuse de plaire à tous, elle a ré-écri ce livre dans une version plus adaptée à un jeune lecteur . "C'est ici, mon pays " reprend les idées directrices du livre "Le chemin Kénogami" mais s'adresse particulièrement à un autre public: les adolescents. On y retrouve également le caractère historique tout en étant plus facile d'accès.

Plusieurs projets d'écriture ont meublé la carrière d'écrivain de Cécile Gagnon :

  • écrire avec un groupe d'élèves;
  • écrire en collaboration avec deux autres auteurs;
  • écrire un "mini-livre" avec une scientifique ;
  • écrire dans une revue .

Mme Gagnon a écrit des livres en collaboration avec des groupes d'élèves de différents pays : Italie, Suisse, France et le Canada. Ici, cette expérience s'est concrétisée avec l'aide d'un groupe d'élèves de Brossard au Québec : "Un chien, un vélo, des pizzas." Elle trouve ce type d'écriture très riche et très intense. Cela demande beaucoup de structure. À mes élèves, qui ont semblé des plus intéressés à être les prochains collaborateurs, Mme Gagnon leur a expliqué qu'elle ne pouvait revivre pour le moment ce genre de défis, car elle avait beaucoup d'engagements pris ici et là. Je crois qu'il y avait un peu de déceptions dans l'air…
Une autre façon de faire que Mme Gagnon a exploitée : celle d'écrire un livre en collaboration avec deux autres auteurs : "Deux jumeaux et un chien" a été écrit avec deux autres collègues: Robert Soulières et ...... . Elle explique aux enfants qu'une telle procédure va plus vite, que chaque auteur a un mandat précis: dans ce cas-ci: écrire trois péripéties. Le dernier chapitre a pris la collaboration des trois personnes, chacun en écrivait une petite partie…
Mme Gagnon s'est également distinguée en écrivant un "mini-roman" avec une scientifique en biologie, qui en plus, est sa fille. Emmanuelle Bergeron et Mme Cécile Gagnon ont écrit "Alerte à l'insectarium". Ce "mini-roman" fait partie du livre intitulé " La planète des fous " dans la collection de Petits Débrouillards. Là encore, Mme Gagnon souligne avec enthousiasme la joie que ce projet lui a apporté.
En plus d'écrire des romans pour différents publics, Cécile Gagnon a écrit des éditoriaux, des articles dans des revues spécialisées pour les jeunes ( Coulicou, les Petits Débrouillards ) . Pour répondre aux questions demandées, elle raconte que c'est plus difficile car plus contraignant, plus "cadré" qu'un roman, avec un certain espace à combler. Un roman laisse libre cours à son imagination tandis qu'un article, il faut aller dans le cœur du sujet…

En terminant, Mme Gagnon nous a livré quelques secrets :
Le livre le plus drôle qu'elle ait écrit : "la rose et le diable", éditions Soulières, il vient tout juste de paraître.
Les livres, faisant partie de son répertoire qu'elle préfère: " Le homard voyageur" et "Histoire d'Adèle Viau et de Fabien " .
Son auteur préféré : il y en a eu plusieurs tout au long de sa vie, mais celui qu'elle aime beaucoup aujourd'hui est Henri Bosco.
Pourquoi écrit-elle pour des enfants? Nous confie-t-elle non sans une pointe de malice au fond du regard, c'est que les enfants sont plus fins que les adultes… ( plusieurs de mes élèves étaient entièrement d'accord avec cette affirmation …) Les enfants disent ce qu'ils pensent. Pour Cécile Gagnon, écrire pour des enfants c'est plus simple, l'histoire est courte, drôle et sympathique ..
Son inspiration….? Elle la puise dans son quotidien. Pour Cécile Gagnon, la vie ordinaire est remplie d'aventures. Il ne suffit que d'être attentif à tous nos petits gestes ordinaires…

Ce fut un peu avec regret que nous avons quitté la " pétillante " Cécile Gagnon. Un mois s'est déjà écoulé depuis son passage dans notre école. Les élèves parlent encore d'elle mais surtout recherchent et lisent ses livres. Les lecteurs " assidus" dévorent tous ses volumes tandis que ceux " plus tièdes " s'installent maintenant à la bibliothèque scolaire " sans lever les yeux " avec un livre… de Cécile Gagnon…


Ce fut un peu avec regret que nous avons quitté la " pétillante " Cécile Gagnon. Un mois s'est déjà écoulé depuis son passage dans notre école. Les élèves parlent encore d'elle mais surtout recherchent et lisent ses livres. Les lecteurs " assidus" dévorent tous ses volumes tandis que ceux " plus tièdes " s'installent maintenant à la bibliothèque scolaire " sans lever les yeux " avec un livre… de Cécile Gagnon…


ACTIVITÉ SUITE À LA VISITE DE CÉCILE GAGNON

Activité J'ai lu, j'ai aimé .

Le manuel de base que j'utilise en français ( Signet 5ième année de Françoise Dulude ) proposait de faire comme projet des critiques littéraires sur des livres de notre choix.
J'ai donc soumis ce projet aux enfants , en utilisant tous les livres de Mme Gagnon que nous pouvions avoir sous la main… Il fallut demander l'aide de la bibliothèque municipale et "dévaliser" notre bibliothèque scolaire pour avoir un éventail représentatif des œuvres de Cécile Gagnon.
Ce projet était l'aboutissement à tout le travail amorcé depuis déjà un certain temps. C'est donc dans l'enthousiasme qu'a débuté le travail.
Chaque élève se choisissait un livre; devait lire ce livre; en faire une présentation écrite : un résumé, présenter l'extrait préféré, écrire un critique en y spécifiant ce qu'il pensait de l'intrigue ou l'aventure, des personnages et le rapprochement avec une personne de son entourage s'il y a lieu ,et finalement, exprimer à quel type de lecteur s'adressait ce livre. Les sept meilleures critiques littéraires ont la chance de voir et de lire leur travail sur Internet . Ces critiques décrivent bien ce que pense un(e) étudiant(e)de dix ou onze ans des œuvres suivantes :

Il va sans dire que cette possibilité de retrouver sa critique sur Internet ( Cyberscol) a été très motivante pour les élèves.
Par la suite, chaque élève est venu présenter devant la classe son livre. Le désir de lire certains romans, suite à cette présentation, fut instantané.


CONCLUSION

Toutes ce activités , la venue d'une auteure si passionnée, si passionnante a ouvert une porte vers le monde de la lecture et de l'écriture : celle de l'écrivain proche et accessible.

Il ne me reste plus qu'à souhaiter à tous mes élèves , la rencontre de plusieurs personnes, des "Cécile Gagnon", tout au long de leur séjour étudiant afin d'éveiller en eux, le goût de lire et surtout le désir d'écrire ….

France Tremblay, enseignante


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Notice biographique de Cécile Gagnon

Codification : Claire Fafard
Page mise à jour : le 11 mai 2000
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