C'est ici, mon pays
Roman jeunesse,
Castor poche, Flammarion, Paris, 1999.
Illustration de la couverture: Jean-Claude Götting


Description :


Ce roman entraîne le lecteur dans la tête et le cœur d'une toute jeune québécoise de la fin du 19e siècle qui vit, avec sa famille, les tribulations de la colonisation. Les événements relatés sont vrais; certains personnages ont existé véritablement; tout le contexte de la vie quotidienne dans un pays nouvellement défriché, de même que le langage, a été soigneusement étudié et retracé dans les archives de notre histoire récente. Il me semblait utile de faire connaître aux jeunes d'aujourd'hui comment leurs arrière-grand-pères et arrière-grand-mères ont réussi grâce à une détermination et une force de caractère peu communes à se tailler une place dans le beau pays du Lac Saint-Jean.



Extrait :

Puis, un matin, armée de victuailles et de réconfort, j'ai repris sans escorte le chemin du retour. Durant la nuit, une fine neige avait recouvert les branches des conifères. Je m'étais juré de ne pas avoir peur. J'avais acquis une certaine habitude des raquettes et je me débrouillais fort bien. À l'abri sous les arbres, rien ne pouvait me déranger. Un silence magique m'environnait. Je me disais que chaque arbre me regardait passer. Des pics-bois criblaient la quiétude de leurs coups de bec sonores et je m'amusais à tenter de retracer leur présence à gauche, à droite, grimpant sur les troncs. C'est ainsi que je découvris un feu au loin. Un feu qui brûlait en plein jour au milieu de la forêt. J'entrevis des silhouettes. Je pensai à des trappeurs, à des chasseurs, sans doute. Et si c'étaient les sauvages qui continuaient à couper des arbres sur les terrains interdits? Mon coeur battit un peu plus vite et je hâtai le pas.

Page 85



Critiques :

Le Québec, au XIXe siècle, c'est le royaume des colons, du froid, des bêtes sauvages et du pain durement gagné. Georgina a 12 ans lorsqu'elle arrive au bord du lac Saint-Jean avec sa famille. L'auteur consigne ses chagrins, ses espoirs et ses joies jusqu'à son mariage. À travers un style d'une grande sensibilité, elle nous fait pénétrer dans l'intimité de rudes gens. Une belle leçon de vie.

Laurence Liban, Critiques/jeunesse, Lire/Octobre page 111, 1999

Nos cousins les pionniers

«On va aller ouvrir un nouveau pays. Une place où il n'y a rien. Pas de route, pas de village, pas de maison. Juste des arbres et du ciel. On va faire tout en neuf, avec nos seuls bras... » Question taraudante pour un (e) ado depuis son premier western et largement persistante chez l'adulte : comment s'installer au milieu de rien? Comment (sauf à les exterminer en version Custer) s'assimiler réciproquement avec les Indiens lorsqu'ils viendront voir? Comment passer de ce rien à la plus belle ville d'Amérique du Nord qu'est indubitablement Québec?
Ce n'est pas un hasard si Cécile Gagnon porte le nom illustre de l'un des tout premiers pionniers venu du Vieux Pays au Canada sur les navires de Jacques Cartier. Son roman de poudreries neigeuses, d'espaces immenses et de sang possède toutes les couleurs de l'aventure de son ancêtre. Mais pas seulement : l'alchimie de sa mémoire est telle que le récit à la première personne le rend tantôt terriblement, tantôt tendrement, proche et présent. Au point qu'il y trasparaît jusqu'à cet accent qu'ils ont gardé, que nous avons perdu et qui était celui du vrai français académique.

J.-F.C, Quotidien national, France-Soir, 26 novembre, 1999




Des livres pour nos élèves :

Le Québec exerce une certaine fascination sur beaucoup d'entre nous et nous le connaissons pourtant bien peu. C'est là-bas que se joue la survie du français en Amérique du Nord, mais les programmes ministériels qui ont voulu faire preuve d'ouverture à la littérature francophone ont oublié la littérature québécoise dans les listes d'oeuvres conseillées au collège.
C'est ici mon pays, de Cécile Gagnon est un court roman, écrit dans une langue claire, accessible, à peine parsemée d'expressions typiquement québécoises pour nous rappeler que nous sommes au Québec, au milieu du XIXe siècle.
Quittant le "Bas du fleuve" (le Saint-Laurent en aval de Québec), la famille Bonenfant vient participer au défrichage et à la mise en valeur de la région du Lac St-Jean, que nous connaissons comme étant le pays de Maria Chapdelaine. Dans cet univers à la fois rude et solitaire où "les filles trouvent naturel de se sacrifier", la petite Georgina, la narratrice, affirme sa volonté d'indépendance et son désir de se forger un destin, de ne pas être "une nulle sans voix, sans opinion sur rien". Ce n'est pas par hasard que c'est à elle que Vital Ouellet fera la "grande demande", lui qui ne veut pas passer sa vie à "regarder glisser les billots sur l'eau et "servir les Anglais". Tous deux représentent un Québec qui veut vivre.
À travers ce récit à la première personne, entrecoupé de quelques pages de journal, au fil du temps, le point de vue change avec le regard de Georgina, le passage de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge adulte. Elle nous fait partager ses amitiés, sa passion de la lecture, son regret de ne pouvoir aller à l'école, la difficile découverte de l'adolescence pour une jeune fille avec qui on n'a jamais abordé les problèmes physiologiques, la difficulté de trouver sa place dans le monde.
Pour satisfaire notre goût de l'aventure, on y côtoie "le beau sauvage" et la figure marquante d'Étienne Bonenfant, le père de Georgina, qui tente la grande aventure du défrichage, devient meurtrier et héros pour avoir, lui aussi, refusé la résignation. Ce livre est un immense appel à la vie.
Cécile Gagnon a composé de nombreux livres et albums pour enfants, elle intervient pour des animations en milieu scolaire et sait trouver le ton juste. Cette version courte de son roman Le chemin Kénogami, paru en 1994, devrait séduire les élèves de 6e et 5e et pourrait faire l'objet d'une étude d'oeuvre littéraire.

Jean-Pierre Tusseau
Maine-et-Loire
in
L'École Émancipée
No 6, 03-01-2000

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Oeuvres de Cécile Gagnon
Références sur Cécile Gagnon